La descente dans le monde intérieur (2/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La descente dans le monde intérieur (2/4)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

Une pensée vint habiter la mienne, celle de mon ami, le sage Amoni, qui me manquait bien en cet instant, mais que j'étais certain de revoir bientôt.

 

Amoni apparut dans une pièce circulaire agréable, toute auréolée de lumière. C'était un lieu de communion psychique et il en était souvent ainsi malgré la distance qui nous séparait. Je racontais nos récentes aventures à mon ami, et je le questionnais à propos des enfants.

  • Les enfants vont merveilleusement bien, exposa-t-il. Ils sont devenus plus libres, libres de s'épanouir sans moi, cela est un bienfait.

 

La vision souriante changea.

 

 

Je me retrouvas alors en ce lieu, magnifique entre tous, le Centre des Hautes Connaissances.

Nerti et Zilner couraient dans un couloir, ils se trouvaient précisément au 53ème niveau du centre, celui de l'embarcadère.

 

C'était le matin et une petite brise légère rendait l'atmosphère un peu frisquette pour un jeune alien. Nerti et Zilner sortirent au dehors. Cessant de courir, ils marchèrent à pas lents sur la vaste tonnelle de bois suspendue au dessus de la forêt qui s'éveillait. Une brume assez dense s'élevait de la végétation. Des petits lézards et des batraciens montaient au sommet des arbres pour aller se réchauffer au soleil. Les oiseaux allèrent s’installer au sommet du grand édifice de pierre millénaire, afin de lisser leurs plumes. Nerti et Zilner fixèrent le sol, très loin sous leurs pieds, là où s'élançaient les arbres géants de plus de 140 mètres, qui pouvaient atteindre 400 mètres de haut. Les enfants adoraient venir humer de bon matin les premières senteurs de la forêt. Ils se laissèrent aller à la rêverie, observant la nature s’éveiller, alors que les premiers insectes butineurs s'affairaient dans l'or du matin. Nerti montra à son jeune frère un énorme oiseau des marais qui prenait son envol dans les courants ascendants, bientôt suivi par un lézard volant immense. Le lézard se posa sur le toit d'une tourelle de pierre et commença à manger toute la mousse qui recouvrait l'édifice d'un air vorace.

 

Les enfants éclatèrent de rire. Nerti et Zilner reprirent leur avancée et croisèrent deux échassiers proches de flamants roses, en train de se promener parmi les massifs de fleurs, afin de boire les gouttes de nectar. Les oiseaux les fixèrent sans s'effaroucher. Nerti repéra un serpent turquoise qui ondulait sur la balustrade et le montra à Zilner. Juste devant eux, le professeur Zablinsk était occupé à nourrir une petite compagnie d'oiseaux avec des graines.

  • Avez-vous bien dormi ? demanda Zablinsk en souriant.

  • Oui, répondit Nerti, mais notre famille nous manque un peu, même si cet endroit est merveilleux.

  • Tu verras que cela passera mon enfant. Vous allez après tout, bientôt vous retrouver et le lien est en vous à présent, exposa le sage.

 

Le serpent turquoise, attiré par les graines, s'approcha en en mangea quelques unes, n'effarouchant en rien les oiseaux minuscules qui sautillaient autour de lui.

 

  • Très joli spécimen, fit Zablinsk en observant le reptile turquoise se désaltérer en buvant quelques gouttes de rosée d'une fleur voisine.

  • Ce serpent est-il venimeux ? demanda Zilner.

  • Non, pas cette espèce. Il existe très peu d'animaux venimeux, sur notre monde. Et ceux qui le sont, usent de leur venin, afin surtout de se protéger. Les soigneurs arc en ciel, sont là pour veiller sur les blessés dans ces régions.

  • Qui sont donc les soigneurs arc en ciel ? s'étonna le petit Nerti.

  • Ce sont des aliens qui vivent dans des grottes, dans de vieux temples enfouis dans les jungles profondes. Ils sont entièrement en communion avec la nature. Ils boivent beaucoup de venins très variés, afin de les métaboliser parfaitement et de générer un suc guérisseur. C'est pour cela que leur teint est multicolore. Ces soigneurs sont extrêmement bons. Ils mettent leur vie au service des autres et agissent pour soigner des créatures, des enfants, des adultes et des animaux. Ils sentent lorsque l'on a besoin d'eux et peuvent se rendre facilement d'un point à un autre de notre sphère. Venez, dit-il en invitant les enfants à le suivre.

     

Nerti et Zilner courent à la suite de leur vénérable mentor. Les sept autres enfants de leur petit groupe arrivent à cet instant. Le sage leur annonce le programme de la journée.

