Le Léviathan endormi (2/4)
Message du Professeur Zolmirel (suite)
Nous sommes redescendus, admirant la jolie chambre bleue complètement vidée de son mobilier. Limmel étalait du plâtre frais sur les murs, tandis que Kalahar réparait une lampe. Tous deux se jetaient des regards tendres. Une estime brillante se devinait entre eux.
J'aidais Erazel à extraire les caisses que nous avons chargées dans son vaisseau personnel. Tout cela serait rénové et redistribué à des familles. Sur mon monde, tout était réparti équitablement, rien ne se perdait.
Nous avons ensuite gagné la serre, où il y avait pas mal de systèmes d'arrosage à nettoyer. Erazel m'aida à déplacer plusieurs bacs immenses couverts de jeunes champignons fragiles. C'était un travail délicat, alliant puissance de l'esprit et minutie extrême. Pour ne pas fragiliser les plantations, nous avons retiré les buses d'arrosage entartrées et en avons installé de nouvelles aussitôt. Les anciennes devaient être nettoyées intégralement. Erazel commença à démonter le premier équipement. Elle me passa les pièces, que je mis à tremper dans un bac en résine naturelle.
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Et comment va donc Kalahar ? demandais-je. Avez-vous pu résoudre l'écueil de conversation avec son ancienne épouse si obstinée ? J'espère que maintenant, elle le laisse un peu tranquille.
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La communication avec son épouse a été établie. Pas par moi, expliqua Erazel, car je suis un peu trop vive. L'ancien qui a conversé avec elle a pu la raisonner un peu. Cependant, une partie d'elle-même refuse de laisser Kalahar vivre sa nouvelle vie. C'est après tout une alien d'une colonie technocratique gouvernée essentiellement par des femelles. Certaines de ces aliens considèrent qu'un époux est en fait une propriété, soupira-t-elle. L'ancien a réussi a lui faire admettre que cela était un jeu puéril d'entraver ainsi l'avenir de Kalahar. Elle se fait aussi un grand tort à elle-même en agissant de cette manière. Elle piétine la relation brillante qu'ils ont pu entretenir autrefois. Disons qu'elle est devenue plus … courtoise avec Kalahar, pour un temps. J'espère que cela durera. Il en profite, il s'est affairé à vider sa demeure et bientôt, il pourra ainsi gagner un nouveau logis.
J'eus un large sourire en apprenant cela. Kalahar vivait la période « amère », celle où un alien ne pouvait choisir de nouvel époux dans l'immédiat. Il ne s'agissait pas d'une règle imposée, mais d'un chemin de guérison intérieure que devait suivre un alien, avant de pouvoir accueillir une nouvelle relation. Il en était ainsi sur mon monde. Nous vivions très vieux, et souvent les aliens avaient le bonheur de conserver la même moitié des siècles durant. Mais il pouvait arriver qu'une relation se tarisse avec le temps. Cette période était essentielle pour qu'une nouvelle relation heureuse s'épanouisse.
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La terre se repose avant de pouvoir accueillir de nouvelles plantes philosophais-je. Ainsi, leur floraison n'en sera que plus magnifique.
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Vous faites un bien heureux poète, aujourd'hui, s'amusa Erazel. Il en est bien ainsi. Les guérisseurs en soins de l'esprit ont conceptualisé qu'il en était mieux également pour les couples.
Nous avons passé une partie de l'après-midi à deviser. Nous nous sentions apaisés et sereins. Un peu plus tard, je gagnais le salon, prenant connaissance avec plaisir d'une missive envoyée par ma mère. Je m'assoupis peu après, un peu fatigué de tous nos exploits.
La scène me parvint alors dans toute sa netteté par le regard des enfants.
C'était le matin au Grand Institut. Réveillés de bonheur, Nerti et Zilner déambulaient sur la grande esplanade. Elle était toute en bois, bordée de tonnelles garnies de buissons. Une brume assez épaisse planait. Les premiers oiseaux et les lézards commençaient à chanter au sommet des arbres.
Nerti et Zilner gagnèrent le réfectoire, car il faisait trop frais pour déjeuner dehors. Ils prirent un en cas, puis empruntèrent les couloirs bleu nuit du Centre des hautes connaissances. Ils menaient aux soubassements. Les enfants se penchèrent par dessus une balustrade, pour admirer la machine géante qui était reliée à la chaufferie de tout le bâtiment. Des érudits et des chercheurs commençaient à déambuler en cette heure. Les enfants échangèrent avec allégresse sur le vaisseau actuellement en cours de réfection.
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J'espère que nous pourrons l'approcher, fit Nerti, assez surexcité.
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Cela devrait aller, assura Zilner, il est encore bien tôt ! dit-il en souriant.
Un pas léger les interrompit et ils se retournèrent. Leurs amis vinrent les retrouver. En tout, il y avait neuf enfants dans leur petit groupe. Puis, vint le sage Zablinsk. Il salua et embrassa chacun des jeunes enfants qui le considéraient de même qu'un père.
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Mes chers petits, lança-t-il avec émoi, votre présence a été requise, cette fois.
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Notre présence ? s'étonna un petit alien bleuté. Mais nous ne sommes que des enfants, nos connaissances en mécanique stellaire sont insuffisantes pour aider à refaire fonctionner un vaisseau aussi ancien !
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Il est autre chose que la connaissance, pour parvenir à de telles fins. Ce chantier vous fascine tellement que vous laissez planer dans votre sillage des pensées extrêmement stimulantes pour les ingénieurs. Nous sommes des êtres énergétiques, et le cœur, lui, sait ressentir ce qui est bon. Après tout, la vie de ce navire est simplement endormie, exposa Zablinsk avec un sourire énigmatique.
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Notre présence pourrait troubler les ingénieurs et les navigateurs, répondit Nerti.
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Oui, tu as raison mon enfant. C'est pourquoi il faudra être discrets. Comme la dernière fois, c'était parfait. C'est une alchimie subtile entre les experts et le vaisseau qu'il faut parvenir à retisser. Les anciens Denakhs qui ont conçu pareille merveille voici des éons, ne sont plus là pour s'en occuper.
Les enfants comprenaient très bien tout cela. Ils suivirent le sage Zablinsk dans une cabine d'élévateur, pour gagner le vaste hangar spatial où une moitié du vaisseau attendait.
Un peu intimidés, il découvrirent une nouvelle fois l'immense grotte, qui avait été agrandie au fil du temps. Le navire d'une taille fantastique reposait sur des piliers géants nombreux recouverts de coussins en caoutchouc épais. De tels piliers étaient insérés dans des espaces réguliers sous la coque. Un périmètre sablonneux courait tout autour du vaisseau, pour les visiteurs du chantier.
Les enfants furent ravis de voir que les travaux avaient si bien avancé. On voyait fort peu de groupes d'ouvriers en cette heure. Le gigantesque navire brillait doucement. Des parements neufs en astrocéramique blanche couraient sur son flanc, avec du cuivre amélioré étincelant, qui brillait au niveau de la proue. C'était un bien fabuleux spectacle.
Un contrôleur d'accès sommeillant leur remit un médaillon protecteur, afin de repousser les poussières métalliques. Ensuite, ils se dirigèrent vers une rampe. Un chemin d'accès métallique avait été disposé, pour charger et décharger une quantité infinie de matériel.
Des agents de chargement poussaient de lourdes caisses par la voie de l'esprit, simplement en étant assis dessus. On avait l'impression qu'ils méditaient, mais il n'en était rien. Ensuite, les contrôles magnétiques des rampes prenaient le relais pour amener le fret à bord.
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