La révolte des Gris (3/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La révolte des Gris (3/4)

Message d'Ektazzo

 

La sagesse des anciens aliens

 

Un nouveau message d'amour venu de vos frères de l'espace.

Chers Êtres de Lumière, chers enfants de la Terre, oui, me voici de nouveau. Je suis votre ami alien du fin fond des étoiles. Je m'exprime librement et sans ambages.

 

Nombre de Terriens connaissent en leur vie des épreuves douces ou amères, chacune d'entre elles sert le plus Grand Bien, l'Illumination de l'âme. Ayez toujours clairement ce but au cœur.

 

Je m'exprime à travers la pensée de plusieurs d'entre vous déjà, sous des noms différents.

 

Peu importent les noms, il est de nombreuses sphères occultes très actives sur votre plan. Que ce soit parmi les éveillés ou les éveilleurs.

 

Bien des pans occultes, très agissants, de la part d'ombre de ce monde, de son gouvernement pantelant, tombent en poussière. A l'intérieur de ces élites, existent des cercles de médiums, au travers desquels nous nous exprimons de même, pour leur montrer le chemin de l'âme, qu'ils ont perdu. Les Êtres de Lumière, les Maîtres, les sages aident ceux qui cherchent le chemin avec foi, même s'ils sont prisonniers d'une idéologie teigneuse, arrogante, faisant d'eux des exécutants impitoyables. Nous rendons ce que l'on nous a offert de découvrir, ainsi le cercle, celui de la Connaissance est parfait.

 

Nous sommes bien aise de songer à de nombreuses péripéties qu'il nous a fallu traverser, ma famille et moi.

 

Ektazzo est accompagné en effet d'un petit être au teint bleu pâle, qui peine à marcher droit. La vue de son œil se stabilise. Le jeune alien possède une moitié de son visage complètement illuminée, argentée et magnifique. De l'autre côté, sa peau blafarde, se fissure, en laissant apparaître des crevasses, il se gratte, le processus est déjà bien engagé. La main d'Ektazzo possède aussi cette magnifique lueur argentée.

 

Le processus sera bientôt complet, reprend-il.

 

Pendant des éons, des générations, nous avons tenté de manipuler la vie, sans rien offrir en retour. A présent, cette vie involuée se présente à nous, pour être dissoute dans la radiance. Nous représentons exactement tout ce que nous sommes en réalité, la vieillesse, la laideur et la honte. Nous sommes en train de renaître.

 

Le deuxième petit clone au teint rosé lumineux gambade autour de lui. Il présente un teint nacré des plus magnifiques, sa peau rayonne de pureté en émettant une douce lumière rosée, c'est un petit être en parfaite santé.

 

Mon deuxième petit est sauf, expose Ektazzo, ces enfants sont nés du même sang et pourtant, ils ne se transforment pas de manière identique. Comme je suis fier de leur courage !

 

Il s'arrête et s'assied sur un fauteuil très confortable, devant une vaste baie vitrée. Des êtres de toutes les apparences passent devant eux, offrant un spectacle fantastique. Par le vitrage, on voit des milliers de vaisseaux spatiaux évoluant en un ballet très complexe. Un soigneur s'approche des trois aliens et leur sert un breuvage réénergisant avec des mots de bienvenue. Ils restent là à méditer sereinement.

 

Ektazzo reprend son souffle, il est exténué.

 

Je vois ce qui se passe sur Terre, de plus en plus nettement, je vois vos efforts à tous. Le voile qui séparait nos deux mondes s'est fissuré. Nous avons été vus, notre existence est connue de la plupart des habitants de votre monde. Nous sommes un groupe parmi les visiteurs nombreux qui affluent sur votre sphère.

 

Autrefois, mon peuple a fait un bond fantastique dans la compréhension du génome, de la vie. Depuis, son acceptation des choses s'est clarifiée. Il est désormais capable de cloner à peu près n'importe quel organisme, en le reproduisant parfaitement. Il peut donc faire disparaître bien évidemment tout signe de vieillesse avancée des habitants fortunés de votre temps en leur offrant un nouveau corps. Ceci a déjà été révélé. Ce processus était courant chez nous. Tant de fois sommes nous nés de nouveau de cette sorte de manière. Les nobles faisaient ainsi, jusqu'à l'extrême limite du système cellulaire, jusqu'à ce que des « absences » surviennent.

 

Vous vous en doutez, le maillage neuronal et nerveux du corps physique est le plus délicat à élaborer. Il arrive forcément que certains nobles autoreproduits de la sorte soient « défectueux ».

 

Ce processus était utilisé uniquement pour les mâles de la caste la plus noble. Les clones ne recevaient point pareille grâce. Un tel traitement de faveur possède une apparence d'évolution. En réalité, bien sûr, il n'en est rien. En agissant de la sorte, en privant un être de la manière naturelle de se réincarner, les nôtres ont corrompu notre lignage.

 

Un être reproduit de la sorte, n'est plus qu'une pâle copie de ce qu'il a pu être autrefois, bref, le lien avec son âme se tarit. Cela a été découvert à temps. Les aliens les plus anciens, « originels », ont donc du être préservés par des traitements gériatriques divers.

 

La plus employée était la greffe céphalique. Il s'agit de prélever des cellules du cerveau, puis de les multiplier en laboratoire. Après échantillonnage, puis division, on obtient un organe bien constitué. C'est un séquenceur mémoriel préalable, qui va ensuite affecter un certain nombre de commandes neuromusculaires à l'intérieur du cervelet. Les portes d'accès aux souvenirs, aux apprentissages de siècles de vie, sont, elles, encodées à l'intérieur du cerveau lui-même.

