L'enfant inattendu (2/4)
Message du Professeur Zolmirel (suite)
Le soir venu, un Amoni très absorbé compila avec méthode sa collection d'épices, époussetant divers flacons sur des étagères.
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Vous semblez soucieux, ami, lui dis-je. Et si vous me partagiez votre pensée ?
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Erazel semble convaincue que le petit Xalol est prêt pour ses essais, mais ses parents y sont farouchement opposés, dit-il avec une grande peine en son regard. Je suis inquiet, car il dépérit. S'il n'accomplit pas ce pour quoi il est venu, cela pourrait l'affecter.
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Ainsi, les Kolals pensent de même qu'un enfant peut-être prédestiné ? demandais-je en faisant flotter des bocaux sur les étagères brillantes.
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Oh oui, tout à fait, répondit Amoni en replaçant ses épices favorites. Notre peuple le pense aussi. Lorsqu'un enfant inattendu voit le jour, c'est qu'il y a toujours une raison. Xalol pourrait être « celui qui fait le lien », comme le décrivent nos légendes, et cela effraie beaucoup ses parents. Sa mère est inquiète, elle pense que ses soucis d'obstruction doivent d'abord guérir avant qu'il parte explorer les cieux. Son frère aîné a très peur aussi qu'il voyage si loin.
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Le petit Xalol est un enfant des plus précoces, il doit nécessairement ressentir ce qui est bon pour lui.
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Oui, il le ressent. Erazel s'est rendue chez ses parents pour leur parler.
Nous avons passé une soirée agréable, profitant de la terrasse chargée de senteurs dans l'air du soir. Zilmis revint plus tôt que d'ordinaire. Il avait longuement besogné sur un vaisseau moyen courrier en panne.
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Décorrélation des réacteurs, nous dit-il fièrement. Cela a désactivé de nombreux relais, les systèmes de coupure automatique ont paralysé tout le bâtiment.
Zilmis ouvrit une boîte et nous montra ce qui ressemblait à une œuvre d'art métallique en forme d'étoile. L'objet était de la taille d'une grande main. Il brillait doucement d'un éclat blanc argenté.
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C'est ce qui redirige tout le flux plasmique de manière harmonieuse dans les huit réacteurs. Je vais le déposer à l'usine de rectification demain. Il pourra resservir une fois modifié et inspecté en détail.
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Incroyable qu'un si petit objet puisse paralyser tout un moyen courrier ! lança Amoni.
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Avec le temps, il peut y avoir des microfissures dans le métal. Elles modifient le flux de manière inharmonieuse. Si cela ne peut être corrigé, il sera refondu. Les répartiteurs de flux plasmique sont en titanium ultra et très longs à fabriquer, cela est fait au centième de micron. Sur un long courrier, il existe exactement la même pièce, mais elle tiendrait à peine dans notre salon !
Chacun éclata de rire à cette annonce.
Un peu plus tard, je passais au jardin, admirant la clarté lunaire sur la cime des arbres, et l'éclat des étoiles. Cela m'apaisa grandement. Alors, je fis un vœu, pourvu que tout s'arrange pour le petit Xalol et qu'il puisse lui aussi voyager dans les cieux !
La journée du lendemain, puis la suivante, m'absorba fort heureusement dans mon travail. Je continuais d'analyser des fresques représentant de multiples plantes sur le site de fouilles archéologiques. La pluie advint, ce qui ne me troubla nullement, en alien des marais habitué à la boue.
Peu après l'heure du soir, je m'apprêtais à retourner en notre logis. Limmel qui travaillait à mes côtés, était déjà partie retrouver Kalahar. Ils avaient prévu de se rendre au restaurant.
Très réjoui, je gagnais les vestiaires, et trouvais là une Erazel plutôt guillerette.
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Vous voici là dans une tenue des plus seyantes ! lança t-elle en éclatant de rire face à mes bottes et mon pantalon couverts de boue argileuse ocre.
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Ce sont les nécessités de notre travail, dis-je en riant. La saison des pluies va bientôt arriver. Il nous faut inventorier tout le site. Les anciens vont peut-être le confiner ou le déplacer, car il existe une possibilité de crues.
Erazel agita les mains. Je me retrouvais aussitôt bien sec, et mes habits impeccables. Le sol du vestiaire constellé de flaques de boue était redevenu lui aussi immaculé.
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L'alien de ménage désigné pour demain, n'aura pas long à œuvrer, exposais-je en riant.
