Le grand envol (2/5)
Message du Professeur Zolmirel (suite)
La cabine était un peu ancienne, mais très accueillante. Kalahar avait décoré les parements de photos nombreuses de mondes exotiques qu'il avait visité. Une profusion de visages variés et de paysages renversants fascina Limmel.
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Ce navire est-il le vôtre ? demanda-t-elle avec curiosité.
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Oui, en effet. Le centre d'accueil des hors mondes a fini par me l'offrir. Ce modèle est un peu trop ancien pour accueillir des voyageurs, mais je l'aime bien. Voici les photos de ceux avec lesquels j'ai eu la chance de voyager, expliqua-t-il. J'aime beaucoup travailler avec des scientifiques. Il y a également beaucoup de familles qui viennent soigner un enfant, un parent. Ce sont des missions poignantes, assez intenses.
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Vous êtes celui par lequel tout est possible, répondit Limmel avec une admiration éperdue.
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Le centre d'accueil des hors mondes planifie absolument tout, la réservation d'un transport, d'un lieu de séjour. Je dois juste mener les voyageurs en ce dédale de galeries, ou vers la planète qu'ils visitent, dit-il en riant.
Kalahar démarra le vaisseau avec des gestes paisibles, rejoignant une file de navires. Très impressionnée, Limmel détailla les niveaux de l'immense base. Elle en apercevait une vingtaine.
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Voici l'aire de débarquement des marchandises tout en bas, exposa Kalahar, et les voyageurs débarquent ici, sur les ponts supérieurs. Tous doivent être décontaminés, de même que les navires. La zone environnementale est au centre de la station.
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Cet endroit est magnifique, assura-t-elle, même si je ne suis pas habituée à l'affluence.
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Vous n'avez rien à redouter ici. Les voyageurs qui arrivent sont destinés majoritairement à être soignés ou à visiter des parents. Ceux qui sont animés d'intentions hostiles ne pourraient aucunement entrer en ce lieu.
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Avez-vous déjà rencontré cette situation ? s'enquit Limmel.
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Oui, mais je suis très bien protégé. Il est déjà arrivé que des pirates se déguisent et tentent d'introduire des armes. Les experts en protection des mondes interviennent dès qu'ils captent ma pensée de détresse. Ils ont déjà arrêté des pillards d'objets archéologiques à plusieurs reprises. Ici cela n'est pas toléré. Il n'est point permis d'ôter un objet d'une planète pour le revendre ailleurs. En revanche, les experts en archéologie des autres mondes peuvent venir visiter et étudier un site.
Kalahar enfila souplement plusieurs virages, aboutissant en une zone à l'éclairage tamisé paisible. De beaux balcons chargés de verdure incitaient au repos. Ce lieu était pourvu de plusieurs restaurants. Il déposa le vaisseau à côté d'autres, aux coloris agréables, puis ils descendirent.
Il demanda à Limmel quel restaurant elle préférait, et elle opta pour celui du milieu, aux murs décorés de paysages floraux enchanteurs. Kalahar présenta son pendentif à l'entrée, et ils purent accéder à une petite table. Comme il travaille en ce lieu, tout est offert gracieusement pour lui et ses proches.
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Je ne suis jamais venue en ce genre d'endroit, confia-t-elle en riant, face à un grand bac chargé de végétation épanouie.
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C'est en principe pour les voyageurs en phase d'escale, expliqua Kalahar.
Un tout jeune alien un peu hésitant au teint de neige s'approcha, et s'inclina pour les saluer.
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Bonjour honorables voyageurs, émit-il en un langage commun parfait. Soyez les bienvenus. Je suis Lestadin pour vous servir. Je propose à Madame un potage de tubercules avec des aromates, une mousseline de champignons et un gâteau à la crème et aux baies sauvages. Je propose à Monsieur une terrine aux courges jaunes, une soupe de mousse et de fleurs des champs, avec une tarte aux prunes sauvages.
Un peu interloquée, Limmel accepta, et Kalahar confirma ce choix. Le jeune alien timide les remercia et s'éclipsa.
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C'est incroyable, ce petit est si jeune. On dirait qu'il a à peine 13 ans. Comment sait-il ?
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C'est un prescient culinaire. Ils commencent très jeunes. Ils savent en fonction de l'humeur et de la personnalité de chacun quels plats nous seront les plus agréables.
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Les cuisiniers doivent se retrouver avec une quantité de plats infinie à préparer ! ? s'étonna Limmel.
