Le premier vol 8

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le premier vol 8

Message du Professeur Zolmirel

 

La planète creuse

 

L’amour vient à qui sait attendre, l’amour vient à point. Me voici de nouveau, votre ami, le professeur Zolmirel.

 

Je reprends mon périple là où il s’était arrêté.

 

Ce voyage fabuleux avec nos amis Êtres de Lumière nous avait menés sur une belle de glaces et de feu, toutes parée de neiges au sommet.

 

Nous avions pris pied sur un de ces à pics vertigineux et ô combien ce spectacle était intense. Nous avions l’impression d’avoir tout ce monde à nos pieds.

 

J’ai, je le crois bien, fait un malaise assez imprévu, puisque l’un de mes gants était endommagé. Ensuite, grâce aux bons soins de nos amis, et en particulier de Dorian, j’ai été vite rétabli.

 

Notre sage ancienne Erazel avait préparé pour nous une destination imprévue.

 

Il s’agissait d’une nouvelle lune transorbitale.

 

Celle-ci voguait dans l’espace depuis pas mal de temps et sa surface pâle n’était éclairée que par de rares étoiles.

 

Erazel avait l’intuition que nous devions nous y rendre. Il en a donc été convenu ainsi.

 

C’était pour une fois à moi de garder le vaisseau, car j’étais encore un peu fatigué. Cela me causa une vive joie. En effet, je pourrai percevoir le flux télépathique d’Erazel lorsqu’elle mettrait le pied sur cette lune.

 

Cela est un très grand privilège, car le flux télépathique peut aisément surpasser le plaisir que l’on prend à explorer un endroit par soi-même. Et bien sûr quand ce flux vient d’un être cher, la joie est encore plus grande. Il nous est fréquent de nous immerger ainsi en de telles transes.

 

Notre amie Erazel dirigea le vaisseau vers une zone inconnue de l’espace. Le petit Zilner, fasciné, ne cessait de prendre des notes sur une carte spatiale fragmentaire, qu’il complétait de points et de coordonnées stellaires nouvelles. Il nous fut donné de détecter plusieurs points de convergence magnétiques, qui sont en vérité le lieu où une future étoile choisit de jaillir. En de tels lieux il est dangereux de croiser. Mais Zilner savait bien cela et isola les régions à éviter sur sa carte.

 

Le petit monde que nous devions explorer apparut bientôt, couvert de cratères profonds magnifiques. C’était un lieu fort ancien et, évidemment, il comportait de riches reliefs à perte de vue. Erazel, fascinée, ne cessait de jeter un œil au sondoscope. Le vaisseau émit une série de bips complexes : il avait trouvé quelque chose !!! En vérité, il ne s’agissait pas d’une lune, mais d’une petite planète, bien ronde, et bien cratérisée !

 

Notre joie était très vive.

 

Notre vaisseau vola près d’une vaste chaîne de montagnes. Quelque chose brillait sur la balise de détection. Il existait un corps métallique qui avait réfléchi nos discrets signaux.

 

- Je pense que c’est un bien vaste bâtiment, fit Erazel, les yeux brillants de joie !!! Un immense vaisseau ! Quel bonheur !

- Une épave ? s’enquit le sage Amoni

- Certes oui mon jeune ami, et de vaste taille ! Regardez-moi ces superbes réacteurs ! On dirait un croiseur héroïque qui daterait de la fin de la Grande Transgression.

 

Il vous faut savoir que la Grande Transgression correspond à la période après laquelle les armements nucléaires, liés à la fission de l’atome, ont été bannis dans tout l’univers.

 

Évidemment, contempler ce vaisseau nous plongeait dans l’émerveillement, car nous songions à son âge immense de millions d’années et cela nous causait un sentiment d’euphorie grandissante.

 

Erazel décida qu’elle ferait partie de la mission, tout naturellement, pour veiller sur tout le monde et aussi pour déchiffrer certaines inscriptions.

 

- Quand ce vaisseau s’est-il écrasé ? demandais-je à notre sage navigatrice

- Depuis très peu de semaines, je le pense bien…

- Y a t-il … des survivants ? questionna Amoni

- Cela est très possible, soyons sur nos gardes, je ressens autre chose, exposa-t-elle.

