La destination ultime (1/7)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La destination ultime (1/7)

Message du Professeur Zolmirel

 

Chers amis de la Terre bleue, je suis content de vous retrouver ! Il s'est passé tant et tant de choses en votre belle planète, en vos vies. Tout événement de l'infiniment grand trouve sa causalité dans l'infiniment petit. Vous êtes des êtres extrêmement importants, bien que vous puissiez ne pas en avoir conscience.

 

Sur mon monde aussi, il s'était opéré nombre de changements incroyables. Il nous faudrait certainement bientôt partir, une nouvelle fois, vraiment très loin...

 

Nous étions de nouveau douillettement installés en notre jolie demeure. Zilmis rayonnait dans la nouvelle cuisine, s'occupant de la décorer avec les derniers ajustements. Pour les nôtres l'art de vivre, de décorer un intérieur et de bien recevoir est aussi très important.

 

Zilmis était comblé, ses yeux luisaient de fierté en contemplant tous ses ustensiles et ses poêles parfaitement rangés. Les carreaux posés au mur étaient d'une beauté absolue. Ils étaient légèrement opalescents et certains représentaient à chaque fois une fleur différente sur un fonds jaune pâle et blanc iridescent. Les fours et les convecteurs à énergie avaient tous été démontés entièrement et rénovés par Zilmis. Il avait déversé là tout son art pour polir le métal, jusqu'aux grilles et aux parements qui brillaient sous les globes à plasma.

 

Amoni et Minel avaient retiré tous les objets moisis de la chambre d'enfants et de la salle de jeux qui prolongeaient un long séjour. Tout cela avait été empilé dans des caisses et confié à des experts.

Ils avaient alors pu rénover les murs fragiles. Plus petits, Erazel et moi, nous étions occupés du toit.

 

Erazel était revenue les jours suivants avec deux jeunes étudiants un peu plus âgés que les enfants.

 

  • Ce sont des apprentis en rénovation d'édifices, nous avait-elle exposé. Ils apprennent l'art de disposer la matière semi liquide sur les murs.

 

Art était bien le mot qui convenait. Les jeunes étudiants maîtrisaient une forme d'antigravité très subtile pour étaler et lisser du plâtre, de l'enduit, du mortier. Je vis avec ébahissement un mur irrégulier devenir peu à peu lisse comme un miroir. Comme cela semblait simple et amusant. En réalité, rien n'était plus trompeur ! Il fallait étaler la matière avec des pressions régulières, très difficiles à obtenir. La plupart des nôtres ne pouvions produire qu'un champ diffus, dont l'intensité s'affaiblissait un peu sur les pourtours, comme les vagues lorsque un caillou tombe dans l'eau. Cela nous permettait de manipuler des outils, mais ici, les étudiants utilisaient la force de leur pensée pour obtenir ce résultat impressionnant.

 

Il y avait une jeune Galmol au teint lavande et un petit Ilstirr. Ils s'entendaient bien, et plaisantaient.

Nous les avons laissé travailler.

 

  • Ils sont doués, pas vrai ? s'amusa Erazel. Il arrivent également à modeler des œuvres d'art.

  • Ils ont un excellent professeur, répondis-je en riant.

 

La matinée passa très vite. Ensuite, les jeunes apprentis prirent congé, un mur et un plafond impeccable devaient sécher.

Amoni, qui avait été appelé tôt ce matin, revint à l'heure du déjeuner, avec Minel. Zilmis devait rester au chantier spatial, car il avait été appelé pour consolider en urgence un vaisseau entier très fragile. Ils furent enchantés du résultat.

 

  • Et ce sont de jeunes aliens qui ont fait cela ? s'extasia Amoni. On croirait que cela est neuf et sort de l'usine de matériaux ! Voilà qui sera parfait pour faire un joli salon.

  • Peut-être une salle de lecture ? suggéra Minel avec malice.

  • Il existe déjà deux bibliothèques à l'étage, répondis-je en éclatant de rire. Mais pour vous, cela est sûrement fort peu.

     

Notre repas se déroula sur la terrasse, et il fut très agréable. J'appris que le petit Xalol ne cessait d'étonner son entourage. Il avait beaucoup grandi, son esprit brillant se manifestait chaque jour davantage.

 

  • Les parents de Xalol sont craintifs, expliqua Amoni. Ils craignent qu'il soit choisi. Les sages connaissent les légendes. Ils expliquent qu'il pourrait être « celui qui fait le lien », celui qui est capable de déceler les possibles endormis en chaque chose. Ils n'ont pas du tout envie que leur fils parte dans l'espace.

  • Ces légendes contiennent donc une prophétie ? demandais-je.

  • Oui, en effet, émit Amoni. Il est dit qu'un enfant albinos doit venir, pour permettre à notre monde de retisser le lien avec différents peuples de l'espace. Cet enfant connaît sa destinée, il ne craint pas le voyage spatial. Il est venu pour accomplir ce grand dessein. J'avoue que c'est plutôt troublant.

  • Xalol demander toujours quand lui partir bientôt dans l'espace, fit Minel. Chez les nôtres, aussi exister légende, enfant d'un autre monde très jeune, très brillant. Lui savoir, ce dont même les plus grands anciens ne se souviennent plus. Lui teint de nacre, comme les étoiles. Enfant désigné comme « le prescient voyageur ». Lui connaître déjà l'espace. Savoir la bonne route à emprunter.

  • En effet, c'est des plus troublants, assurais-je en réprimant un frisson, car j'aimais beaucoup le petit Xalol. Il sera très difficile à ses parents de le laisser partir. Eux doivent s'occuper de la ferme, des terres, ils ne pourront donc sans doute pas l'accompagner dans l'espace pour son premier voyage.

  • Ce n'est plus qu'une question de temps, fit Amoni. Le long courrier avance bien, il sera bientôt prêt. Et les émissaires Denakhs sont impatients que commence l'expédition avec leur navire héroïque vers Thamnoth. Imaginez un peu, voici plus de 8 millions d'années qu'ils ont quitté leur monde originel... Ils sont impatients de revoir les enfants de leurs illustres ancêtres, et tu l'es aussi, fit-il avec affection en se tournant vers Minel.

  • C'est bien vrai, fit-elle en essuyant une larme fugace. Je longtemps attendre ce moment. Experts de nos deux mondes discutent depuis longtemps avec les êtres de lumière pour mettre au point grande expédition.

  • Il m'a aussi été demandé de réfléchir à quelles plantes nous pourrions offrir aux Gzokis pour refertiliser leur monde. Je ne connais de Thamnoth que les photos si anciennes que nous en avons. Je puis raisonnablement imaginer qu'elle est glaciale, aride, très venteuse et peu éclairée. Certaines zones pourraient quand même abriter des extrêmophiles, mais je ne puis en être certain. Nous pourrons quand même offrir aux Gzokis des plantes pour leurs cultures souterraines, je pense que cela les aidera beaucoup.

 

Chacun fut d'accord avec moi. Nous devions faire quelque chose afin d'aider ce peuple.

 

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