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Ce prescient est très subtil, il sait également quels plats sont disponibles, et aussi ce que le cuisinier a envie de faire aujourd'hui, expose Kalahar en riant. Il donne aux cuisiniers des détails sur la sauce, la cuisson, en fonction de chaque client. Son rôle est que tout le monde reparte heureux.
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Cela doit être une grosse responsabilité pour un enfant si jeune, expose Limmel.
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Soyez rassurée, il est très doué. Les prescients captent instantanément la personnalité de chacun. Comme ils sont très sensibles, ils aiment travailler dans de petits restaurants, comme ici.
Limmel, malgré sa timidité, était en effet très à l'aise. Il existait une vingtaine de tables et peu d'affluence en cette heure. Une dizaine de convives aux tables voisines semblaient se régaler.
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Accepterez-vous de m'en dire plus sur vous-même ? demanda Kalahar.
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Il y a peu à dire, hésita-t-elle. J'ai grandi en la province des montagnes, où l'on apprend aux enfants très jeunes qu'il faudra travailler très dur, que la vie est difficile. Alors qu'en la province des marais, j'ai appris que c'était tout l'inverse. J'ai découvert au final que l'on a mis en mon esprit des barrières religieuses rigoristes et étroites, sur les hors mondes, sur les Galmols des marais, sur nos amis, les Kolal et les Ilstirr. J'ai vécu la peine de chaque jour, où je devais nettoyer du linge, laver le sol de demeures peu accueillantes, taillées à même la montagne. Il y avait peu à manger et j'avais souvent froid le soir. Zilmis était mon seul réconfort. Il a été traité encore plus durement que moi, car il est androgyne. Il était reclus en cuisine. Je n'avais pas le droit de parler, cela était défendu. Il y avait quantité de choses interdites, comme chanter, ou simplement rire. Ensuite, Zilmis est parti. Mes parents sont entrés en une très grande colère. Puis, ont eu lieu les premières révoltes des jeunes. Beaucoup ont fui vers la région des plaines. Notre village s'est vidé de la moitié de ses habitants. Ensuite, la montagne s'est fissurée, il y a eu un éboulement terrible, j'entends encore le bruit. J'avais très peur de rester là haut. Heureusement, malgré les affronts qu'ils ont subi, les Galmols des marais sont venus à notre secours. Les prêtres ont tenté de les chasser, mais ils ont tenu bon. C'était incroyable, ils ont pu réparer toutes les maisons endommagées, et consolider toute la montagne. Ils un fait un immense nettoyage de notre village qui présentait une allure bien misérable. Malgré toute cette bonté qu'ils nous ont offerte, les chefs et les mâles se sont insurgés contre eux. C'en était trop, je ne pouvais plus rester en un tel endroit !
À cet instant, bouleversé par ses yeux qui se voilent de larmes, Kalahar prend gentiment sa main dans la sienne.
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Il m'est très difficile de songer à ces années de privations et d'efforts perpétuels que vous avez vécues. Jamais de fêtes, jamais de joies. Je me demande comment vous avez eu autant de volonté, dit-il avec admiration. Vous pouvez être fière d'avoir tenu jusqu'au bout.
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Mes prières ont été entendues, expose Limmel. Zilmis est revenu. Et comme il semblait heureux, comme il était bien habillé ! J'étais si heureuse de le revoir et de connaître sa famille, le professeur Zolmirel, le sage Amoni, sa compagne Minel. Un lien très fort les unissait. Erazel a fait une forte impression sur ma mère, quant à mes oncles, Minel a eu sur eux un effet plutôt... foudroyant ! reprend-elle en riant.
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Minel est une alien plutôt déterminée, s'amuse Kalahar. Elle pourrait faire une garde d'élite de premier choix !
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Elle ne supportait pas que l'on me fasse du mal. Mes oncles voulaient me contraindre à rester, mais elle les a balayés d'un simple geste. Ensuite, ils se sont tenus tranquilles. Je suis tellement heureuse de la connaître, elle est pour moi un exemple de courage, elle ne craint pas de vivre une nouvelle aventure. Lorsque l'on part dans l'espace, c'est réconfortant qu'elle vienne avec moi ! Et Amoni est aussi un alien très noble. Il est ouvert à la science médicinale des montagnes. La première fois que je suis arrivée chez eux, j'ai vu qu'ils avaient rénové une jolie chambre et une salle de bains spécialement à mon intention. Ils m'avaient même offert des livres. Je n'arrivais pas à y croire !
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Vous le méritez, expose Kalahar. Vous êtes passée par tellement d'étapes dans la souffrance. Ils veulent vous faire oublier les traitements indignes que vous avez subis.
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