Le premier voyage vers les royaumes de l'Intérieur (3/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le premier voyage vers les royaumes de l'Intérieur (3/4)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

Les premiers essais vont avoir lieu d'ici quelques minutes. Zilner, un peu tremblant, prend place sur un siège près de son frère. Nerti serre sa petite main pour le rassurer. L'ingénieure de vol Ektamira est là, avec les différents techniciens qui doivent procéder au lancement de la simulation. Sa grande silhouette majestueuse qui trône devant les écrans dorés des consoles a quelque chose d'un peu impressionnant.

 

Juste devant eux, se tiennent plusieurs écrans montrant l'état des chambres de collusion atomique. Les techniciens manœuvrent plusieurs vannes. Un pré champ se forme lentement dans la salle d'énergie. La cuve s'illumine lentement de l'intérieur, sous l'effet des différents champs magnétiques, engendrés à partir d'une petite centrale à méthane. Puis, le flux de particules se stabilise jusqu'à prendre une forme toroïdale. La réaction s'intensifie, jusqu'à former une petite étoile jaune d'or. Le flot de particules d'hydrogène s’accroît. L'étoile enfle, jusqu'à colorer la cuve d'un éclat blanc incandescent.

Cet état sature plusieurs circuits, et s'avance jusqu'à des cristaux immenses de plus de 4 mètres de long, qui absorbent une énergie prodigieuse. Les cristaux, reçoivent une force piézoélectrique, une sorte d'ionisation également, qui fait tourner un grand nombre de turbines pendant un temps extrêmement long : l'énergie ternaire.

 

Alors, les ingénieurs stabilisent et diminuent la réaction.

 

  • Le réacteur secondaire du vaisseau est paré. La réaction dans la cuve est optimale. Le flux d'ions d'hydrogène est propre et constant. L'émission de photons sera possible, dès l'allumage des réacteurs, expose un technicien affirmatif.

 

On entend des grondements et des sifflements. Les chaufferies démarrent les unes après les autres, des pompes et des pistons s'animent. C'est le chargement de plusieurs cristaux géants qui entraîne à son tour la rotation de magnéto transmetteurs en énergie. Les cylindres de mouvement sont les derniers à se mettre en route. Ils sont eux chargés de l'épuration de l'air et de l'eau du gigantesque vaisseau.

 

  • Il en faut des tuyaux pour un si gigantesque vaisseau ! commente le petit Nerti, surexcité.

  • Oui, les tuyaux les plus surveillés sont ceux de la méthanerie. Le méthane est peu employé, mais il est indispensable lorsque le vaisseau se trouve dans l'espace, loin d'une étoile et que suite à une avarie, les cuves ne sont plus à leur pleine charge. Ce type de vaisseau, de fabrication Denakh, a été amélioré, il est parfaitement autogène et ne produit que fort peu de sillages énergétiques. Les cuves abritent une chaleur tiède ou modérée, car la réaction de fusion est très lente, elle est toujours sous contrôle. Le vaisseau n'émet par ailleurs aucun polluant sous forme énergétique, solide ou liquide. La coque a été traitée pour demeurer inerte. Les champs de photons qu'il génère, sont sans danger pour la vie stellaire et les habitants. De plus, nous retraitons toutes les eaux, les plaques et les câbles endommagés. Tout cela est réemployé à l'infini. Voulez-vous voir les cuves et les fours ? demande Nimmel avec un sourire.

 

Les enfants acceptent joyeusement. Alors, ils quittent la salle de collusion, laissant les experts à l'interprétation de diagrammes de sécurité fort complexes, couverts de chiffres.

 

Ils descendent un certain nombre de niveaux, et aboutissent à une galerie qui mène à un élévateur. La cabine descend tout en bas, au 40ème niveau, celui de la chaufferie et du recyclage des eaux impures.

 

  • Comme ce vaisseau ne vole pas encore, nous sommes en train de tester la salle d'épuration avec les eaux du grand institut. Le résultat parle de lui-même, assure Nimmel.

 

Et la sage alien les invite à descendre un petit escalier, qui aboutit à une vaste salle circulaire, où deux experts surveillent la réaction. Les cuves sont abritées derrière une épaisse paroi vitrée et blindée. Aucun être vivant ne peut se trouver derrière, seuls des androïdes pénètrent dans la chaufferie, en raison du risque de brûlure. Une épaisse vapeur et des gouttelettes recouvrent le blindage vitré, qu'un robot maniaque est occupé à nettoyer. Un grand nombre d'algues et de moisissures se formeraient autrement. Nerti fixe une cuve transparente, abritant beaucoup de boue, de sable, de graisses et de déchets alimentaires variés.

 

  • Ce sont des eaux de vaisselle et de nettoyage de tout l'institut, explique Nimmel. Pas très agréable, n'est ce pas ? Les graisses sont décantées, juste ici, puis nettoyées et stabilisées pour servir de lubrifiant industriel. Ensuite, nous recueillons bien sûr le sable, dans ce second bac, enfin, les argiles et la matière organique qui subsiste, sont débarrassées des composés métalliques éventuels, afin de constituer un fertilisant de premier choix. L'eau aboutit à ce circuit, explique l'alien.