 

Amoni fixa Nerti, imperturbable, puis Zilner, qu’il chercha des yeux. Le petit alien avait disparu !

 

Mon sage ami m’adressa un regard empli de bonté.

- Il s’est caché, exposa t-il inutilement. Veille bien sur mon petit…

 

Je souris et saluais mes compagnons occupés à revêtir une tenue spatiale qui les protègerait du froid et de toute agression. Amoni percevait Zilner, tapi en sa chambre sous son lit Nos yeux se fixaient et une connivence absolue nous liait. Il partit confiant.

 

Ils entrèrent dans le sas, et disparurent à ma vue. La porte blindée se ferma. Je m’assieds posément, attentif à saisir le flux cognitif d’Erazel. Je sentis une présence furtive. Zilner me fixait avec effroi.

 

- Ils sont partis ? questionna t-il

- Oui, mon cher enfant. Mais ne te cache plus ainsi. Cela n’est pas nécessaire. Nul n’est obligé de participer à une mission s’il n’en a pas le souhait. Comprends-tu ?

- J’aimerai être plus courageux, émit le petit alien en replongeant dans ses cartes

- Tu es déjà très courageux, sois sans crainte, lui dis-je en lui tendant une assiette remplie de petits beignets.

Zilner mangea un beignet, continuant son travail de cartographie, fasciné par la voûte stellaire.

- Ce ne sera pas dangereux pour eux, tu es sûr ? demanda t-il avec hésitations

- Non, bien sûr que non, le fait de porter secours à un équipage est un devoir sacré. Nous le faisons toujours, avec joie. Erazel est absolument en mesure de repousser tout intrus, qu’il s’agisse d’une armée de pirates sanguinaires ou de tout un troupeau de carnivores. Voilà qui sera pour elle un heureux divertissement !!! dis-je en riant

Le petit alien rit à son tour.

 

Je plongeais avec bonheur dans le signal psychique d’Erazel. Quelle féerie c’était ! Tout me parvenait !

 

Erazel apparut au sommet d’une petite colline me faisant signe que tout allait bien. Je lui répondis. C’était ma silhouette derrière la vitre parée d’éclairages dorés qu’ils voyaient tous en cet instant.

 

Je vis alors par ses yeux. Elle marchait sur un sentier garni de petites pierres, le ciel était bleu violet, assez sombre et une masse métallique géante, fichée dans les éboulis, se dressait vers le ciel.

 

L’immense structure avait été gravement endommagée par un tir de barrage. Les poutrelles métalliques tordues et les débris parsemaient la traînée sur laquelle le vaisseau s’était écrasé, creusant un sillage sur le pan de la montagne. Il s’était stabilisé par chance à son sommet arrêté par un piton rocheux, cela lui évitant de dégringoler de l’autre côté.

 

Erazel se concentra devant le vaisseau de plus d’un kilomètre de long, et l’ouverture béante révélant un couloir métallique très faiblement éclairé. Elle percevait… de la vie !

- Il y a des survivants ! Suivez-moi ! dit-elle avec un entrain formidable

 

Elle marcha avec assurance dans le boyau, tenant une lampe à plasma. Orel insista avec bonté pour prendre la tête de l’expédition, car il percevait tout autre chose de pas vraiment amical. Il projetait autour de lui une lueur dorée.

 

- Très bien accepta Erazel, je suppose après tout que rien ne pourra vous affecter ! dit-elle en riant

 

Ils continuèrent leur avancée. Le couloir de maintenance débouchait sur une porte, qu’ils ouvrirent et refermèrent avec soin. Il y faisait plus chaud, chacun put se découvrir un peu. Erazel percevait de la peur. Ils avaient été détectés et les êtres présents en ce vaisseau étaient terrifiés par leur venue. Elle émit une onde télépathique bienveillante, accompagnée de bénédictions.

 

Le silence se fit. Mes compagnons enjambaient un certain nombre d’objets épars. Le couloir de maintenance s’élargit, révélant une structure infiniment plus belle, décorée de frises et de niches abritant des œuvres d’art plaisantes. Le crash avait détruit certaines d’entre elles, mais d’autres apparaissaient, couvertes de mousse anti-incendie. Les survivants avaient maîtrisé le feu d’un réacteur avec vaillance, seule une faible portion du bâtiment avait été endommagée. Le reste était intact, et Erazel se mit à pousser un cri de joie lorsqu’elle parvint à un parement gravé d’inscriptions inconnues. Comme tous les anciens elle était fascinée par les hiéroglyphes.