 

Bien sûr, il s'agit d'un travail passionnant, très au dessus de ce que vous commencez à seulement appréhender de l'esprit, pensez-vous. Là encore, nous nous étions fourvoyés.

 

Le rôle de l'âme était déterminant dans la réappropriation de ces souvenirs, de ces mémoires. On ne pouvait comme cela priver un corps de son cerveau, puis en remettre un autre à la place. Malgré nos efforts, nos soins, il n'y avait pas deux cerveaux identiques. L'intérieur du crâne est tapissé d'un très grand nombre d'artères, de veines, elles sont différentes pour chaque corps. Il nous fallait travailler au dixième de millimètre près, pour que ces organes fraîchement implantés soient convenablement irrigués, bien rattachés à la moelle dorsale.

 

Que de complications, vous vous imaginez bien. Les vieillards que nous traitions ainsi, voyaient et entendaient de nouveau, mais il survenait une lacune majeure, le laps.

 

Cet écart entre la perception d'une information et la réactivité du système cérébral, puis neuromusculaire était important, trop important par rapport à un sujet en bonne santé. Tout cela était normal, bien sûr dans les mois à venir, tout se remettait en place. Nous pouvions savourer les résultats de nos avancées fulgurantes. Il restait le problème du vieillissement des articulations, du système osseux, cartilagineux, et surtout, de la fonte musculaire.

 

Celle-ci est très importante pour notre espèce. Notre musculature est très peu développée, conséquence du fait que nous avons très peu de besoins nutritifs. Elle est comparable si vous préférez, à celle des amphibiens, des animaux semi-aquatiques.

 

Nous avions réussi à dépasser un écueil, celui de la survivance de l'esprit chez un sujet très âgé. Ce génie à la science immense avait conservé toute son intelligence, sa brillance persistait. Elle s'était renforcée, notre sujet, par des circonvolutions de pensée toutes nouvelles, proposait avec force argumentaire, des pistes de recherches extrêmement prometteuses.

 

Nous nous sommes attelés à la tâche délicate de faire rajeunir le corps physique, notamment par la thérapie génique améliorée. Nous obtenions d'excellents résultats en réintroduisant la séquence originelle d'un clone en son ADN.

 

Mais ces expériences très réussies sur les clones, n'étaient point appréciées en haut lieu. Les petits clones devaient demeurer soumis, dociles, et fragiles, un point c'était tout. Les pompeux génies de laboratoire arrogants, entendaient détenir le monopole absolu du rajeunissement. Les clones n'étaient qu'une forme de vie inintéressante, uniquement créée pour servir.

 

J'étais scandalisé de cet argumentaire. Selon moi, nous avions engendré des êtres supérieurs à notre espèce en voie d'extinction. Les clones étaient courageux, discrets et très brillants, sans la moindre prétention. Leur curiosité infinie pour l'étude de la vie, le travail en bibliothèque, les voyages stellaires, était merveilleusement communicative. Bref, ils ressentaient du plaisir, de la joie.

 

Cela m'était inconnu, je dus ravaler mon intérêt par crainte des représailles. On me fit comprendre qu'il était impensable et très malvenu de me voir deviser avec des clones de laboratoire aussi longuement. Si vous préférez, les clones étaient considérés comme à peine plus intelligents que la plupart des animaux en votre monde.

 

Je savais, bien entendu que cela était parfaitement faux, les clones nous dépassaient. Ils ne le montraient pas, évidemment, et j'en découvris la raison qui me stupéfia.

 

Comme je l'ai exposé, et ce fut l'une des raisons qui m'y encouragea, je fis en sorte de créer un petit serviteur à mon image. Je désirai un petit laborantin pour mes travaux, et surtout, pour pouvoir discuter aisément.

 

Je dus me faire un peu oublier. Chose merveilleuse, ce ne fut pas un, mais deux jeunes petits êtres qui purent éclore. Une émotion inimaginable m'habita. Ces enfants exceptionnels furent confiés à une mère. Je gardais un œil sur eux. Lorsqu'ils commencèrent à travailler à bord d'un vaisseau, leur habileté fut louée par le capitaine. Ils étaient encore très jeunes bien sûr, mais deux servants si prometteurs devaient aller travailler en laboratoire et non risquer leur vie à bord d'un croiseur. Cela était logique.

 

Ils vinrent travailler avec moi, grâce à la décision sage d'une très vieille alien. Les deux jeunes clones se nommaient Zert et Linvel. Il me fut difficile de gagner leur confiance et de leur faire dire leurs noms, car chez nous, les petits esclaves n'en portent pas. Ils sont désignés par un numéro, proche d'une carte électronique.

 

Ces deux enfants vivaient à mes côtés, dans une petite pièce rien qu'à eux, que j'avais tout spécialement garnie de livres. Ce traitement de faveur parut les étonner, car beaucoup de généticiens ombrageux n'appréciaient pas du tout de céder une partie de leurs appartements à leurs serviteurs. Ordinairement, les clones dormaient dans les cuisines ou près de la chaufferie, beaucoup étaient complètement délaissés par leurs maîtres, ne recevant aucune marque d'intérêt.

Avec d'autres généticiens, nous étions tout à fait révoltés de ces injustices, du système des castes et de la séparation entre les êtres. Les clones ont besoin de très peu de sommeil, mais je veillais à ce que ces deux petits soient aussi heureux que possible. