Le voyage psychique (2/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le voyage psychique (2/4)

Message du Guérisseur Lestrys (suite)

 

 

Le soir venu, nous avons salué Ighert comme d'habitude, puis après notre repas du soir, nous sommes retournés en nos appartements douillets et bien chauffés. Hélas, pour elle, il ne devait pas en aller de même.

 

Je saluais Eratsu, puis entrais en mes appartements, afin de m'absorber dans la lecture. Un peu plus tard, je m'affairais dans la salle de bains, puis m'installais pour aller dormir.

 

A cet instant, des pensées de peine et de souffrance jaillirent. Je m'étonnais et me concentrais, cherchant à en déterminer la direction. Hélas, la pensée ténue s'évanouit. Je songeais alors que mes sens étaient simplement fatigués. J'entrais dans le sommeil.

 

Au milieu de la nuit, je m'éveillais avec stupeur. La pensée revint.

  • S'il vous plaît, de grâce, aidez-moi ! lançait-elle désespérément.

 

J'allumais l'éclairage et m'extirpais de mon lit d'un air décontenancé. Qui pouvait donc appeler ainsi ? Un instant plus tard, Eratsu frappa discrètement à ma porte. Je l'invitais à entrer.

 

  • Navré de vous déranger en une heure si tardive, s'excusa-t-il. Quelqu'un est en fâcheuse posture.

  • Vous ne me dérangez nullement, lui exposais-je. Cela m'a aussi éveillé. Habillons-nous, prenons des senseurs et des lampes et allons-y !

 

Nous nous sommes vêtus chaudement. Malgré le chauffage excellent, il subsistait des températures glaciales en certains couloirs. La température la nuit, sur l'astéroïde pouvait descendre à -180 degrés. Les températures « estivales », étaient elles de - 100 degrés environ. Il en résultait des couloirs glacés de 8 degrés par endroits, afin d'économiser l'énergie, vu que personne ne s'y promenait. Les couloirs où officiaient les équipes de nettoyage et de maintenance étaient bien chauffés, à environ 20 degrés. Autrement, Orsone ne l'aurait pas permis.

 

Nous avons avancé dans l'immense cité déserte, aux coursives obscures à peine troublées par l'éclairage des systèmes de ventilation, d'épuration de l'air, et des armoires à énergie. Je dois admettre que je n'en menais pas large.

  • La pensée se renforce, fit Eratsu, plus sensible que moi. Elle semble émaner de l'aile en travaux.

 

Nous avons croisé un petit groupe d'androïdes, occupés à nettoyer le réfectoire, la salle de repos, et les laboratoires. Ils nous fixèrent avec une sorte d'étonnement et continuèrent leur ouvrage.

 

C'était assez stupéfiant de voir notre citadelle dépourvue du moindre éclairage. Malgré notre vue perçante, nous étions plutôt affectés par ces lieux lugubres. Pour renforcer cet aspect, il nous fallut emprunter la grande passerelle de verre glaciale. Celle qui reliait entre elles les ailes 6 et 7 de l'immense cité, de plus de 8 km de long.

 

 

Endormie dans le clair obscur fascinant, la surface glaciaire de l'astéroïde offrait un spectacle grandiose. Des vents incessants semés de givre généraient des volutes scintillants à sa surface. Des guyots millénaires sombres couronnés de glace attendaient pour l'instant les ors du matin. Entre chaque relief, s'ouvraient des gouffres obscurs à faire froid dans le dos. Nous ne pouvions détacher notre regard du panorama.

 

Finalement, nous avons pu entrer dans l'autre bâtiment. Nous avons descendu un long escalier. Eratsu ouvrit une porte de maintenance, donnant sur un couloir grisâtre en métal, un peu mieux éclairé, avec un long boyau visible à perte de vue. Nous n'étions en principe pas autorisés à traverser les autres quartiers de nuit, sauf en cas d'urgence.

