La destination ultime (2/7)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La destination ultime (2/7)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

 

Chacun retourna à ses activités, et l'après midi venue, je continuais l'écriture de mon livre consacré aux plantes pionnières, justement.

 

Ensuite, je passais à un article destiné au conseil des sages. En rédigeant une proposition de peuplement pour Thamnoth, j'avais songé à quelques cactées, mais la luminosité était très insuffisante. Mon intérêt se porta ensuite vers les plantes et les algues salines, capables de résister à un froid extrême. Leurs racines secrétaient naturellement du sel, afin de liquéfier l'eau et de pouvoir subsister. Mais je ne sais si elles pourraient croître sur Thamnoth. Je me souvins alors des lichens et des mousses stellaires, que nous avions découvertes sur les parois de longs courriers d'âge infini. Il existait de même des formes de plantes bioluminescentes, très résistantes aux radiations, au froid et à l'aridité. Leur vitesse de croissance était incroyablement lente, car elles employaient beaucoup d'énergie, afin de se protéger d'un écosystème si hostile. Ces plantes là pourraient certainement se développer sur les rocs arides de Thamnoth, ce serait un bon début.

 

Mes travaux avancèrent bien. Je m'affairais aux serres avec une grande joie au cœur. Comme les Gzokis seraient heureux de revoir leurs descendants ! Comme ils seraient comblés de voir toutes les variétés que nous avions cultivées pour eux. Je formulais le vœu qu'ils puissent élaborer des mets délicieux, et connaître un peu plus de joie en leurs vies.

 

Peu avant l'heure du soir, j'avais fait mijoter un plat qui commençait à embaumer. Un peu assoupi et le jugeant à point, j'arrêtais la cuisson. Ensuite, je m'absorbais en une profonde méditation.

 

Mon esprit s'échappa de manière plaisante. En un éclair, je me retrouvais au Grand Institut. Claire et nette, la scène m'apparut dans le moindre détail. Nerti et Zilner étaient devenus de très bons télépathes. Ils nous faisaient don régulièrement de leurs pensées, et je faisais de même. Je leur partageait mon émerveillement en voyant croître une jeune pousse, qui deviendrait un bel arbuste, les moindres senteurs de la forêt, l'arôme de champignons prometteurs.

 

Une salle très agréable aux murs bleus irisés apparut. Le sage Zablinsk y faisait entrer les enfants.

 

  • Vous la connaissez déjà, fit le sage Zablinsk. Il s'agit de la salle de transmission de pensée. Nous allons tenter de contacter nos amis, les Gzokis, ils descendent de vos lointains ancêtres.

  • Les Gzokis seront-ils heureux de converser avec nous par la pensée ? demanda une petite alien timide au teint blanc bleuté.

  • Peut-être pas tous, exposa le sage Lestrys de manière honnête. Mais je suis avec vous, il ne pourra rien vous arriver, je vous le garantis.

  • Nous ne sommes que des enfants, s'étonna le petit Zilner. Il vaudrait mieux que des adultes contactent les Gzokis. Nous pourrions faire certaines maladresses. Nous ne savons rien d'eux.

  • Justement, exposa Zablinsk, les Gzokis et les experts adultes en télépathie n'ont pas réussi à échanger. Il faut une première fois. Vos capacités sont bien plus grandes que vous croyez. Vous êtes tous très doués, et j'ai confiance en vous.

  • La planète des Gzokis est à plus de 700 millions d'années lumière. La pensée ne parvient peut-être pas à voguer si loin, fait remarquer un petit Ilstirr au teint blanc.

  • Cela peut paraître bien grand, en effet. Mais pour la pensée, elle va si vite, que ce n'est qu'un saut de puce.

  • Que devons nous dire aux Gzokis ? demande Nerti. Doivent-ils savoir que nous projetons une expédition ?

  • Oui, tout à fait, cela leur redonnera un peu d'espoir. Les prescients ont pensé que ce serait une bonne chose de leur dire que nous nous soucions d'eux. Il vous faut aller vers ceux qui ont le cœur bon. Je converserai avec les autres. Il peut parfois être ardu de déverrouiller une serrure ancienne abîmée par le temps, c'est une affaire de patience. En vous immergeant dans le grand flot télépathique, vous allez tout de suite ressentir quels sont les aliens qui sont en harmonie avec votre pensée.

