Le grand envol (1/5)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le grand envol (1/5)

Message du Professeur Zolmirel

 

 

Mes chers amis, c'est avec joie que je reviens vers vous, en ces temps ou l'esprit de chacun se recentre, s'apaise également. La saison est propice au repos et aussi à cette sorte de lente régénération de la pensée.

 

Les nôtres sommes des êtres qui aimons à cultiver la pensée sous toutes ses formes. Cela peut générer certains écueils, lorsqu'une relation matrimoniale prend fin par exemple. Pour nous, tout lien d'amour entraîne une relation psychique très intense. Les relations inabouties sont rares sur mon monde. La télépathie permet à un couple aimant, de protéger et d'embellir son union au fil des ans.

 

Lorsque le couple uni n'est plus heureux, elles mettent un temps plus ou moins long pour se tarir, suivant la densité du fil de pensée qui reliait les deux êtres.

 

Ce matin là, je me levais, heureux de voir un halo doré se répandre par le vitrage du séjour.

Zilmis était parti tôt sur le chantier de réfection d'un gigantesque navire. Le petit Xalol avait rejoint sa famille après son séjour dans le centre de soins. Il avait encore du mal à digérer, mais il allait mieux. Amoni était parti rendre visite à ses proches. Il avait également tenté de nouer une relation avec Ilxianil, le frère du petit Xalol. Contrairement à lui, c'était un enfant des plus timides. Il lui faudrait faire preuve de persévérance.

 

Limmel était déjà affairée dans la serre, à soigner les plantes, retirer les brindilles, et cueillir les champignons épanouis.

 

Nous avons devisé quelque peu, de choses liées à la maison. Elle était bien plus épanouie, plus rieuse aussi. Sa peine d'autrefois en la région des montagnes, où elle était considérée avec mépris par sa famille, et aussi par tous les habitants, était passée. Ses mains avaient fini par guérir. Les signes des corvées quotidiennes qu'on lui infligeait avaient fini par déserter ses grands yeux bleu ciel splendides, et son teint saumon très pâle était plus captivant que jamais. Elle marchait plus droite, d'un air plus serein.

 

Inconsciemment, je la comparais à une jeune fleur épanouie qui prenait peu à peu sa plus belle forme.

 

  • Vous êtes si bons de m'accueillir comme vous le faites, dit-elle. Ce lieu de vie est si plaisant maintenant.

 

C'était la vérité, après notre ouvrage, nous prenions une agréable collation près de la serre. Le séjour avait retrouvé toute sa beauté, malgré quelques pans de murs moisis qu'il restait à rafraîchir. La cuisine impeccable, brillait de propreté. Zilmis y avait accroché ses ustensiles favoris. Nous avions déserté la maison d'à côté, occupée par Amoni et Minel, pour nous installer dans celle-ci.

 

Plusieurs fois, nous avions surpris involontairement nos deux amis en train de s'étreindre. Très embarrassés de cette situation, nous avions décidé qu'il en était mieux ainsi d'un commun accord.

 

En ce matin paisible, je fixais Limmel d'un œil tout à fait ravi. Limmel était très jeune, et elle éprouvait un amour croissant pour Kalahar, un alien attachant qui travaillait comme guide sur la base stellaire qui jouxtait notre planète.

 

  • Ma présence ici n'est point naturelle, hésita Limmel. J'aimerai pouvoir rejoindre Kalahar en sa demeure, mais les choses ne sont point possibles dans l'immédiat.

  • Votre présence est des plus normales, nous sommes tous ravis de vous accueillir, assurais-je aussitôt. Vous occupez une aile de la maison, Zilmis et moi-même l'autre. Il n'est donc point de hâte à avoir, prenez tout le temps qu'il faudra. Le fait de construire une relation avec un bien aimé dont le cœur est voilé par d'anciennes épreuves est délicat. Nous avons envie que tout se passe bien pour vous, assurais-je avec affection.

 

Un court instant, l'éclat de son regard parut vaciller. Très émue, elle me fit don de sa pensée précieuse. Limmel était une alien très timide, et il lui semblait plus facile de s'exprimer ainsi. Je fermais les yeux, pour m'immerger entièrement dans un flot agréable.

 

Sa pensée était des plus douces, elle faisait comme un cocon douillet, où l'on entrait avec bonheur. C'était une alien au cœur très grand, d'une incroyable pureté. À dire vrai, Limmel était encore une enfant.