 

Sa prescience et son intelligence si vive étaient telles, qu’elle parvint à en lire une partie au bout d’une minute.

 

- C’est un bâtiment militaire, un bâtiment minier, il a été transformé en vaisseau d’expédition scientifique et touristique, émit-elle avec joie

 

En effet, mes compagnons parvinrent à des compartiments réfrigérés abritant une belle moisson de plantes et d’échantillons.

 

Mais leur joie fut de courte durée. Amoni avait détecté quelque chose. Il fit signe à tout le monde, recula vers le mur, se plaçant devant le petit Nerti avec son paralyseur.

 

Erazel le rejoignit, mais ne possédait nulle arme. Son visage arborait une expression posée sans la moindre once de peur. Orel et Dorian ne reculèrent aucunement, ils se lancèrent un regard confiant.

 

Il y eut le bruit caractéristique de griffes qui raclaient contre le métal. Et une masse énorme surgit soudainement pour nous assaillir par surprise. L’animal était immense. Mes compagnons ne perçurent qu’une silhouette gigantesque couverte de poils bleu pâle. Il s’agissait d’un mélange entre un ours des glaces, un loup et un lézard carnivore. Une chose était sûre, cet animal n’avait pas mangé depuis un certain temps. Il poussa un grondement terrifiant, mais ne s’approcha pas, incommodé par la lumière très vive d’Orel et Dorian. Les êtres de Lumière effectuèrent quelque chose d’étrange, ils firent apparaître une montagne d’entrecôtes et de viande. L’animal féroce se précipita sur les aliments pour les engloutir avec un entrain débordant.

 

- Venez vite, voilà qui l’occupera un certain temps ! fit Dorian avec un rire joyeux

Chacun courut dans un couloir bleuté qu’il leur désignait.

 

Erazel sentait la présence des rescapés, de plus en plus près.

- J’espère que vous n’avez tué aucun animal pour faire apparaître toute cette viande ? s’inquiéta le sage Amoni

- En aucune manière, fit Dorian. Il nous est aisé de donner l’apparence voulue à n’importe quel composé. La viande est en grande partie composée d’eau, ne l’oubliez pas, et cette planète en abrite beaucoup. Les rescapés sont par là, dit-il, alors qu’Erazel enfilait un nouveau couloir sans hésiter.

- Quel bonheur de songer que nous avons les mêmes perceptions ! fit notre ancienne

 

Cette fois, mes compagnons venaient d’enfiler des couloirs richement parés de draperies, de soieries. On était indubitablement au niveau des quartiers d’habitation. Nous étions comblés de tant de raffinement.

 

Ils voulurent ouvrir une large porte, mais celle-ci était verrouillée. Orel la traversa et l’ouvrit pour nous, de l’autre côté. Une dernière porte se dressait devant nous. On n’entendait pas le moindre bruit, mais l’esprit de l’ancienne percevait des pensées, beaucoup de pensées !!!

 

- Il y a environ deux cent êtres, fit-elle. Beaucoup sont désespérés, sous-alimentés, rigorifiés et blessés.

- Bien fit Dorian, allons-y

 

Il s’approcha de la porte, et fit entrer Amoni, Nerti et Erazel à travers le panneau.

 

Mes compagnons découvrirent un spectacle bien attristant. De multiples êtres, hommes, femmes, enfants et aliens, étaient étendus dans des couvertures. Ils se partageaient de maigres rations de survie, de faibles provisions d’eau. Des globes à plasma vacillants éclairaient la salle, et il faisait à peine chaud.

 

Notre apparition soudaine fit sursauter deux gardes placés près de la porte.

 

Nous nous sommes inclinés et avons prononcé des bénédictions. Les gardes se détendirent.

 

Erazel chercha un intermédiaire sage et en découvrit bientôt un. C’était un très petit alien au regard vif, qui se leva avec efforts en marchant avec une canne, vu son grand âge. Elle lut en ses yeux une détermination absolue. Les autres êtres ne se levèrent pas, trop affaiblis et faisant confiance au vieux sage. Des centaines d’individus souffrants nous regardaient avec espoir.

