La renaissance ultime (3/4)
Message du Professeur Zolmirel (suite)
Nous sommes entrés chez nous comme des somnambules. Je n'étais point très à l'aise avec les centres de soins, malgré l'extrême dévotion des soigneurs. Zilmis vint à ma rencontre et m'étreignit. Il avait cuisiné pour nous les mets les plus excellents.
Minel serra un Amoni fort pâle dans ses bras.
Erazel mit le couvert en un tournemain, et chacun s'attabla.
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Vous avez agi avec beaucoup d'à propos, fit-elle à Amoni. Tout ira mieux maintenant pour cet enfant.
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J'aurais aimé lui épargner cette souffrance, assura Amoni, pouvoir retirer l'obstruction moi-même.
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Ne soyez donc point si dur avec vous-même. Le risque est trop élevé pour la respiration de l'enfant. Même les plus grands experts en antigravité ne s'y risqueraient pas, exposa Erazel. Les pierres doivent d'abord être fragmentées par un appareil sonique pour pouvoir être extraites aisément. Il doit être endormi pour agir.
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Vous avez raison, bien sûr. Parfois, en songeant à trop bien faire, on se fourvoie en des idées absurdes.
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Vous avez très bien agi envers ce petit, vous l'avez aidé à moins souffrir. Il vous est très reconnaissant, assura Erazel, je l'ai vu en sa pensée.
Chacun de nous fit honneur aux plats et Amoni reprit un peu de couleurs. Ce moment avait été pour nous une épreuve. Dans une famille, la télépathie fait que l'on ressent instantanément la souffrance de l'autre. Nous étions des plus soulagés que Xalol ait pu être soigné si vite. Cela nous rappelait les instants difficiles qui avaient suivi sa naissance. Au début, les petits Kolals étaient de santé délicate.
Nous avons passé une nuit fort reposante. Au bout de quelques jours, Amoni reçut un message chaleureux de sa sœur. Il était accompagné d'images rayonnantes. Xalol courait au dessus d'un tronc d'arbre avec son frère aîné. Rien ne laissait présager des soins qu'il avait reçu.
Je m'approchais de la serre où je vaquais à mes occupations au cours de l'après-midi. Limmel vint m'y retrouver. Ses grands yeux bleu ciel recelaient par instants une mélancolie assez vive.
Je pris place à une petite table, pour rempoter des plantes médicinales et elle me rejoignit.
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Avez-vous pu converser avec Kalahar dernièrement, ma chère ? demandais-je.
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Oui, et cela a été très émouvant, exposa Limmel, le regard réjoui. Nous avons discuté de notre enfance. C'est un alien tellement attachant et si cultivé. Il lui arrive régulièrement de se rendre sur des colonies alien de Lehendrin.
J'arrondis les yeux de stupeur. Lehendrin est un ensemble d'astéroïdes avec des colonies à la technologie de pointe. Malgré les glaces persistantes de ces contrées, les habitants vivent avec tout le confort. Ils ont érigé d'immenses salles souterraines garnies de végétation. La zone environnementale est très grande. C'est un lieu étrange, avec un système de castes. Les mâles possèdent une personnalité plus timide que celle des femelles, qui sont bien plus autoritaires. Ce sont elles qui dirigent la société, les mâles étant restreints aux tâches les plus simples, comme l'entretien, la cuisine, et les soins aux cultures.
Évidemment, Limmel, qui avait vécu recluse en la province des montagnes, où femelles et androgynes sont rabaissés au rang d'esclaves, avait beaucoup de curiosité pour cette société.
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Kalahar est tellement bon, reprit-elle. Il a aidé à acheminer des denrées alimentaires sur nombre de colonies éloignées. Il tente de se départir du passé, mais la période amère l'affecte toujours. Il a beaucoup de mal à pardonner à son ancienne compagne. Il faut dire qu'elle ne cesse de le provoquer, de lui faire des reproches. J'ai pu visiter l'intérieur de son logis. Cela est encombré de nombreux objets. Son ancienne compagne a laissé là nombre de souvenirs qu'elle vient rechercher avec parcimonie. Elle lui a avoué que ça lui permettait de garder un œil sur lui. Comment cela est-il possible ?
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Certains époux sont attachés à l'emprise qu'ils détiennent sur leur conjoint. Cela leur donne le sentiment de pouvoir diriger leur vie, une sorte d'exaltation. Cela se voit surtout sur les mondes de dimension matérielle, où l'avidité, le pouvoir, sont très marqués entre les êtres. Sur notre monde de dimension plus légère, nous avons appris qu'il est souhaitable de laisser évoluer un être suivant ses aspirations profondes. Nos sages ont vu loin, ils ont compris que l'amour qui dure est celui qui respecte l'autre, qui est désintéressé. Ils ont réalisé pleinement cette vérité. Kalahar semble être celui qui fait le lien, entre de nouveaux mondes, d'autres manières de penser, coercitives ou plus libératrices. Peut-être est-il là pour montrer l'exemple à cette alien obstinée ? Peut-être lui seul peut-il ouvrir son cœur ? Cela est comme une sorte de renaissance ultime, pour faire jaillir cet amour enfoui. Il est vrai que cela doit lui demander beaucoup de patience et de détachement, pour ne pas se laisser atteindre par ses sarcasmes.
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C'est exactement cela, répondit Limmel. Il en souffre beaucoup.
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Il serait une bonne chose d'inviter Kalahar. Cela lui permettrait peut-être de s'aérer les idées. Qu'en pensez-vous ? proposais-je.
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C'est une idée terrifiante et... merveilleuse à la fois, hésita Limmel qui était très éprise.
Son visage attachant arbora aussitôt un coloris rose soutenu, ses yeux s'illuminèrent d'un éclat singulier.
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