 

La scène était visible dans toute sa fraîcheur. Limmel se levait, le cœur battant, elle entrait dans la salle de bains en boiseries pour se rafraîchir. Rieuse, elle était follement excitée du jour qui s'annonçait. Elle choisit une tunique blanche, décorée de fleurs aux tons rosés pour aller avec son teint. Elle descendit l'escalier d'un pas allègre et fila dans le jardin où elle me salua. Il était très amusant de me voir par son regard. Les aliens des montagnes ont une vue perçante, mais les couleurs y sont différentes. Ils perçoivent un peu moins de tons de verts que les nôtres. Aussi, Limmel me voyait en un peu plus bleu que ma propre vision.

 

Après une courte collation, elle fila vers le centre de notre village. En ce matin, on entendait le tintement produit par le travail des différents artisans. Notre plus proche voisin et ami, fabriquait des ustensiles de cuisine, il existait également des artisans qui élaboraient des objets en céramique, des outils, et du mobilier. Tout cela fascinait Limmel qui ralentit le pas pour admirer leurs réalisations magnifiques.

 

Elle rejoignit un point « de flux ». Ce type de lieu est une sorte de station, qui relie instantanément à la ville capitale de notre province. Un peu tendue, Limmel s'approcha de ce qui ressemblait à un élégant réverbère ouvragé muni d'un projecteur. Elle appuya sur un bouton, puis valida sa destination sur un écran. Le projecteur s'alluma, dessinant peu à peu une fenêtre brillante. Elle s'y engouffra, disparaissant en quelques secondes.

 

Limmel reparut en un tout autre endroit et éclata de rire sous la sensation virevoltante de la translation. Elle se trouvait maintenant en un gigantesque hall de gare. Un peu intimidée, elle alla prendre place sur un siège, à côté d'une file de voyageurs interstellaires. Elle serrait bien fort son petit sac près d'elle, le cœur battant.

 

Son regard émerveillé détailla la magnifique coupole du grand centre de transbordement interstellaire, destiné à accueillir les hors mondes. Peu habituée à se déplacer seule en son ancienne vie, il lui fallait un grand courage pour oser se rendre en ce lieu. La taille du plafond incurvé était d'environ 30 mètres de haut, des élévateurs montaient vers le ciel, aboutissant à de superbes balcons éclairés de lumières dorées, avec des plantes épanouies et des petits vaisseaux colorés qui attendaient. Un peu fatigués, les voyageurs près d'elle discutaient ou sommeillaient. Plusieurs lisaient de gros volumes. Elle aperçut des savants aliens occupés à transporter des plantes fragiles dans des chariots à répulsion, des lézards et des humanoïdes qui discouraient joyeusement. Une mère alien tenait un petit immature dans ses bras. L'enfant, lui aussi, semblait fasciné par ce lieu hors du commun. Apparut alors un être de lumière, qui se joignit au groupe de voyageurs. Une navette arriva, et tous y montèrent. Limmel se retrouva alors seule.

 

Une vague crainte l'habita. Mais elle fut bientôt dissipée. Un petit transport rose vif apparut et Kalahar en descendit, fou de joie. Ils s'étreignirent, les yeux emplis de larmes.

 

  • Je suis... tellement heureuse de vous revoir... bégaya-t-elle face à son teint violine superbe.

  • Moi de même, et pardon pour le retard, exposa Kalahar. Le contrôleur m'a parlé longuement à propos d'un souci avec le tonnage d'un navire. Je ne pensais qu'à venir vous retrouver !

 

Limmel contempla son visage qu'elle aimait tant. Il possédait des nuances de rose vif sur les joues, et un violet un peu plus clair au niveau du front et des tempes. Le sommet de son crâne et le dessus de ses mains resplendissaient d'un violet plus intense nuancé subtilement de bleu.

 

  • Vous êtes tout excusé. Vous êtes tellement magnifique, osa-t-elle avouer. Vous êtes celui qui fait le pont entre nos deux mondes, entre la province des montagnes et celle des marais.

  • Vous êtes vous aussi exceptionnelle, assura Kalahar en rosissant. Votre courage est bien grand d'avoir su quitter cette vie d'oppression qui était vôtre. Il me fait peine de songer que vous ayez dû besogner si durement.

     

Il l'invita à monter dans le petit transport.

 

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