La révolte silencieuse (5/6)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La révolte silencieuse (5/6)

Message du Guérisseur Lestrys (suite)

 

 

Les premiers jours du voyage se déroulèrent sans encombre. La trajectoire du vaisseau était optimale. Orsone et ses amis poursuivaient leurs recherches passionnantes dans un laboratoire très spécial, à l'ambiance crépusculaire.

 

  • Voici des plantes extrêmophiles, nous les appelons fleurs de nuit, fit-il à ses deux petits. Elles ne poussent qu'à la lumière des étoiles. Nous pensons qu'elles absorbent certaines radiations cosmiques.

 

Les yeux émerveillés, les enfants découvrirent deux plantes en forme de bégonia, avec des fleurs bleu nuit, constellées de petits points, comme une bioluminescence dorée. D'autres plantes très variées, ressemblaient à des minéraux, et des stalagmites.

 

Ils passèrent une journée merveilleuse, à récolter des spores, du pollen, afin de dupliquer chaque spécimen.

 

En soirée, un signal retentit. Le navire allait entrer en décélération, pour éviter une zone d'astéroïdes non répertoriés.

 

Il en fut ainsi, et les passagers se sanglèrent sur des sièges, afin d'éviter des perturbations intenses. Hélas, ce ne fut pas suffisant. Un bruit sourd ébranla toute la structure du vaisseau. Ils avaient heurté quelque chose.

 

Orsone serrait ses deux petits près de lui, ils revinrent près des coursives et un alien majordome les interpella.

 

  • Nous avons heurté un fragment de glace massif, annonça-t-il. Il faut agir vite. Veuillez me suivre !

     

Orsone s'exécuta, il questionna l'alien en courant à sa suite.

 

  • Où devons nous aller ? s'enquit-il.

  • Il faut aller dans l'espace. Le réacteur est obstrué par des débris. Tu vas devoir y aller, exposa-t-il au petit Zellys. Chacun un jour, doit accomplir son devoir pour servir. Bonne chance, dit-il en lui tendant un habit spatial.

  • Il n'en est pas question ! protesta Orsone. Pas lui ! Prenez-moi à sa place !

  • Nullement premier Orsone, votre place est de rester ici, nous n'avons pas d'habit à votre taille, soupira l'alien. Seul lui est en mesure de nous aider. Il y a eu une défection des clones de maintenance... Nous risquons de nous écraser, croassa l'alien.

 

Orsone poussa un long cri de désespoir, et des aliens de garde le paralysèrent. Il sombra dans un demi inconscience, continuant à supplier.

 

  • Je vous en prie, pas mon enfant, rendez-moi mon petit !!! Laissez-moi aller à sa place, gémissait-il.

 

Mais nul ne l'écoutait. Par le vitrage du vaisseau, il aperçu le petit Zellys lui lancer un dernier regard, puis ramper de manière précaire sur une poutrelle très fine. Très souple, le petit clone progressait bien. Il portait dans son dos un pic à glace. Un expert le guidait avec une radio.

 

Zellys s'approcha du gigantesque réacteur, rampant sur les ailettes géantes, frappant et tapant avec d'autres petits clones en combinaison blanche, comme lui. Ils faisaient de leur mieux. Au ralenti, le réacteur principal tournait avec peine. Mais c'était quand même extrêmement dangereux. Le vaisseau partait à la dérive dans l'espace, les autres réacteurs n'étaient pas suffisants pour corriger leur approche.

 

Un astre brillant grossissait, peu à peu. Une planète les attirait en son orbite. L'atmosphère semblait jaune pâle. Les clones redoublèrent de vigueur. Enfin, un son clair résonna. Les réacteurs étaient dégagés. Les énormes turbines rétablirent leur fonctionnement, les clones filant à toute allure en des bonds invraisemblables.

 

Zellys les imita, son filin de sécurité se rembobina, tendu au maximum. Soudain, l'impensable se produisit. Un bloc rocheux frappa le filin, et il fut emporté.

 

Une pluie d'étincelles jaillit alors. Orsone poussa un long cri déchirant avec Stilnel. Ils furent endormis par les gardes et menés vers leurs quartiers.

 

Orsone tenta de reprendre pied, mais c'était impossible, une douleur atroce l'oppressait, comme si on avait pu le rouer de coups.

 

Il tenta de réfléchir, il se trouvait à présent en un grand hall au sol doré brillant comme un miroir. Une lumière sublime baignait ce lieu. Tout cela était des plus invraisemblables.

 

Un jeune homme élégant aux cheveux bruns l'aida à se relever et le fit asseoir sur un siège.