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Très bonne chose, fit Erazel. Surtout s'il s'agit de vous ! Nous devons partir, pour une visite impromptue tout à fait nécessaire.
Elle étendit le bras, et une arcade se dessina devant nous. Habitué à de tels prodiges, je l'y suivis. Nous nous trouvions devant un vaste hangar de forme arrondie agréable. La jungle nous entourait, et le soleil semblait avoir remonté sur son orbite. Je devinais que nous étions bien loin, peut-être sur l'autre hémisphère, dans la région des Kolals.
Erazel s'approcha d'une ligne de téléphérique dernier cri, avec des cabines qui flottaient toutes seules sur un champ à répulsion magnétique. Des aliens en sortaient, avec de jeunes enfants, des animaux et aussi des bagages, des plantes en pot. Des navires plus grands se posèrent, débarquant tout un groupe de techniciens et d'experts munis de nombreux appareils, de malles.
Nous avons patienté quelques minutes, puis une dame Kolal apparut, tenant la main du petit Xalol. Il vint vers nous en bondissant, Erazel et moi l'avons étreint en l'embrassant, bouleversés de le revoir. Le petit Xalol semblait avoir grandi de manière intense. Le résultat était qu'il présentait une maigreur impressionnante. Chose agréable, ses yeux fragiles à l'iris presque blanc, arboraient un peu plus de bleu, et semblaient en meilleure santé.
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Cela fait si longtemps ! Moi très heureux revoir à vous ! exulta-t-il en une joie formidable.
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Voici ce petit qui est si attachant, fit la dame alien, sa professeur de sciences. Je compte sur vous pour lui faire vivre un agréable moment ! lança-t-elle d'un œil pétillant.
Nous l'avons saluée et nous sommes approchés du vaste édifice. Xalol semblait enchanté, il butait encore un peu sur certains mots en langage commun.
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Où sommes-nous ? demanda un Xalol intrigué. Moi jamais venu en un tel endroit.
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Ton vœu va être exaucé, exposa Erazel avec un bon sourire en prenant sa petite main.
Xalol nous fixa d'un œil intense, puis parut un peu étonné. Nous nous sommes approchés du vaste hangar. Là, un moyen courrier presque achevé brillait doucement d'un éclat métallique blanc mêlé de violet. On ne voyait que sa proue.
Nous nous sommes avancés, nos yeux s'habituant à la pénombre. Xalol, lui semblait voir la totalité de l'engin d'environ 200 mètres de long. Il arrondit les yeux avec une joie intense, presque douloureuse.
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C'est comme un rêve, fit le petit alien bouleversé. Merci de m'avoir mené ici !
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Tes parents l'ont autorisé, c'est eux qu'il faut remercier, émit Erazel.
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C'est parce que vous avoir longuement conversé avec eux. Oncle Amoni également avoir parlé, fit-il d'un air reconnaissant. Lui partir bientôt pour l'espace ? demanda Xalol avec intensité en se tournant vers le beau vaisseau.
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Oui, un vol inaugural est prévu bientôt, assura Erazel, en apercevant des dizaines de techniciens monter à bord en apportant toutes sortes de capteurs. Ils en sont à la phase de test de tonnage et de poussée lumière.
Nous nous sommes approchés de l'engin, faisant le tour sur l'aire réservée aux visiteurs. On entendait très peu de bruit, il régnait presque une ambiance mystique. Xalol arrondit les yeux de bonheur en admirant l'un des réacteurs principaux, d'environ 50 mètres de diamètre. Il nous gratifia d'un large sourire, émerveillé par l'engin.
Il questionna Erazel sur le vaisseau.
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As-tu déjà piloté si grand vaisseau ? demanda-t-il avec euphorie.
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Oui, en effet, mais je n'étais pas seule. Il faut une dizaine de pilotes et autant de navigateurs. Ils se relaient entre le jour et la nuit. Au début, j'ai embarqué en tant que technicienne experte en réacteurs et en poussée lumière. C'était à moi de veiller sur la salle des machines, avec d'autres jeunes recrues. J'étais si fière de pouvoir faire partie de telles expéditions. Nous avons croisé loin vers les zones inexplorées ! Cela nous a permis de faire la connaissance avec de nouvelles planètes amies, peuplées de lézards, d'aliens et d'humanoïdes très avenants.
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Je voudrais y aller aussi, émit le petit alien.
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Je le sais bien, répondit Erazel. Tes professeurs ont vu en toi, et ils souhaitent que tu puisses réaliser cela. Ils t'ont gratifié d'un honneur spécial.