 

La séance commence, les enfants s'allongent sur des tapis moelleux. Le sage Zablinsk est au milieu d'eux. Ils regardent le mur, où ils voient des images de Thamnoth.

 

  • L'instant est faste expose le sage. La planète est droit devant vous, ont calculé les astronomes, en ce moment même. Imaginez que vous êtes à bord d'un très grand vaisseau spatial qui va à une vitesse folle. Maintenant, fermez les yeux.

 

Le sage arrête la projection et s'allonge à son tour. Puis, il guide les enfants par la pensée. Leur respiration ralentit. Ils entrent alors en une sorte de stase incroyablement profonde, qui permet à leur esprit de se déployer pleinement. Cela est naturel et sans danger pour eux.

 

  • Je vous invite à me suivre ! lance joyeusement Zablinsk aux enfants, qui sortent de leur corps les uns après les autres.

 

Tout à fait ravis, ils s'élancent vers le plafond, jaillissant dans le ciel azur, au dessus de la jungle émeraude. Cet envol est absolument grisant. Les enfants jouent à se poursuivre. Ils sont emplis de bonheur. Ils voguent vraiment très haut. Puis, ils se retrouvent peu à peu dans l'espace. Il fait vraiment très sombre, mais la beauté des étoiles est confondante. Ils restent dans le sillage de Zablinsk.

 

Ils passent au dessus de vastes mondes glacés, des astéroïdes, des lunes arides.

 

Surgit enfin un astéroïde, une zone technologique se dessine. On voit un vaste embarcadère, avec une aire de maintenance pour les navires. Tout est métallique, très propre, mais froid et triste. Un vent glacial balaie l'aire d'appontement des navires. Des aliens menus au regard soumis peinent à fermer une lourde porte à demi coincée. Ils s'y mettent à dix. Un lézard immense arrive pour les aider.

 

  • Qu'est ce que cela veut dire ? Pressez-vous donc, incapables ! lance une alien autoritaire de haute taille. Cela fait une demi heure que cette porte doit être débloquée. La marchandise est périssable, nous devons la décharger !

 

Un deuxième lézard arrive et ensemble, ils parviennent à refermer la porte.

 

  • Bien, reprend l'alien femelle satisfaite. Maintenant, au travail ! lance-t-elle en désignant le quai de déchargement. Allez apprêter les caissons réfrigérés. Il faut entreposer toutes les denrées au plus vite.

  • Ce sera fait madame, répondent les lézards et les aliens soumis.

 

Zablinsk entraîne les enfants vers une autre aile du vaste hangar. C'est un bien fabuleux spectacle que révèle une voûte de plus de 100 mètres de haut. On voit un long courrier en phase d'achèvement, pour l'instant inoccupé. Il fait nuit sur ce monde. Et pour l'heure, opèrent seulement les travailleurs de nuit.

 

Ils commencent à arriver, serrés de manière inconfortable en de longs convois de vaisseaux à répulsion, qui font penser à des trains. Les ouvriers descendent, ce sont tous des mâles. Ils forment une file impressionnante. Leurs habits sont défraîchis, et il est bien tôt. Sur ce monde les femelles un peu plus grandes et plus autoritaires dirigent, et les mâles doivent travailler.

 

Les lézards qui gardent le vaste navire contemplent la file de travailleurs d'un air abasourdi.

 

  • Mais il est beaucoup trop tôt ! proteste un garde d'un air interdit. Vous avez deux heures d'avance. L'heure du travail n'a pas encore commencé.

  • Nous sommes heureux de servir, répondent les ouvriers d'un air ravi. Il nous a été demandé de parachever ce navire en déployant plus d'efforts. C'est pour cela que nous sommes venus plus tôt.

  • Je ne suis pas au courant, expose le garde d'un air surpris en s'écartant. Mais soit, passez. Cela sera je pense apprécié en haut lieu.

 

 

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