La destination ultime (3/7)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La destination ultime (3/7)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

 

Les enfants et le sage Zablinsk regardent avec admiration les ouvriers entrer à bord du vaste vaisseau. Ces aliens sont des Denakhs, comme eux. Le géant inachevé brille d'un éclat bleuté et argenté. Il existe des petits clones entre les servants adultes. Ils aperçoivent le groupe d'enfants, et leur adressent des regards mi émerveillés, mi craintifs.

 

Le vaisseau fait environ 800 mètres de long. La proue est achevée. Il ne reste plus que quelques plaques de blindage, au nombre de cinq, à poser à l'arrière et sur les côtés. Les ouvriers sont surtout concentrés à l'intérieur, sur la décoration des dernières cabines, le parachèvement de la machinerie, et la salle de commande de la réaction plasmique.

 

Tous les petits groupes d'ouvriers sont entrés. Le travail se déroule dans la salle de phasage des réacteurs, que les enfants découvrent. Les murs sont en métal brut. Des lots de plaques de parement décoratifs sont entreposés un peu partout.

 

Les aliens sont regroupés près des pupitres et discutent entre eux avec intensité.

 

  • Les derniers parements viennent d'être posés, annonce un alien gracile.

  • C'est parfait, félicitations ! répond joyeusement un alien aux yeux noirs qui brillent d'une lueur intense. La garde est réduite à cette heure, mais sait-on jamais ? Ils vont finir par se douter de quelque chose. Démarrez la charge du palier 1 à 5, en douceur.

  • Oui, capitaine, assurent les timoniers, avec un regard où l'on devine une lueur tremblante d'espoir.

 

Les machines commencent à vibrer. On entend le son caractéristique d'une charge plasmatique, dont l'intensité augmente. Puis, elle se déverses vers les pylônes de décharge, au niveau des convertisseurs. Ensuite, les gigantesques réacteurs entrent en mouvement.

 

Au niveau du sol, c'est la surprise totale. Les lézards courent et s'enfuient dans tous les sens. Une alien qui est la dirigeante des opérations, a été réveillée par les gardes qui crient dans leurs communicateurs.

 

  • Les machines ont démarré ! Nous n'avons pas été avertis ! Avez-vous autorisé un test des réacteurs ?!!

  • En aucune manière, répond l'alien. Faites évacuer tout le personnel autour du vaisseau, ainsi que tous les androïdes. Faites vite ! répond-elle avec sang froid.

 

Et c'est dans la panique que les gardes, les agents d'entretien, courent se mettre à l'abri. On évacue les polisseuses de sol à rouleaux, les androïdes qui frottent les ponts et les coursives refluent au pas de course. Tout ce qui est susceptible d'être emporté est retiré. Le hangar est maintenant absolument désert.

 

Dans la salle de pilotage, tout le monde est prêt. Le capitaine s'assure que la voie est libre. Des ordres crépitent dans les communicateurs, mais il les ignore.

 

  • Cessez le test de phasage des réacteurs ! Interrompez cela tout de suite ! C'est un ordre ! hurle une alien furieuse.

  • Éteignez cette voix, et ayez foi, demande le capitaine. Maintenant, fermez les portes s'il vous plaît. Engagez la répulsion à 12 mètres.

 

Les experts s'exécutent. Un grondement formidable retentit. Le gigantesque vaisseau s'élève avec majesté. Cela est une manœuvre périlleuse. Le vaisseau soulève avec lui 20 grues géantes qui coulissent peu à peu dans leurs supports au sol et se désolidarisent.

 

  • Avancez de 60 mètres, pas plus, expose le capitaine aux pilotes, très concentrés.

     

Le navire avance, déposant au sol les grues vacillantes. Les enfants et Zablinsk retiennent leurs souffles. Ils voient la scène dans son intégralité, assistant à la fois à ce qui se déroule à l'intérieur et à l'extérieur.

 

  • En arrière maintenant de 60 mètres, expose le capitaine, allez-y lentement, les grues devraient se décrocher.

 

Le vaisseau recule, on entend des raclements métalliques impressionnants, puis, avec fracas, les grues libèrent le géant. Mais une grue instable vacille et retombe lourdement. Elle menace de chuter sur le vaisseau, anéantissant l'un des réacteurs.

 

Zablinsk se précipite, les enfants à ses côtés. Ils unissent leurs fluides, réussissant à redresser la lourde grue d'environ 50 mètres de haut.

 

Le navire géant s'élance dans le hangar géant, sous l’œil atterré des gardes massés derrière les vitrages et totalement impuissants.