 

Nerti fixe avec curiosité un tuyau contenant une eau jaune pâle. Elle a encore besoin de soins.

 

  • La micro-pollution est nettoyée en introduisant des micro-organismes, ensuite, les dernières molécules sont retirées par électrolyse. Nous obtenons une eau pure à 100 % qui passe au travers de champs ionisants, afin de réharmoniser sa structure cristalline. Cette eau permet d'avoir une parfaite santé, conclut fièrement Nimmel.

     

Ils s'avancent un peu plus loin, vers un couloir menant à une seconde porte, bien plus vaste, où se devine un grondement.

 

  • C'est le four, annonce Nimmel face aux visages inquiets des enfants. L'oxygène et le méthane arrivent ici, par ce tuyau, et les déchets entrent dans ce complexe de retraitement, qui va séparer tous les composés métalliques distincts, et faire fondre la sciure et la limaille. La limaille étant très volatile, ce sont des champs de micro-gravitation qui sont utilisés pour emprisonner et faire transiter les flots de métal. Ainsi, aucune pollution métallique n'intervient en ce lieu, et il nécessite moins d'entretien.

 

Nerti et Zilner observent sur un tapis roulant, des vis corrodées, de vieux tuyaux tordus, des chutes de métal inutilisables. Le four ressemble à un haut fourneau, sauf que des trappes sont visibles un peu partout et que les coulées qui en sortent ressemblent à des coulées de lave, qui s'échappent paisiblement en flottant à l'intérieur de grands tubes de métal ou de verre traité. Ce verre est en réalité du métal transparent.

Un collecteur gravimétrique a été installé à l'intérieur des parois du four, de telle sorte que ses parois sont parfaitement propres et que rien ne subsiste à l'intérieur une fois la coulée réalisée.

 

La salle est claire, blanche et accueillante, faisant penser à une installation agroalimentaire ou à un silos fraîchement installé.

 

  • Ce four est réversible, explique Nimmel, il peut être arrêté à tout moment. Nous le mettons en route une fois par mois environ. Toute la chaleur sert à chauffer les salles de bains et les serres. Toute l'énergie est envoyée dans les étages, de sorte qu'ici règne une température raisonnable. Il est possible de fabriquer un grand nombre d'alliages. Les plaques sortent juste ici, expose l'alien. Dernièrement, nous avons fabriqué énormément de cuivre amélioré pour restaurer des parements de navires anciens à l'identique. Les Denakhs apprécient également beaucoup le laiton, cela donne de très beaux navires. L'injecteur est juste ici, annonce-t-elle en montrant un appareillage extraordinaire.

 

Un dispositif amène le métal en fusion dans un tube transparent très fin et ce dernier s'écoule au dessus d'un générateur de forme, micro gravitationnel, permettant de mouler des objets très variés. Notamment des tuyaux, des vis, de la vaisselle, des vases et des blindages pour les navires. Chaque objet atterrit ensuite sur un tapis métallique, il arrive dans une autre salle, où des aliens sont assis, au nombre de trois. Ils font léviter les objets et les polissent par la voie de l'esprit. Chaque grain de matière inesthétique est ôté, au niveau moléculaire, de sorte que l'objet obtenu est parfait. La limaille est collectée dans un récipient qui fait penser à une machine à moudre le café. Pour finir, d'autres aliens vont traiter les objets en métal, par un vernis ou une peinture spéciale, parfaitement naturelle, appliquée à chaud.

 

  • Tout ce qui a lieu ici est sans danger pour la santé des experts en finition d'objets. Il est important que ces opérations aient lieu lorsque l'objet n'est pas encore pleinement refroidi. Il n'existe ainsi aucune contamination de l'air ou du milieu ambiant par des particules. Tous ceux qui travaillent ici sont d'humeur joyeuse et en excellente santé, assure fièrement Nimmel.

 

Nerti et Zilner sont ravis, ils sortent de la petite salle, un peu fatigués mais ravis de cette après midi pas comme les autres. C'est une immersion prometteuse dans le monde des adultes qui leur a été offerte.

 

Ils retournent vers le réfectoire où ils retrouvent leurs amis, affectés à d'autres tâches, comme la surveillance et le remplacement des lampes, ou le soin aux végétaux dans les serres. Chacun est particulièrement fier et heureux de sa journée.

 

Nerti et Zilner vont se coucher. Ils s'endorment presque aussitôt sans y penser.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes : 

 

Publié dans Messages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

David Kahvati 15/07/2020 11:25

Coucou Aurelia
Merci pour ce très beau récit.
Je te verrais bien construire un vaisseau ????.
????????????

Aurélia LEDOUX 16/07/2020 17:23

Cher David,

Vraiment excellent ! Même avec la meilleure volonté ce n'est pas dans mes cordes. Il existerait déjà des brevets sur l'antigravité, qui seraient employés dans l'aérospatiale, et qui permettraient la présence d'une sorte de déflecteur, notamment pour que les cosmonautes résistent au passage des ceintures de Van Allen, qui sont très radioactives. Cela est très bien expliqué sur le site Artivision, de Fred Idylle. Et toi ? A quand ton prochain vaisseau stellaire ? (modèle long courrier bien sûr !) Je t'embrasse,