 

  • Aujourd'hui, nous allons emmener des petits blessés en excursion. Nous allons les mener en un lointain temple de guérison où certains seront reconstitués, puis, nous les ramènerons à leurs familles, explique Zablinsk.

 

Tous les enfants sont ravis de cette nouvelle. Leur petit groupe descend un escalier, puis suit un méandre de couloirs vers un élévateur, situé au fond du bâtiment. La cabine descend, les emmenant au niveau du centre de soins.

 

Nerti et Zilner assistent à travers un vitrage, à plusieurs opérations délicates. Ils doivent aider à réajuster une fracture de la main chez un jeune enfant endormi. Il faut repositionner les os de ses doigts de manière absolument parfaite à l'aide d'un écran. C'est un exercice très long et les enfants sont excellents pour ce faire. Ensuite, un tube minuscule de la taille d'un cheveu, injecte une colle naturelle très souple imitant parfaitement l'osséine, autour du trait de fracture.

 

Nerti et Zilner contemplent d'un œil angoissé la main tuméfiée et enflée du jeune enfant endormi.

  • Excellent travail, les félicite le sage Zablinsk. Cela va dégonfler, tout est parfaitement normal. Mais vous allez voir qu'il existe d'autres manières de soigner.

 

Le sage passe dans une autre salle, où cette fois, les enfants doivent étaler un remède pâteux sur des plaies. Nerti étale le remède sur le crâne d'un alien austère, tandis que Zilner lisse la pâte avec une spatule. Les enfants tendent un miroir à l'alien qui parvient à sourire. Ils ont réussi !

 

Ils passent dans une autre salle, réservée aux blessés graves. Le sage Zablinsk demande aux enfants de transporter cinq petits blessés. Nerti et Zilner choisissent une petite alien au teint rosé, à peine capable d'ouvrir les yeux, dont il manque la moitié inférieure du corps. Les enfants suivent le professeur et tentent de monter dans l'élévateur, mais ils ne peuvent pas tous y venir ensemble, à cause des lits. Nerti et Zilner doivent donc attendre, en compagnie de leur amie, une petite alien au teint mauve. Elle a choisi un lit occupé par un petit clone blafard dont le bras est absent. Nerti fixe le petit alien aux grands yeux noirs d'un œil intrigué. Il tente de lui parler, mais les blessés sont incapables de formuler des sons.

 

L'élévateur voisin arrive, et une foule de guérisseurs munis de chariots à répulsion et de livres en descend. Les enfants montent dans la cabine, rejoignant l'aire d'envol.

  • Venez donc, et installez-vous, recommande Zablinsk. Je me charge d'eux. Voici Hestia, une jeune guérisseuse que vous allez connaître au cours de ce voyage, dit-il en se tournant vers une alien Kolal au visage avenant et aux yeux turquoise.

     

Les enfants sont intrigués par cette jeune adolescente et montent timidement à bord. Hestia s'installe aux commandes du petit vaisseau, et appuie sur plusieurs boutons, afin de régler la ventilation et le chauffage.

  • Hestia deviendra bientôt pilote, explique le sage Zablinsk. Aujourd'hui, nous allons mener ces petits au temple pour qu'ils soient reconstitués.

  • Et pourquoi ne peuvent-ils pas être soignés ici ? demande un petit alien au teint crème.

  • L'altitude permet un certain nombre de choses. Les experts qui œuvrent au sommet ne se mêlent point aux nôtres. Nous agissons sur le corps physique. Eux peuvent agir bien au delà, ils peuvent agir sur ce qui amène le corps physique à se reconstituer : l'immatériel.

  • C'est vrai, ajoute Hestia. Je les ai vus faire. Et j'ai été obligée d'admettre un grand nombre de choses. Nous ne voyons que les apparences, mais eux peuvent capter cette énergie subtile qui prélude à notre venue au monde, qui circule toujours en notre âme. Ils peuvent la faire rejaillir précisément là où elle est absente pour reconstituer un être lésé.

  • Ne s'agit-il pas aussi de foi ? questionne timidement le petit Zilner.

  • Oui, cela est fondamental. Il y a bien des choses qui dépassent notre compréhension logique des événements, la foi est de celles-ci. C'est de cette manière que les anciens peuvent déplacer des temples et des maisons lorsque survient la saison des crues. Tout acte de foi est une ouverture vers l'intangible, l'impossible.

 

Une conversation plaisante débuta. Le vol était merveilleusement grisant. Avec une belle assurance, Hestia fila dans le levant vers les nuages blanc crème qui s'étiraient au dessus de la jungle. Le petit Zilner, perdu en une douce songerie, se laissa absorber par cette féerie d'arbres émeraudes, rayonnants de santé et abreuvés par l'eau pure des cascades qui jaillissaient un peu partout des montagnes environnantes, coiffées de hauts pitons de pierre dégarnis.

 

 

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