Un ami précieux entre tous (4/4)
Message du Guérisseur Lestrys (suite et fin)
Nous avons pris un élévateur pour gagner le centre de soins situé plus haut. Nous avons contemplé la vue de la lune glacée à perte de vue. Des cratères se devinaient au bout de la plaine grise veinée de glace mauve ou bleutée par endroits. Juste derrière, une imposante arête rocheuse de dressait, ceinturant le panorama presque entièrement.
Eratsu montra son autorisation et entra dans la salle de soins dentaires. Une dame alien avenante le reçut, avec deux petits clones timides. L'opération durait une dizaine de minutes. Sa dent endommagée serait extraite pour laisser une autre repousser naturellement. Je me laissais absorber par la beauté de la vue extérieure. Un petit croiseur passa de manière furtive, filant à toute allure vers le lointain. Il ne devint plus qu'un infime point argenté. Cette vue m'apaisa grandement.
Eratsu reparut ensuite, le visage soulagé, malgré sa joue enflée.
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Soyez remercié, me dit-il. L'experte a agi avec beaucoup de douceur. L'enflure va disparaître d'ici quelques heures. Ensuite une nouvelle dent aura repoussé d'ici trois semaines.
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Vous le méritez, lui assurais-je. Voici quelques livres. Je suis certain que vous ferez merveille aux tests.
C'était la vérité. Le lendemain fut un jour magnifique dans mon existence de chercheur passionnante, mais parfois aride. Eratsu réussit les tests haut la main. Il avait été déclaré en très bonne santé. Il allait donc être admis à mon niveau. Je débordais de joie ! À tel point que j'eus envie d'embrasser l'alien verdâtre singulièrement bougon, lorsqu'il remit à Eratsu un badge et une autorisation certifiant qu'il avait bien le droit de travailler à notre niveau comme alien de ménage.
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Ne me remerciez pas, chercheur Lestrys, grommela-t-il. L'empire n'aime pas les aliens à la pensée trop originale, ou ceux qui se permettent des fantaisies concernant l'ordre multi millénaire des castes. Nos ancêtres vivent sous sa loi depuis des éons, et il est très malvenu d'oser contrarier de tels préceptes. Tout ce qui est impur doit être éliminé, grinça-t-il. Votre ami devrait songer qu'il est heureux d'être encore en vie. D'autres que moi ne seront pas aussi indulgents.
Nous sommes sortis de son bureau, plutôt soulagés. C'était la vérité, tous les imparfaits qui voyaient le jour étaient hélas censés être éliminés à la naissance.
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Il est normal qu'il déverse ainsi sa hargne, exposais-je. N'y songez plus. Nos anciens se sont peut-être fourvoyés en pratiquant ainsi un eugénisme pour que les nôtres restent soi disant « purs ». Je suis certain que la diversité entre aliens de science est un bel avantage !
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Je suis bien chanceux de vous connaître, exposa Eratsu.
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Moi également, assurais-je. C'est un très heureux jour, allons fêter cela ! Et pour commencer, il faut veiller à vous installer dignement.
Nous avons parcouru plusieurs coursives, parvenant près de mes appartements. Ceux d'Eratsu seraient juste à côté, car le jeune chercheur qui les occupait avait été affecté à une autre base stellaire. Quoique un peu plus petits que les miens, ils étaient bien chauffés, suffisamment grands de plafond pour mon ami et pourvus d'un lit douillet.
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Cet endroit est magnifique. Il me semble que c'est trop pour moi, hésita Eratsu. Les aliens de ménage ne sont-ils pas censés aller loger en une autre aile ? s'étonna-t-il.
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Quelque chose me dit que vous ne resterez pas alien de ménage bien longtemps, lui assurais-je en riant. Vous avez subi tant de tourments, il me semble juste de vous rendre la place à laquelle vous aspirez.
Je l'aidais alors à déplacer ses différents effets sur un petit chariot à répulsion. Il n'y avait pas grand chose, mais chaque souvenir lui était précieux. Eratsu reçut aussi de nouveaux habits blancs en quantité suffisante, des souliers, des lotions et savons nettoyants, des remèdes, ainsi que du linge, des draps, des couvertures, des coussins, tout ce qui lui avait tant manqué jusqu'à présent.
J'y ajoutais une quantité de livres agréable, et ses yeux exprimèrent une profonde gratitude. Je souris de même en serrant ses mains avec affection. Un lien très fort venait de jaillir entre nous.
Le laboratoire avait gagné un assistant talentueux, mais je venais de gagner un véritable ami !
Mon rêve si étrange prit fin, la charmante mère d'Eratsu exprimant une joie infinie à l'idée de revoir son fils. Cette vibration si intense me porta, m'enveloppant comme un cocon douillet. J'avais hâte moi aussi de ces précieuses retrouvailles. Pouvoir mieux connaître sa famille ferait jaillir assurément de très beaux instants.
Je vous souhaite de même de vivre de tels moments entourés de vos proches, ceux qui font penser à quel point la vie est précieuse. Nous les êtres de l'intérieur du monde, vous adressons toutes nos pensées d'affection et de soutien. Vous êtes ceux qui permettez le lien entre nos deux mondes, nous aimerions exprimer toute notre gratitude.
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