 

L’alien s’inclina pour saluer Erazel, il parla en langage commun. La chaleur vive de Dorian lui était indubitablement très agréable.

 

- Bienvenue honorables voyageurs, comment êtes vous entrés en ce lieu, et en notre navire ? s’étonna t-il

- Heureux de vous voir, chers amis, nous sommes ici parce que nous avons capté vos pensées de détresse. Nous sommes ici pour vous aider. Où sont les blessés ? demanda Erazel avec empressement

- Juste ici, voici les trois plus graves, émit l’alien en montrant une jeune femme dont le corps abritait visiblement un nouveau né, et un alien aux reins sûrement brisés. Une troisième blessée était une fillette dont le visage et les bras portaient de graves brûlures.

Amoni s’avança et stabilisa les épanchements de la femme en lui faisant prendre un reconstituant. Il était très embarrassé, l’enfant peinait à respirer, il aurait du voir le jour bien avant.

- Je n’ai jamais aidé des humaines à avoir une naissance, hésita-t-il

- C’est comme pour les vôtres, sauf que le nouveau-né ne possède pas de coquille, murmura Dorian à voix basse

- Le ventre de cette femme devrait s’éthériser, or je ne vois aucun signe… hésita l’alien

- Oui, cela est un peu différent pour les êtres à sang chaud, nous allons faire vite

 

Et Dorian s’approcha, il fit signe à mes compagnons. Il fit apparaître une bassine, et du linge moelleux. Il posa ses mains au dessus du ventre de la jeune mère, de même qu’Erazel et le petit Zilner. Une énergie très vive jaillit de leurs mains. Le ventre de la blessée devint peu à peu lumineux, très lumineux. Et une forme surgit. Amoni saisit l’enfant et coupa le cordon ombilical. Il le posa sur une serviette et appuya sur ses poumons pour le faire respirer, comme cela est fait chez les tous jeunes aliens. Mais le bébé ne réagit point. Alors, mon ami plein de ressources projeta son énergie dans ses voies respiratoires. Le bébé prit son premier souffle et poussa un cri. Amoni baigna l’enfant et le tendit au jeune père radieux.

 

Dorian pendant ce temps avait agi pour soigner la jeune femme comme il convient. Elle dormait sereinement, épuisée.

Tout à fait abasourdi, Amoni contemplait l’enfant dans les bras de son père.

- Où se trouve l’œuf ? s’enquit-il décontenancé

- Il n’y a pas d’œuf, mais un placenta qui est directement présent dans le corps de la mère, murmura Dorian. Ce placenta sert à l’enfant à croître en absorbant des nutriments directement par l’organisme d’une femme.

Amoni parut très intéressé, mais se dirigea vivement vers l’alien dont l’échine avait été brisée. Ils devraient reprendre cette conversation sur les naissances plus tard.

 

Mon ami sage stabilisa l’hémorragie en injectant du plasma cicatriciel dans l’abdomen du malheureux. Il vit que sa plaie avait été très bien soignée avec de la résine. Une guérisseuse se tenait à son chevet et Amoni lui adressa un regard bienveillant. Hélas, elle avait épuisé sa science. Dorian saisit les deux mains du blessé et projeta son énergie immense à l’intérieur de son corps. Des centaines d’yeux émerveillés suivaient ses gestes. Une énergie, une lumière blanche très vive jaillit et les entoura.

 

Ensuite, Dorian souleva le blessé inerte, de sorte qu’il le fit asseoir, il promena ses mains sur les lésions, pour rétablir pleinement sa circulation nerveuse. C’était un très bel alien au teint mauve, de grande taille.

 

- Cet alien est très résistant, il vivra, dit-il. Je sens le tissage de tous les réseaux neuronaux se remettre en place. Il faut lui faire prendre un reconstituant.

 

Le blessé était inconscient, et donc, Amoni prit un tube souple qu’il plaça dans sa gorge pour lui permettre de boire sans s’étouffer.

Une fois que ce fut fait, ils le laissèrent dormir.

