La renaissance ultime (2/4)
Message du Professeur Zolmirel (suite)
Amoni parut pleinement rassuré. Il est vrai que les soins avaient bien changé.
À son époque, il m'expliqua qu'il en avait été tout autrement.
Je compris aussitôt sa détresse, et il nous fut ensuite plaisant de déambuler au jardin parmi les senteurs florales.
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Autrefois, les soigneurs peinaient à extraire les cristaux des jeunes enfants par la gorge. Ils faisaient de leur mieux, mais la douleur était très pénible. Ils passaient par le thorax. J'ai dû être placé en stase à plusieurs reprises, le temps que mon grand canal cicatrise parfaitement.
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Je comprends très bien quelle a pu être votre souffrance, ami. Rassurez-vous, le petit Xalol va recevoir un traitement à base de gelée d'algues, pour l'aider à mieux digérer.
A cet instant, une silhouette allègre apparut. Erazel était là ! Cela ranima tout notre espoir. Je ressentis une grand vague chaleureuse. Nous avons pris place à une petite terrasse entourée de verdure.
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Quelle tête faites vous donc là ? s'écria-t-elle. Cet enfant sera bientôt tiré d'affaire, enfin !
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Je vous prie de m'excuser, exposa Amoni, qui avait ressentit toute la douleur de Xalol. Cela a réveillé en moi de pénibles instants. Il n'est pas bon de projeter une souffrance passée sur une guérison présente, surtout concernant un enfant si attachant.
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Cela est très compréhensible. La souffrance est aussi faite pour s'en aller, et cela prend du temps. Il est bon de l'extérioriser pour la laisser partir, assura Erazel. Peut-être autrefois n'en avez-vous pas eu le temps ? Vous étiez si souvent plongé en vos livres, si attentif à soigner autrui, que vous n'avez pas songé à vos propres blessures.
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Mon corps a été guéri parfaitement, assura Amoni. Il n'a subsisté nulle pathologie, nulle douleur.
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Je parle d'une souffrance psychique, émit Erazel en nous distribuant des sortes de macarons aux fruits. Vous n'avez point pris le temps de songer un peu à vous, toutes ces années durant.
Erazel et Amoni discoururent longuement. Aussi, je les laissais, entrant en une rêverie heureuse face au spectacle du centre de réception de foudre voisin.
Sur mon monde, cette activité était courante. Elle permettait de faire circuler un courant électrique pulsé d'une grande puissance, pour recharger de nombreux vaisseaux et appareils poussifs. Tous les équipements à recharger avaient été inspectés au préalable par des experts. Ils étaient déversés par un vaisseau géant, avec grâce.
Je contemplais la station de transbordement suborbital. Un long courrier apparut avec majesté, puis s'immobilisa en un son sourd agréable. Un bruit plus modéré se fit entendre, et des milliers d'objets jaillirent vers les soutes du beau bâtiment en métal bleuté. On y trouvait des androïdes, des petits transports à répulsion, des nefs de différentes tailles, de petits vaisseaux, et de nombreux engins agricoles, entre autres. Toutes ces merveilles en parfait état allaient pouvoir être rendues à leurs propriétaires.
Le vaisseau referma sa soute, et laissa échapper de l'autre côté une nouvelle « pluie » d'objets massifs, qui se posèrent sans bruit, au centre du grand hangar de charge. Chaque objet tombait relativement vite, puis était ralenti en un cône de dégravitation. Des opérateurs manœuvraient à distance des faisceaux à répulsion magnétiques pour les déplacer avec une grande virtuosité en des alvéoles adaptées. C'était un travail extrêmement précis, qui semblait presque amusant. En réalité, il n'en était rien, il fallait des années pour devenir opérateur de transbordement.
Je compris que les objets circulaient en des sortes de couloirs, pour les abriter du moindre heurt éventuel. Une fois le déversement achevé, le vaisseau referma sa soute. Il émit un son plaisant assez sourd, puis s'éleva à la verticale, avant de fuser loin dans l'espace.
Zilmis m'avait exposé que se tenait là le grand centre de distribution planétaire, ainsi que celui desservant les hors mondes. Une sorte de tri était effectué. Les objets étaient testés, puis expédiés par convois entiers à bord de trains stratosphériques.
De tels trains étaient beaucoup utilisés, car ils permettaient une distribution très rapide des convois amenant des transports fraîchement remisés. Chaque wagon se détachait peu avant d'atteindre sa destination finale. Il se posait avec légèreté, déposant son précieux chargement, puis le convoyeur repartait seul vers le ciel. Il rejoignait en peu de temps son convoi.
C'était une merveille de technologie. Cela servait bien sûr à transporter bien d'autres choses, comme des plantations, des arbres entiers, des semences ou plus simplement, des céréales, des denrées alimentaires fragiles à destination des colonies éloignées.
Percevant une présence, je me retournais. Amoni venait vers moi, il avait l'air ragaillardi par la sagesse précieuse d'Erazel. Notre ancienne se tenait toujours à nos côtés pour affronter ces moments délicats.
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Venez donc, nous dit-elle. Quelqu'un nous attend avec impatience.
Chacun de nous emprunta un élévateur et descendit trois étages plus haut. Le couloir incurvé qui se tenait devant nous était une merveille de senteurs printanières. Des guérisseurs et des soigneurs escortaient des enfants pour les mener en salle de jeux, de lecture ou de gymnastique.
Les convalescents les plus faibles étaient installés en des chambres plus à l'écart pour pouvoir se reposer.
Erazel nous expliqua que le petit Xalol était en compagnie de ses parents. Il avait réussi à absorber une quantité suffisante de reconstituant et s'était endormi.
Nous nous sommes précipités à l'étage.
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Il va bien, fit sa mère, Lestidda, une alien au visage ouvert. Cela a été une épreuve pour lui. Comment pourrais-je tous vous remercier ? Vous avez fait ce qu'il fallait pour qu'il ne souffre pas trop longtemps.
Elle embrassa Amoni, puis chacun de nous, et nous invita à entrer.
Le petit Xalol sommeillait en une jolie chambre lavande. Son père Korianizel, était un alien au front très haut, d'allure plutôt soucieuse. Ilxianil, le frère du petit Xalol serrait sa frêle main dans la sienne.
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Nous sommes chanceux de vous avoir comme proche parent, émit Korianizel en un vocable commun honorable, en fixant Amoni avec reconnaissance.
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C'est une grande joie pour moi que vous ayez donné le jour à un enfant si exceptionnel, assura Amoni avec bonté. Nous sommes tous très attachés à lui. D'ici trois jours, il sera en pleine forme.
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Pourriez-vous examiner son intérieur, émit Korianizel d'une voix anxieuse, et vérifier que tous les fragments aient été bien retirés ?
En alien courtois, Amoni consulta un écran et s'exécuta. Il approcha un senseur, puis montra au père de l'enfant le grand canal de Xalol, à présent exempt du moindre corps étranger. Le système digestif fondé sur l'électrolyse commençait à se recharger peu à peu en énergie, il gagnait en luminosité. L'intérieur du petit être ressemblait à un très bel arbre de lumière. Le grand canal était visible au centre, puis se divisait en voies de plus en plus fines, comme les racines d'un arbre tout illuminé. Nous étions tous très émus.
Chacun de nous murmura des prières, embrassa le petit alien et sortit.
Je me dirigeais d'un pas chancelant vers notre vaisseau. Amoni semblait encore bouleversé. Ce fut Erazel qui pilota le navire sur le trajet du retour. Il commençait à faire bien sombre, et les premiers fauves sortaient du sous-bois.
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