 

  • Tout ira bien, dit-il. Voici le ralenti, exposa-t-il en lui désignant un écran. Nous avons pu agir à temps pour déplacer votre fils. Il n'a pas été affecté.

     

Orsone revit alors la scène insoutenable. Le petit Zellys était aspiré vers le réacteur géant. Cependant, juste avant qu'il n'atteigne la zone dangereuse, une étrange lumière bleue l'entoura, puis une pluie d'étincelles jaillit.

 

Le sage alien ne comprenait pas. Qui étaient donc ces êtres ?

 

A peine cette pensée avait-elle jailli en son esprit, qu'une lumière bleue surgit de nulle part, et Zellys tout surpris, atterrit dans le grand hangar doré.

 

  • Mon chéri !!! Tu es toujours là ! Par quel miracle ? s'écria Orsone en se précipitant pour l'embrasser.

 

Stilnel embrassa aussi son frère aîné, riant et sanglotant à la fois.

 

  • Comment vous remercier ? Êtes-vous donc des dieux, pour agir ainsi ?!! lança Orsone.

  • Nous ne sommes pas des dieux, expliqua une femme de lumière aux cheveux roux. Nous avons senti votre détresse infinie à l'idée de perdre votre enfant. Nous sommes sensibles à votre attachement, alors, nous sommes accourus. Il est simple pour nous d'agir ainsi, déplacer un enfant d'un point à un autre dans l'espace, stabiliser un vaisseau, également, dit-elle avec un sourire modeste. Nous sommes très heureux de vous aider.

 

Un peu secoué, et peinant à y croire, Orsone retomba sur le fauteuil, ses deux enfants près de lui. Les êtres de lumière étaient concentrés sur des pupitres. Un écran montrait le vaisseau, plongeant en haute atmosphère vers le petit monde aride. Le réacteur défaillant tournait au ralenti, le pilote tentant de négocier une trajectoire de rentrée atmosphérique viable, avec un courage admirable. Hélas, le vaisseau rebondit contre l'atmosphère, menaçant de se désintégrer.

 

  • Correction d'altitude, émit la femme rousse. Décélération progressive.

 

Un vaisseau lumière surgit derrière le navire en détresse, projetant un champ protecteur tout autour de sa structure, puis agit progressivement afin de ralentir sa course.

 

Le navire Denakh s'immobilisa presque entièrement, puis, il incurva sa trajectoire au dessus d'une zone aride presque parfaitement plane, et se posa en rebondissant légèrement au sol.

 

Orsone ne s'en était pas rendu compte, mais il pleurait à chaudes larmes. Il serrait toujours ses enfants dans ses bras. Les êtres de lumière leur versèrent des boissons excellentes au goût fruité.

 

  • Merci, merci de tout cœur ! Comment vous remercier ? s'extasia Orsone.

  • Vous êtes un chercheur brillant, savant Orsone, fit le jeune homme aux cheveux bruns. Nous vous avons observé avec la plus grande attention. Vous êtes celui par lequel s'initiera tout le changement.

  • Je ne suis qu'un chercheur en végétation première, s'étonna Orsone.

  • Ce que vous faites pour ces enfants est très grand, très méritant pour votre espèce. Vous faites le lien entre les aliens de castes variées.

  • Le système des castes est une involution, beaucoup de mes collègues pensent comme moi, émit Orsone.

  • Alors, c'est que vous êtes prêt à ouvrir la Grande Porte, exposa l'être de lumière.

  • Quelle est-elle donc ?

  • Celle de votre cœur, émit l'homme souriant. C'est ainsi que vous pourrez reconquérir le patrimoine génétique que vous avez perdu. Les Denakhs pourront de nouveau donner la vie.

  • Vous voulez dire avoir des enfants ? fit un Orsone abasourdi.

  • Oui, tout à fait. Vous aspirez au meilleur pour vos deux petits. Vous êtes déjà une famille, beaucoup de vos amis sont comme vous. Votre peuple mérite cette chance de renaître. Une nouvelle vie sera possible pour les vôtres.

  • Ce serait une bonne chose, admit Orsone. Beaucoup de généticiens sont tellement glacés et intransigeants. Cela leur ferait le plus grand bien d'avoir une moitié et des enfants. Mais comment ?

  • Je n'en dirai pas plus, expose l'être de lumière en riant. Tout commence par l'eau... Tout a été prévu de longue date.

 

D'un seul coup, la vision d'Orsone se met à vaciller et à tourbillonner. Abasourdi, il se retrouve étendu sur son lit. Zellys et Stilnel dorment paisiblement, il s'éponge les yeux en les contemplant.

 

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