La révolte silencieuse (2/6)
Message du Guérisseur Lestrys (suite)
Nous sommes entrés en un lieu superbe, à l'éclairage tamisé, avec de très beaux livres sur des étagères, des globes à plasma en cuivre jaune, des portraits de chercheurs aliens, et de bons fauteuils moelleux.
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Ce luxe est pour moi seul, exposa Orsone d'une voix attristée en nous servant à boire, et en apportant des hors d’œuvre. J'aimerais que tous les aliens de cette cité soient logés ainsi. Après tout, cet astéroïde est bien grand, pas vrai ? Nous pouvons donc agrandir cette base de belle manière. Pourquoi loger les servants en des réduits misérables où ils ne peuvent même pas se tenir debout ? dit-il en regardant Eratsu.
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Cette pensée vous honore, noble maître, répondit-il avec incrédulité.
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Voici un plan pour les nouveaux quartiers qui seront attribués aux servants, émit Orsone. J'ai aussi donné des ordres pour que des laveuses supplémentaires leur soient attribuées. Qu'en pensez-vous ? nous demanda-t-il. Vos conseils seront les bienvenus.
Eratsu me fixa d'un œil éberlué. Il s'attendait bien peu à être consulté pour les travaux à accomplir ! Mais Orsone semblait très décidé.
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Cela est une grande générosité de votre part, de penser aux nôtres, émit Eratsu.
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Cela n'est pas généreux mon ami, c'est normal et essentiel. Sans vous, nous ne pourrions rien faire, si nos salles d'étude n'étaient pas chauffées, éclairées, ni nettoyées convenablement. Les aliens de science s'enorgueillissent de tout le mérite de leurs découvertes. Pourraient-ils travailler si admirablement, s'ils devaient cuisiner, nettoyer, réparer les machines ? Quelle énergie resterait-il à leurs esprits brillants ? Le mérite des découvertes scientifiques de notre monde revient aussi aux aliens des castes dites « inférieures ».
Nous avons échangé des regards intenses. Orsone avait formulé là des propos hérétiques qui auraient pu lui valoir les pires ennuis, mais il semblait peu s'en soucier. Il semblait désireux de montrer l'exemple aux génies de science imbus d'eux-mêmes qui méprisaient les clones. C'était de cette manière que notre monde changerait, par l'exemple et les discussions, l'écoute, la bienveillance.
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Ankora serait très dépité, s'il voyait comment nous traitons nos frères et nos sœurs aliens qui logent en des lieux insalubres, soupira-t-il.
Ankora était le principe directeur, la suprême intelligence cosmique qui gouvernait les mondes. Nous en parlions peu, mais le révérions. Orsone releva un peu sa coiffe, et son visage parut dans la lumière. Ses grands yeux noirs étaient habités d'une lueur émue. Son visage ridé et desséché aurait pu faire peur, mais cette impression disparaissait dès qu'il parlait. Sa voix si sage et posée était emplie d'une immense bonté.
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La grande idéologie des Denakhs considère que les clones ne sont pas de la même lignée que les premiers, soupirais-je tristement en tordant mes mains.
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Cela a été modifié, exposa Orsone. Il est ainsi plus commode à l'empire d'asservir une partie de la population, pour mieux contrôler l'ensemble de la société. Cette division entre les nôtres permet à un système de gouvernance insidieux et implacable de perdurer.
Eratsu et moi-même avons examiné le plan. Je le trouvais bien conçu. Les enfants, et même les adultes, auraient droit à des salles de jeux, de sport, et d'études. Je suggérais à Orsone de rajouter une salle de repos, et des lieux réservés aux bains. A peu de choses près, les appartements des aliens de ménage auraient la même taille que pour les nôtres. C'était un très grand pas.
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Il est heureux de leur avoir réservé une bibliothèque, émit Eratsu. L'intelligence de ces petits est vraiment très grande.
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Oui, les servants aliens sont eux aussi très brillants. J'aimerais bien aussi qu'ils aient un lieu de soins, il sera disposé près du niveau des bains, normalement. Je préférerais que les aliens de ménage puisse se rendre au niveau des guérisseurs, mais beaucoup d'aliens de science n'oseraient plus y entrer s'ils apprennent que les êtres des castes inférieures y viennent.
C'était un fort beau projet et Orsone nous remercia. Eratsu et moi-même avions foi en lui. Il semblait très en avance sur son temps. Serait-il écouté ?
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