La destination ultime (6/7)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La destination ultime (6/7)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

Les senseurs pèsent et vérifient le chargement. Il passe sur un circuit à sustentation magnétique et se dirige tout seul vers un vaisseau tracteur automatisé. Le convoi s'ébranle. Il gagne de la vitesse. Il se met peu à peu à faire un froid polaire. Le navire accélère à environ 300 km/h. Cette vitesse congèle instantanément toutes les denrées. C'est aussi un moyen de les préserver. Ellida a enduit son visage et celui d'Illisk de crème protectrice. Elle resserre les couvertures autour de leurs silhouettes et déploie un champ protecteur jaillissant d'une petite sphère, qui les protège du vent glacial.

 

Puis, un vague éclat laiteux jaillit, le tunnel prend fin. Ellida et son petit contemplent alors pour la première fois les hauts plateaux de Thamnoth. Le sol pierreux comporte une fine poussière grise. Des montagnes majestueuses s'élèvent, avec à perte de vue des glaces infinies ponctuées de failles.

 

Comme pour leur faire un clin d’œil, Khanitra se lève au ras de l'horizon, jetant des éclats rosés et jaune d'or sur la pierraille. Celle-ci se transforme instantanément en un fleuve doré parsemé de lueurs adamantines. Malgré le froid intense, les Gzokis sont comblés de ce spectacle.

 

Bientôt, se dessine une bâtisse impressionnante qui monte vers le ciel, avec de nombreuses tours et une corolle éblouissante. Avec un bel ensemble, les antennes émergent du sol, et les miroirs paraboliques s'ouvrent les uns après les autres comme des fleurs géantes. La station d'énergie est prête à produire, pour capter le moindre photon.

 

Les rescapés se cachent de nouveau sous les couvertures.

 

 

À l'intérieur du grand concentrateur de lumière, l'activité est maximale. Contrôleurs, techniciens et ingénieurs sont pleinement coordonnés.

 

Près des quartiers réservés aux botanistes, s'ouvre une serre immense.

 

Non loin, de là, se tient le débarcadère où arrivent les denrées.

 

  • Noble maître, nous avons un arrivage de légumes rares issu des profondeurs, expose un jeune Gzoki avenant.

  • C'est très bien répond un alien d'âge vénérable.

  • C'est un arrivage exceptionnel. Il a été laissé à votre disposition, pour que vous puissiez l'inspecter.

  • Je te remercie Kortos. Vas donc vérifier si la voie est libre.

     

Le petit alien s'exécute et fait le guet. Puis, l'alien vénérable avance un petit vaisseau bien chauffé le long du convoi. Il s'approche et murmure.

 

  • Vous êtes arrivés à destination, dit-il aux rescapés d'un air avenant.

     

Il aide les trois mères frigorifiées à descendre de leur cachette et à prendre place dans le vaisseau avec leurs petits.

 

  • Je suis le premier Alnidim. Comment vous sentez-vous ? demande-t-il en leur servant des boissons chaudes. Nous devons faire très vite. Buvez cela, vous irez mieux ensuite.

  • Merci. Comment vous remercier ? lance Ellida en sanglotant.

  • Tout ira bien. Je me sens honoré de vous accueillir, dit-il en montant dans le vaisseau. Nous allons aller dans mes quartiers, nul ne vous posera de questions.

 

Et le navire décolle prestement. Le premier connaît le moindre recoin de chaque coursive. Ravis, les rescapés admirent une gigantesque serre d'une grande beauté avec des plantes épanouies. Ils peinent à en croire leurs yeux. Tout est blanc, propre et très brillant.

 

Puis le vaisseau se gare à proximité d'une belle porte arrondie. La cité est construite de larges coursives en verre avec des parements blancs ou crème. Il existe de nombreux bacs de verdure, mais aussi des œuvres d'art, des statues et des mosaïques colorées. Les Gzokis qui travaillent ici sont efficaces, mais ils ont créé une ambiance de travail, de confiance très positive. Ils semblent avenants et bien disposés.

 

Le premier Alnidim les fait entrer dans ses appartements.

 

  • Considérez-vous comme des invitées de marques, dit-il. J'ai pour habitude de convier des savants de mondes lointains, assure-t-il en riant. Voici des habits pour vous et vos petits. Vous passerez inaperçus.

  • Ne va-t-on pas nous chercher ? s'inquiète Ellida.

  • À priori, aucun être vivant ne peut survivre à un tel voyage, depuis les profondeurs. Vous avez été exposées à des températures allant jusqu'à – 60 degrés pendant plus d'une heure. Vous serez recherchées, mais pas ici. Donc, soyez tranquilles, assure-t-il en riant.

  • Nous sommes comblées par votre accueil, c'est la première fois que nous recevons autant de bonté, expose une autre mère.