 

Enfin, la troisième blessée, une fillette, était dans un état très grave. Bien que sa vie ne soit pas menacée, elle était défigurée par des brûlures effroyables. Amoni étala un onguent sur les lésions affreuses. Et Dorian examina son visage. Il s’agissait d’une fillette rousse au teint hâlé, et une partie de ses cheveux avait été très abîmée par l’explosion d’hydrogène. La pauvre souffrait de douleurs très vives.

En vérité, cette enfant était à présent chauve d’un côté de sa tête. On l’avait rasée en partie pour guérir ses blessures. Notre ami de lumière s’assied près d’elle et massa son bras avec légèreté. Alors, les cheveux de l’enfant repoussèrent à vue d’œil. Les blessures affreuses disparurent, minute après minute, et son visage charmant retrouva une expression rieuse. Il ne subsista qu’une légère marque rosée qui allait disparaître les jours suivants. Amoni s’essuya les yeux.

 

- Vraiment ami, vous faites là un guérisseur fort peu ordinaire, dit-il en l’étreignant. Combien de prodiges nous réservez-vous de la sorte ?

Dorian rit simplement.

- Tout cela est normal, dit-il avec simplicité. La Source souhaite que tous les êtres se sentent parfaitement bien, parfaitement heureux, et qu’ils rayonnent de santé.

La famille de la fillette nous entoura, nous comblant de remerciements. L’enfant était guérie, seuls ses cheveux auraient besoin de temps pour repousser à la longueur souhaitée. Pour l’instant, un duvet comme celui d’un bébé s’étendait sur la zone lésée. Elle se mit à pleurer et remercia ses bienfaiteurs.

 

- Ce n’est rien, il est normal de s’entraider, dit Dorian avec bonté

 

Orel le rejoignit, expliquant que l’animal repu et menaçant dormait après son copieux repas.

Ensemble, ils firent apparaître un grand nombre de vivres et de plats savoureux pour tous les rescapés.

 

Évidemment, ces malheureux ne présentaient pas très belle allure après des semaines sans pouvoir entrer en une salle de bains. Mais les êtres de Lumière avaient aussi prévu cela. Nerti, très heureux, passait entre les groupes pour leur distribuer des boissons, des fortifiants, des mets agréables et des habits neufs.

 

En soirée, chacun était repu et apaisé. L’équipage vaillant de ce vaisseau observait notre petit groupe avec reconnaissance. Un groupe de volontaires avait agi pour nettoyer les lieux, et redonner une allure convenable à la pièce assez vaste où ils étaient massés. Le petit alien âgé était paré de ses plus beaux atours et portait sa canne auprès de lui sans plus s’en servir, grâce à un remède contre l’arthrite.

 

Il fit le récit à mes compagnons groupés auprès de lui de leur mésaventure.

- Nous voguions, heureux et fiers d’avoir pu recueillir une moisson extraordinaire de plantes. Il est parmi nous de nombreuses familles qui se rendaient en des lieux de villégiature et des centres de soins. Lorsque nous avons subi une avarie. Il nous a été possible de maîtriser un début d’incendie sur un réacteur défaillant. Hélas, notre vitesse devint très lente, cela attira des mercenaires, des pirates, simplement désireux de piller notre navire.

Ces êtres vils nous ont poursuivi et ont endommagé l’arrière de notre vaisseau. Une brèche est apparue dans la coque. Mais ils ont continué à nous tirer dessus, menaçant de désintégrer tout notre vaisseau ! Le capitaine a agi en vitesse pour dresser un filet magnétique à l’arrière et les projectiles ont ricoché contre ce bouclier, désintégrant le navire pirate. Ceux là avaient récolté le fruit de leur hostilité aveugle.

Notre navire était cependant très endommagé, nous avons du faire route vers une planète pour y atterrir en catastrophe, nos réserves d’air s’épuisaient. Notre pilote a tenté de ralentir sur le versant de cette montagne, elle a agi avec une immense bravoure. Avec le capitaine, et d’autres membres de l’équipage, ils sont partis en un petit vaisseau, chercher de l’aide et ne sont pas revenus.

 

- Soyez rassurés, fit Dorian, tous les nôtres savent à présent ce qu’il en est de vous. Nous allons vous aider à sortir de cet endroit. Suivez-nous donc !