Mais il avait pensé à tout pour notre petite excursion. En ancien alien de ménage, il connaissait tous les accès de maintenance.

 

  • Venez ami, me dit-il. Il nous faut atteindre l'autre extrémité. Un convoyeur magnétique sera parfait, et totalement indétectable.

     

Je montais à bord d'un transport de petite taille. Il fila à vive allure sur un rail magnétique. Pour ne pas trop souffrir du froid, je me serrais contre le bord du vitrage, d'où jaillissait un peu d'air chaud. Nous avons accompli le déplacement de 6 km en à peine 2 minutes.

 

Je descendis avec soulagement, et soufflais sur mes mains frigorifiées. D'ordinaire, un tel véhicule était utilisé pour des bagages ou du fret. Des bruits sourds résonnaient. Nous approchions du grand chantier, où l'équipe de nuit progressait. On percevait les vibrations, puis le son bref des concasseurs soniques, qui faisaient vibrer la paroi pour la fragmenter avec précision. La pensée de désarroi se précisa. Je réprimais un cri. Notre amie Ighert était en danger !

 

Eratsu et moi-même nous sommes mis à courir. Nous redoutions que le sinistre Herreximex n'aie mis son plan à exécution.

Nous étions terrifiés par ce que nous pressentions. Nous avons émergé du tunnel de maintenance. Autour de nous des couloirs arrondis, proprets et bleu nuit en cette heure, donnaient sur les futurs quartiers des servants. Des éclairages dorés disposés en des points fugaces créaient un décor magnifique. Comme tout cela était beau ! Nous avons enfilé les coursives précipitamment. Des portes, chacune d'une nuance de bleu différente, donnaient sur les futurs appartements.

 

Sans hésiter, Eratsu déverrouilla la dernière porte au fond d'un couloir à l'écart. La scène nous fit échapper un cri. Ighert était étendue sur le lit, entourée de tout ce qu'elle avait pu trouver pour se protéger du froid, des rideaux, des draps fins et même des serviettes. De cruelles gelures affectaient son visage charmant, ses mains et même ses bras.

 

  • Que fait-elle donc ici ? demandais-je avec effroi. Pourquoi est-elle vêtue d'un habit de nuit si léger ?

  • Cela ressemble bien au châtiment imaginé par Herreximex... Vite, il faut la sortir de ce lieu ! fit Eratsu, en montrant du givre sur le sol.

 

Nous nous sommes exécutés au plus vite. Nous avons déposé notre amie dans le couloir, un peu mieux chauffé, pour reprendre notre souffle.

 

  • Il faut vite trouver un calorigène, elle ne tiendra pas, soupirais-je. Allons vers le chantier.

  • C'est d'accord, fit Eratsu.

 

Bien plus fort que moi, Eratsu porta la dame Ighert, et je veillais à manipuler portes et élévateurs. Nous sommes parvenus au niveau où les experts installaient la salle de repos des servants. Elle était extraordinaire. Une vaste frise qui représentait un ciel étoilé se parait de jeux de lumière et de dégradés fantastiques. De minces baguettes de bois arrondies avaient été disposées à la verticale.

Une chaleur douillette régnait en cet endroit.

 

Les experts, surtout des clones adultes et des valets avenants, nous dévisagèrent avec stupeur. Nous les avons salués.

  • Bienvenue, je suis Ellanera. Êtes-vous en charge des fauteuils ? demanda une alien plus âgée. Que s'est-il passé ? A-t-elle besoin d'aide ? questionna-t-elle en avisant Ighert.

  • Oui, en effet, répondis-je en massant ses mains pour faire circuler le sang. Il faudrait des couvertures s'il vous plaît. Elle ne réagit plus !

 

Les aliens blêmirent, et s'affairèrent. Chacun apporta des plaids et des couvertures. Ceux qui n'en trouvèrent point offrirent leurs manteaux pour entourer Ighert.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes : 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article