  • Ici, les choses sont bien plus paisibles qu'en bas, répond le sage. Ce qui est certain, c'est que votre bravoure est très grande. Nous avons eu vent des desseins sinistres des généticiens. Cela nous révolte tous. Nous faisons semblant de leur obéir lorsque surviennent les jours d'inspection, mais en réalité, nous vivons à notre manière. Ils savent bien qu'ils dépendent de nous pour l'énergie. Nous dépendons encore d'eux pour les vivres, mais plus pour très longtemps. Nous avons construit plusieurs serres.

  • Cela n'est-il point un écueil que nous soyons des femelles ? Nous sommes censées aller dans la nurserie et non travailler comme les mâles.

  • Ici, tous les aliens travaillent à la tâche de leur choix. Il n'existe point de nurserie. Ma chère, nous avons déjà beaucoup de femelles échappées d'autres cités qui ont rejoint nos rangs ! Et cela est une chose bien agréable de les voir si heureuses.

  • Cela est une chose des plus merveilleuses, soupire Ellida éberluée, en démaillotant le petit Illisk couvert d'habits polaires. Je me demande bien comment vous faites pour les cacher les jours d'inspection.

  • Il existe un endroit où les êtres au cœur pur peuvent entrer, et les autres non, expose le vénérable alien.

  • Je me demande bien où se trouve cet endroit, s'étonne la jeune mère.

  • C'est très simple, vous vous y trouvez déjà, reprend l'alien. Prenez le temps de vous remettre. Des chambres ont été mises à votre disposition pour vous et vos enfants.

  • Pourquoi nous aidez-vous ? s'étonne Ellida.

  • Kortos était autrefois un petit clone très malingre. Il devait être envoyé aux laboratoires. Mais des Gzokis ont trouvé cela inacceptable. Ils se sont mis d'accord et l'ont dissimulé sous un chargement de denrées. Il n'est pas arrivé indemne, c'était le premier. Il avait beaucoup de gelures. Heureusement, il a pu être sauvé. Je me suis occupé de lui comme s'il était mon propre enfant. Depuis, il existe un pacte tacite entre nous. Nous aidons tous les rescapés, les passeurs ont amélioré ce système. Comme je suis le plus âgé, c'est moi qui centralise toutes les opérations. Nous aidons aussi les cités d'aliens libres. Il en existe sur ce monde et dans l'espace.

 

Les mères se confondirent en remerciements et versèrent des larmes de gratitude. C'était plus qu'elles n'en auraient espéré. Kortos les aida à s'installer, amenant tous leurs effets. Une lueur très vive habitait ses yeux bleu noir. Il montra le panorama. Un ciel jaune pâle était visible à travers les blindages filtrant les rayons dangereux.

 

  • Voici la grande plaine d'obsidienne, et plus loin la zone gréseuse pourvue de givre, explique Kortos. Mon père espère y voir germer la vie. Cela fait des années qu'il y travaille.

  • Nous serons ravies de pouvoir vous aider, et les enfants le pourraient aussi. Ils sont très habiles de leurs mains, même s'ils ne peuvent encore marcher.

  • Ils seront parfaits pour espacer les plantules. Les enfants font très bien cela ! Et vous serez les bienvenues dans les serres, dès que vous serez remises. Rien ne presse, nous pourvoirons à tous vos besoins.

  • Nous sommes incrédules de tant de générosité, alors qu'en bas règnent les pires méfaits.

  • Nous avons des amis très haut placés, ils nous inspirent et nous guident. Votre présence est très importante. Vous avez amené à nous de nouveau visiteurs. Ils font aussi partie de notre peuple, même s'ils se sont établis sur des rivages lointains. Soyez en louées !

     

Et Kortos se tourne vers le sage Zablinsk et le groupe d'enfants. La lumière de Khanitra révèle leurs silhouettes nacrées. Les enfants versent des larmes de bonheur, les mères sont pareillement émues, les dévisageant avec tendresse.

  • Nous sommes vos amis, assure le sage Zablinsk.

  • Très bientôt nous viendrons vous rencontrer, reprend Nerti.

  • Nous aimerions vous connaître, vous êtes nos lointains descendants. Nous avons de la curiosité pour votre monde, assure Kortos.

  • Nous serons heureux de vous aider à développer de nouvelles cultures, reprend Zablinsk.

  • Vous serez les très bienvenus, expose Kortos en s'inclinant. Votre incursion psychique est une bénédiction pour nous. Vous redonnez tant d'espoir à ceux de notre monde !

 

Ils essuient leurs larmes d'émoi et se saluent en s'inclinant. Puis, le sage Zablinsk entraîne les enfants vers le ciel de Thamnoth. Ils s'envolent joyeusement.

 

Ensuite, ils s'engouffrent en un couloir tourbillonnant à une vitesse folle. Puis, plus rien.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes : 

 

 

Publié dans Messages

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