- Mais ce bâtiment ne peut pas voler… et les prédateurs de ce monde ne sont point nos amis… ! hésita l’alien

- Rien auquel on ne puisse remédier, dit-il en ouvrant la porte. Par où se trouve la timonerie ?

Le petit alien sage désigna un couloir et chacun le suivit. Les êtres les plus habiles s’empressèrent de commencer les réparations. Orel et Dorian se rendirent à l’arrière du vaisseau. Ils en profitèrent pour chasser sans ménagements les animaux qui erraient dans les couloirs à grands coups d’éclairs cuisants. Les prédateurs s’enfuirent aussitôt. Lorsque le navire fut vide de ces prédateurs dangereux, ils agirent sur les parements et les blindages du vaste croiseur.

 

Je saisis la main du petit Zilner et sortis sous le soleil. L’aube s’était levée. Zilner tenait un bâton déflecteur avec quelque angoisse. Il avait été assez difficile de le convaincre de sortir, même si la température était plus clémente. Nous avons marché dans la neige, jusqu’à l’arrière du vaisseau. Là, nous avons vu agir Orel et Dorian. Le vaisseau flambant neuf avait été parfaitement reconstitué. La neige ne comportait à présent plus le moindre débris, grâce à leur travail magnifique.

 

- Comment se présentent les choses ? dis-je en riant à mes amis

- Pas si mal ! Ce métal se reconstitue très bien ! Il nous reste à retrouver l’autre partie de l’équipage. Erazel est en train de restaurer les turbines d’appontement et les chaudières. Voilà une tâche qui la comble de bonheur ! Viendrez-vous ? fit Dorian en ouvrant une porte

 

Le petit Zilner hésitait, mais il entra finalement.

L’intérieur du vaisseau était douillet. Apparemment, les compétences d’Erazel en matière de chaudières ne laissaient la possibilité à nulle panne de s’installer bien longtemps.

Toutes les lumières s’allumèrent d’un seul coup, puis le vaisseau vibra. Zilner me fit un large sourire.

- Je croyais que c’était une épave ? fit le petit alien surpris

- Oui, c’en était une, mais les membres de l’équipage sont si courageux, qu’ils vont réussir à faire redécoller cet engin. Ils avaient juste besoin qu’on leur redonne un peu d’espoir, ajouta Dorian

 

Nous avons marché jusqu’à la salle de commande et à la timonerie. Là, Erazel rayonnait de bonheur au milieu des outils, parmi des techniciens humanoïdes et aliens de tous les teints, de toutes les tailles, avec lesquels elle échangeait joyeusement. Après certaines opérations de recâblage, de contrôle et plusieurs tests, chacun s’estima satisfait. Le vaisseau était de nouveau paré au départ.

 

Le petit alien sage la remercia.

 

- Comment décrire toute l’aide que vous nous avez apportée ? Cela n’a pas de nom. Croyez- vous que ce bâtiment s’élèvera sans dommages ? Nous sommes au bord d’un à pic.

- Nous allons rester avec vous pour l’aider à décoller comme il convient exposa Erazel.

Commençons par un vecteur de poussée ascensionnelle. Êtes-vous d’accord ? Alors chacun à son poste ! lança-t-elle joyeusement

Et il en fut ainsi, tous les êtres prirent place sur un siège, le petit alien placé juste devant les commandes principales de la timonerie.

 

Il lança les réacteurs, ces derniers émirent un crachotement, ils étaient emplis de neige. Mais le bruit passa et un ronronnement de plus en plus vif indiqua que la réaction de phasage augmentait. Les différents systèmes de sustentation magnétique se chargeaient les uns après les autres. Alors, toute la structure du vaisseau vibra, et il s’éleva avec aisance dans la poudreuse. Ensuite, le vaisseau se positionna bien droit et plana en souplesse au dessus de la vaste chaîne de montagnes.

Un jeune alien timide penché sur une console poussa un cri.

- Le transpondeur a enregistré un signal ! Près du pôle de ce monde ! C’est notre capitaine et notre pilote, avec tous les autres, ils sont tous sains et saufs !!! Ils avaient idée de venir nous retrouver ! Ils savent… tout ce qui nous est arrivé ! Ils sont entrés en contact avec des intelligences très pures de l’intérieur de ce monde... des prescients admirables… !

 

- Vraiment exceptionnel ! émit le petit alien sage ravi

- Ils nous invitent à… les suivre. Et vous êtes invités aussi, émit la créature en se tournant vers nous.

Chacun de nous a bégayé de joie. Nous allions voir des êtres de l’Intérieur !!!

- C’est une très joyeuse invitation assura Dorian, nous vous suivons donc ! Nous allons regagner notre nef.

Il saisit ma main et celle des enfants, Orel prit la main d’Amoni et d’Erazel. En un éclair nous étions de retour en notre vaisseau.

 

Orel et Dorian agirent sur les systèmes de commande par la pensée et le vaisseau bondit à la suite du beau bâtiment que nous venions de ressusciter.

Un peu déstabilisée, Erazel prit place devant les commandes qui se contrôlaient toutes seules.

Je fixais Dorian avec ébahissement.

- Vous trouvez que les choses vont un peu vite ? s’amusa t-il Mais chez nous tout est simple et très aisé.

- Non dis-je en riant. C’est fort agréable de passer d’un endroit à un autre

- Est ce là vous qui agissez ainsi ? demanda Erazel stupéfaite en voyant le vaisseau plonger dans un beau nuage brillant

  • Oui, et non, plus maintenant, cela vient de plus haut. N’ayez crainte, ce sont des amis qui contrôlent notre trajectoire, exposa Dorian d’un ton apaisant.

 

La nef se dirigea au centre du vortex polaire, un nuage blanc nacré de bleu tourbillonnait. Au loin, les hauts reliefs cratérisés apparaissaient et cela était une vision à couper le souffle. Il y eut un intense éclat rose pâle. Notre nef suivit des courants descendants, tournant avec grâce. Elle se faufilait entre les différents vents qui rejaillissaient vers la surface, pour suivre ceux qui descendaient vers le centre. La descente dura longtemps, il nous fut donné de voir de hautes falaises impressionnantes avec des terres vertes qui semblaient suspendues sur le rebord du monde. Il se trouvait que ces terres sauvages et abondantes se situaient au dessus de notre position. Les animaux qui se déplaçaient à leur surface semblaient pour ainsi dire marcher la tête en bas, notamment des sortes de bœufs sauvages. Il y avait une brume très dense en ce lieu. Et notre nef fit alors un étrange tonneau, qui nous fit éprouver quelque mal au cœur.

 

Nous étions à présent nous aussi la tête en bas, nous semblait-il.

 

Mais bientôt cette impression fut gommée, car une cité toute parées de rayons d’or émergeait entre les nuages. Nous adorions la forme de ces dômes parés de globes et de disques agréables, d’une couleur nacrée, qui incitaient à la rêverie.

 

Notre avancée continua longtemps au dessus des nuages. Nous avons abouti à une sorte de désert steppique, puis à une vaste prairie toute parsemée de fleurs. Là, un ciel nouveau s’ouvrit devant nous, d’un bleu éclatant mêlé de motifs jaunes chatoyants et de voiles rosés. Ce ciel était comme un feu d’artifice suspendu dans le temps. Il était bordé par les plus hauts sommets, les plus belles cascades se déversaient. Des lacs de toute beauté aux rivages garnis de milliers de fleurs superbes se dessinaient devant nous. Des palais perchés parmi la brume étaient visibles avec des tours de cristal. Notre vaisseau flotta jusqu’à l’une de ces tours en verre délicatement opalescent. Il se posa sur une aire blanche semblable à l’éclat du marbre blanc, mais en bien plus brillant. Des êtres qui étaient un subtil mélange entre des aliens et des humains au teint agréablement bronzé apparurent. Ils se déplaçaient avec grâce et leurs mouvements étaient tels, qu’il nous était impossible de savoir si ces entités étaient féminines ou masculines.

Chaque être portait un emblème et un vaste manteau blanc garni d’une sorte de mousseline proche de la fourrure soyeuse de certaines algues. Cette fourrure blanche très épaisse entourait leur cou. Les êtres avaient le regard grave, mais bon. Ils s’inclinèrent avec une main sur le cœur et nous avons fait de même.