Nous nous sommes dirigés vers la passerelle du vaisseau. Là un alien aimable nous souhaita la bienvenue et nous tendit des médaillons protecteurs contre les particules métalliques. Il nous expliqua que le vaisseau étant achevé, tout avait été nettoyé de fond en comble autour, mais que certaines particules pouvaient subsister dans l'air.
Je m'étonnais, très heureux, mais en même temps un peu abasourdi. Les surprises réservées par Erazel étaient toujours de taille cosmique ! En cette soirée, je me voyais revenir en cuisine paisiblement pour préparer un délicieux dîner à Amoni, qui avait sûrement longuement officié au centre de soins. Mais elle avait prévu bien autre chose.
J'enjambais la porte blindée du vaisseau, épaisse d'environ deux mètres, et pénétrais dans un couloir métallique très propre et bien éclairé, aux parois polies comme un miroir. Des portrait d'aliens figuraient accrochés aux murs, surtout des scientifiques, et des hors mondes influents, comme des ambassadeurs, des prélats, avec des paysages végétaux, ou des vues de l'espace à couper le souffle.
Le petit Xalol découvrait cet univers avec une joie intense. Très à l'aise, il fila dans les coursives. Il semblait déjà connaître certaines choses, de manière inexplicable. Les plans des vaisseaux sont globalement les mêmes, avec une salle de phasage des réacteurs, et une autre, de collusion atomique.
C'était dans celle-ci que les experts étaient réunis pour faire les tests de poussée lumière. Xalol s'y dirigea aussitôt sans hésiter. Je fixais Erazel d'un air abasourdi.
Les tests devaient permettre de déterminer précisément quels vecteurs de poussée étaient nécessaires pour décoller, s'élever hors de l'atmosphère, échapper à la gravité de notre monde, et ouvrir un passage vers la troisième coordonnée.
Des aliens jeunes et moins jeunes discouraient avec des humanoïdes de Mistra. Ils vous sont semblables, mais plus longilignes. J'avisais une magnifique jeune fille aux cheveux d'argent et au visage radieux. Ses mains étaient d'une délicatesse absolue. Elle pianotait sur un clavier et dictait des chiffres à un alien très concentré. Près d'eux, un lézard et un alien Denakh inspectaient un senseur couvert de capteurs variés.
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C'est un gyroscope ? s'enquit le petit Xalol intrigué.
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Oui, répondit Erazel. Le seul moyen de connaître les paramètres de vecteur de poussée, est de faire effectuer un vol inaugural au navire. Bien sûr, tout a été modélisé, mais tu apprendras que chaque vaisseau est unique. Il existe toujours des différences. Il y a ce qu'on apporte à bord, les végétaux de la zone environnementale, les réserves en eau, en méthane, et tous les passagers, la quantité de mobilier, d'équipements. Cela peut grandement faire varier les vecteurs de poussée nécessaires.
Nous avons rejoint une autre portion du vaisseau, pour ne pas troubler les experts. C'était le pont-promenade du vaisseau, ma zone favorite.
Nous nous trouvions au niveau de ce qui ressemble à une galerie marchande, avec quatre balcons au dessus de nous, et une grande verrière de métal transparent. En vérité, c'étaient plutôt des petits jardins pour les enfants, des salons de bien-être et des restaurants. Pour l'instant, tout était brillamment éclairé. Des techniciens testaient toutes les installations, les systèmes d'arrosage de la végétation qui croissait sur de véritables murs verticaux, les éclairages, les fontaines et les élévateurs.
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Tout est tellement beau, fit le petit alien.
C'était la vérité, chaque expert qui avait pourvu à la naissance de ce joyau avait déversé là toute sa science, donnant le meilleur de lui-même. Nous sommes passés devant une salle de concert, où des musiciens répétaient pour tester l'acoustique.
Notre visite dura longuement. Le petit Xalol voulut tout naturellement visiter la salle des machines, ce qui enchanta Erazel. Je les vis descendre un escalier raide menant à un ensemble fantastique de tuyaux et de conduites bleutées.
Je demeurais sur le balcon et pris place en soupirant sur un banc pour les attendre. Loin sous moi, une forêt de systèmes pressurisés alimentant le navire en eau potable, en chauffage et en énergie brillait doucement. Cette douce contemplation me contentait au plus haut point. Des petites lumières dorées pulsaient lentement des systèmes de contrôle, donnant l'impression que le navire était vivant.
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