Le grand envol (5/5)
Message du Professeur Zolmirel (suite et fin)
J'ouvre les yeux, un peu surpris de la clarté du jour.
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Quel récit magnifique ! Merci de m'avoir fait ressentir de si belles émotions, dis-je en m'essuyant les yeux.
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J'ai été très heureuse de vous les offrir, expose Limmel. Kalahar souffre, son ancienne épouse lui fait d'amers reproches. À chacune de mes visites, elle lui fait payer cela. « Tu as trouvé fort aisément à me remplacer, relation bâtie bien vite, au jour suivant se tarit. Cette jeune fille ne sera jamais capable de t'aimer autant que moi. Tu ne sais pas dans quelle voie tu t'engages, malheureux! Je suis la seule épouse digne de toi. Personne ne pourra jamais te connaître aussi bien que moi-même. Si tu me quittes, j'irai épandre les secrets que nous avons partagés auprès de ta famille ! » dit-elle en imitant une voix sèche et colérique.
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Très belle imitation ! Cette alien ne semble pas habitée par la patience, ni la mansuétude, dis-je en riant.
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C'est un modeste échantillon, elle dit des choses encore plus affreuses, soupire Limmel. Elle fait des menaces, sans arrêt.
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Il est vain d'empêcher l'amour de naître, tout comme une fleur de s'épanouir, philosophais-je. Les embruns retardent ce moment précieux, mais au premier soleil, la fleur éclot. Il est important que je parle de tout cela à Amoni dès son retour, et à Erazel, bien sûr. Je suis certain qu'ils trouveront une idée pour tirer Kalahar de ce mauvais pas. Erazel s'est fait une spécialité de surveiller toutes sortes d'endroits à distance. Elle pourra intervenir pour parler à cette alien si elle tente d'entrer dans la maison sans y être invitée.
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Vous pensez vraiment qu'Erazel pourra nous aider ? Je suis pourtant une alien des montagnes, et elle n'est pas mon ancienne, comme vous dites.
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Erazel aide tous ceux qui le lui demandent, répondis-je simplement. Elle est d'une honnêteté sans faille, et très attachée à avoir une cuisine soignée, dis-je en riant.
C'était bien vrai. Nous avons repris nos occupations de la journée et le soir venu, Zilmis et Amoni revinrent. Erazel se tenait près d'eux tout naturellement, comme si elle avait pleinement senti notre désarroi.
À l'heure du dîner, la conversation s'orienta sur la peine de Kalahar, accablé de reproches par son ancienne épouse, au caractère plutôt cinglant. Limmel faillit verser quelques larmes. Erazel se leva pour la serrer près d'elle.
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Ne sois pas si triste, mon enfant. Je pourrai agir et vous aider. Ton cœur est pur, et ton amour bien grand. L'amour finit toujours par triompher. Cela prend juste un peu de temps.
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Pourquoi cette alien est-elle si féroce avec Kalahar ? demande Limmel. Pourquoi ne veut-elle pas le laisser en paix ?
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Cette alien est jalouse, son cœur est meurtri. Le fait que Kalahar ait fait ta connaissance la plonge dans un état de colère que bien peu de mots pourraient décrire. Je ne pensais pas que son cas était si préoccupant, pardonne-moi. Pour nous, qui sommes immergés en un flot d'amour continu, celui qui émane de la Source, cette fureur nous est inconnue. Nous pouvons éprouver de la peine, mais elle-ci est gommée par l'acceptation. Nous acceptons que toute chose qui arrive en un temps donné est parfaite. Nous savons que le bonheur peut succéder à un jour gris. Mais pour cette alien qui appartient à un monde de dimension inférieure, elle ne peut entrevoir cela. Son cœur est voilé, obscurci par de féroces pensées de possession, de convoitise absolue pour son ancien époux. Elle le considère comme sa propriété personnelle, hélas. Elle n'entend pas qu'il lui échappe, cela est impensable pour sa pensée si absolue. S'il s'échappe, elle a failli. La faille est inenvisageable pour la pensée de ces aliens.
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Ne s'agit-il pas d'une alien qui vit sur une colonie avec des femelles prééminentes ? demande Amoni. J'ai entendu dire que les mâles de ces colonies étaient très déconsidérés.
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Oui, en effet, c'est une possibilité. Cela est une impasse bien grande que de rabaisser ainsi la moitié de son peuple, soupire Erazel. Un vaisseau vole plus vite et plus loin si ses deux réacteurs s'accordent. Achevez vos travaux de réfection sans vous soucier de rien et soyez tranquilles. Je veillerai que cette alien à la pensée féroce n'interfère plus avec votre action.
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Et comment ferez-vous donc cela ? demande Zilmis avec curiosité.
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J'ai mes petits secrets, s'amuse Erazel en lui faisant un clin d'oeil.
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Alien cruelle, au cœur égoïste, elle mériter un bon ban de boue, suggère Minel en riant.
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Je préfère éviter cela dans un premier temps, cela ne va pas améliorer son humeur, s'amuse Erazel. Disons que pour commencer, je vais essayer de converser avec elle. Si elle est trop obstinée en sa fureur, une petite exploration dans le couloir du Temps devrait lui être profitable.
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Voici qui est bien intrigant, reprend Amoni en frissonnant, car le couloir du Temps est plutôt redouté par chez nous.
Il s'agit d'un privilège des anciens et d'un châtiment suprême pour les hors monde ayant été autorisés à vivre à la surface de notre planète. Ceux qui en ont bafoué les règles, émettant trop de pensées de haine et qui agissent de manière cruelle, doivent y séjourner. Ce sujet est peu évoqué chez les miens, car il est teinté de crainte. Il existe peu d'écrits à ce sujet, mais le couloir du Temps est un lieu inter-dimensionnel avec une sorte de labyrinthe. La longueur du labyrinthe, les épreuves et la durée du séjour est proportionnelle au degré de vilenie d'un être. Ceux qui en sont sortis expliquent qu'ils ont dû franchir une série d'épreuves à caractère éthique et émotionnel pour pouvoir émerger. D'une manière plus simple, ce lieu vise à apprendre la compassion, la bonté et la générosité.
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J'espère que cette alien m'écoutera, expose finalement Erazel. Cela est dans son intérêt. Tout devrait aller bien mieux ensuite.
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Merci à tous de m'aider, merci du fond du cœur, déclare Limmel en essuyant ses larmes.
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Nous t'aider avec plaisir, tu es comme ma sœur, assure Minel en serrant sa main.
Limmel a un sourire éblouissant sous son fluide prodigieux, ses larmes refluent. Elle se sent aimée et protégée parmi nous. Chacun fait honneur aux plats, et notre joyeuse conversation se prolonge tard dans la nuit.
Je suis très heureux d'avoir pu délivrer ce message. Recevez toute ma gratitude, chers habitants de la Terre bleue. Nous vous souhaitons de vivre de nombreux instants paisibles auprès des vôtres.
Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :
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qu'il ne soit pas coupé
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que vous fassiez référence à notre blog : unepetitelumierepourchacun.com
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