 

Ceci fait, ils devinrent plus détendus, nous invitant simplement à les suivre, ils étaient vêtus légèrement et parés de bracelets et de colliers magnifiques. Nous les avons suivis dans un petit couloir au sol bleu vif brillant comme du verre. Là, on nous mena vers une grande salle très brillamment éclairée. Il se tenait une belle assemblée et tous les êtres présents resplendissaient d’une lumière blanche merveilleuse. Cette lumière faisait vraiment chaud au cœur. Il y avait des aliens, des êtres androgynes, des hommes et des femmes, tous rayonnants de cette blancheur, de cet éclairage magnifique indéfinissable.

 

Nous n’avions nulle parole assez grande pour manifester notre félicité, nous nous sommes contentés de sourire simplement à tous ces êtres, rassemblés comme pour un joyeux festin en plein air. Nous avons continué notre marche et le sol est devenu herbeux, nous étions en un lieu de nature, mais il s’agissait de l’intérieur d’un bâtiment, je compris que ce lieu était une serre de grandeur féerique et que les êtres de ce monde avaient développé là tout un écosystème.

 

Nos cœurs étaient emplis de félicité, par la vue des arbres immenses que l’on nous montra, de cette jungle immense aux feuillages turquoises, blancs ou rosés, qui répandait un parfum exceptionnel.

 

Je suivis Dorian et nous sommes entrés en une petite salle toute blanche, très brillante, proche d’une véranda, ou d’un petit temple.

 

Là, un petit comité d’êtres de lumière se tenait en train d’échanger gaiement par la pensée et nous attendait d’un air ravi. Chacun se leva à notre approche. Les êtres étaient chauves avec un visage angélique d’une infinie bonté, aux traits délicats, enfantins. Ils étaient presque tous androgynes, compris-je. Je savais que sur certains mondes, la population était ainsi et ne m’en étonnais nullement. Il s’agissait d’un mélange admirable entre des aliens et des humains. Et mon cœur se serra à la vue de ces êtres. Un homme grand et blond au visage intense était là également et je compris instantanément qu’il s’agissait du père de Dorian par son expression. Il serra très fort son fils près de lui, ainsi qu’Orel. Je m’approchais timidement. L’homme se pencha et me serra près de lui à son tour. Un amour immense m’envahit de la tête aux pieds, J’étais entré instantanément en un lieu paradisiaque. Nous nous sommes assis, sans un mot et les êtres ont commencé à jouer de la musique et à chanter.

 

Notre félicité devint encore plus grande. Nous avons versé des larmes de bonheur. Puis, des mets exquis sont apparus et chacun put manger avec délices. Les boissons avaient un goût fruité de la plus parfaite qualité. Il s’en dégageait les notes les plus subtiles.

 

A une autre table, près de la nôtre, je voyais le capitaine du navire, la pilote et le petit alien sage, qui s’étaient retrouvés, tous nous faisaient des signes de la main très joyeux. J’observais mieux le capitaine et réalisais qu’il s’agissait d’une jeune femme très blonde au visage pur. La pilote était une alien au teint mauve et bleuté de haute taille. Mes compagnons et moi-même avons échangé des regards ravis.

 

- Merci, dis-je à Dorian, ce que vous nous avez fait vivre est vraiment très grand. Comme il est heureux de voyager en votre compagnie !

 

- Nous sommes ravis de même de telles découvertes, assura mon ami. Vous nous avez fait emprunter des chemins inattendus et nouveaux, que nous n’aurions pas entrevus autrement.

Cette planète va renaître, comme tant d’autres une fois qu’elle sera entrée en un système stellaire avec une jeune étoile.

 

Et je méditais ces paroles. Sur les murs tout de bleu parés, autour de nous, une mosaïque savante de petits carreaux révélait les plus belles œuvres et on y voyait nombre de planètes superbes. Mon esprit s’évada en une agréable songerie et je passais là un moment exceptionnel.

 

Je vous remercie tous d’avoir lu ce message, comme tant d’autres. Ce possible est inscrit en vos cœurs chers amis. Nous l’amenons toujours plus près de vous pour que cette félicité se matérialise en devenant vôtre.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :

 

 

 

Publié dans Messages

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