 

La porte grippée refonctionne mystérieusement, elle est maintenant grande ouverte. Le vaisseau file vers les cieux, s'élançant à vitesse maximale.

 

Dans la timonerie, de grands cris de joie retentissent.

 

  • Nous avons réussi, lance le capitaine euphorique. Félicitations à tous !

  • Ensemble, nous sommes plus forts ! s'exclame un timonier.

 

Les tâches s'organisent à bord. Les experts en charge du phasage des réacteurs sont confiants.

 

  • Notre vitesse est croissante capitaine, expose un alien expert en ingénierie de vol, mais nous sommes poursuivis. Ils se rapprochent vite, car ils sont plus légers que nous.

  • Très bien, soupire le capitaine. Optimisez la réaction, injectez plus de méthane s'il le faut. Et mettez une partie de l'eau de réserve, répond-t-il avec peine.

     

Le capitaine se rassied sur son siège. Il ouvre la communication. Une alien sévère vocifère des ordres.

 

  • Capitaine Nestu, je sais que c'est vous ! lance-t-elle. Ramenez immédiatement l'Imeltina, et vous obtiendrez peut-être mon pardon.

  • Dame Amakrys, nous ne reviendrons pas. Tous sont d'accord avec moi. Nous n'en pouvons plus d'être vos esclaves, juste parce que nous sommes nés mâles ! Nous souhaitons de la considération, du respect et une égalité avec les natives de ce monde. Nous souhaitons une place dans votre société. Si nous n'en avons aucune, alors vous pouvez très bien faire sans nous.

  • Revenez, ou je donne l'ordre de faire feu ! C'est un ordre ! s'emporte l'alien.

  • Vous ne tireriez pas sur notre propre navire, ni sur les vôtres, reprend le capitaine incrédule.

  • S'il le faut... Cette technologie est notre propriété, et vous également, vous nous appartenez. Nous ne laisserions pas ce vaisseau tomber entre de mauvaises mains. Vous n'êtes pas armés, vous n'avez aucune chance. Faites demi tour et nous écouterons vos demandes avec intérêt.

  • Vous nous feriez enfermer pour sédition, voilà tout... Il vous importe peu que nous puissions souffrir, tant que nous faisons tout le travail difficile.

     

Disant ces mots, le capitaine réfléchit. Ils ont peu d'options. Il existe à bord du navire environ 2000 aliens et l'arrière du bâtiment est imparfaitement achevé. Il coupe la communication.

 

  • Prévoyez de renforcer l'arrière de la structure dès que nous serons en orbite, dit-il aux techniciens. Il faudra installer les deux couches de blindages supplémentaires prévues. Vous, expose-t-il à l'attention du pilote principal. Veuillez louvoyez vers les lunes magnétiques, nous pourrons dissimuler le vaisseau parmi les astéroïdes, le temps de finaliser les opérations. Ils ont peu de chances de nous détecter.

 

Une course poursuite s'engage, le vaisseau accélère encore et peu à peu la signature énergétique de l'Imeltina disparaît des sondeurs. Plus petits, leurs poursuivants ont moins de réserves en air et en énergie. Ils les cherchent durant quelque temps, puis abandonnent la poursuite.

 

Au bout d'un temps relativement bref, les parements de la poupe ont été intégralement posés par les experts.

 

Victorieux, l'Imeltina, parfaitement achevé, reprend sa route.

 

  • Où allons-nous capitaine ? demandent les ouvriers désignés comme officiers.

  • Nous partons vers Thamnoth. Là, nos illustres ancêtres nous défendront et nous feront bon accueil.

  • Mais capitaine, même à vitesse maximale, c'est un gigantesque voyage de plus de 80 ans...

  • Je sens d'autres possibilités, une aide opportune nous sera offerte. Je sens que cela est tout simplement possible.

  • Je le sens aussi, assure l'alien en charge de la timonerie. Même si cela semble improbable, dit-il d'une voix hésitante. Cela ne peut être expliqué par notre science. Mais l'univers sait nous offrir des prodiges plus grands encore que ce que nous pourrions concevoir de mieux.

  • Il nous faut caresser d'impossibles possibilités, pour pouvoir les atteindre. J'ai entrevu en des songes très forts la venue de civilisations brillantes. Elles connaissent nos aspirations, notre périple, et sont prêtes à nous aider. Elles possèdent le moyen de voguer dans l'espace à une vitesse incommensurable. Sinon, je n'aurais pas entraîné de si vaillants aliens que vous vers cette aventure !

 

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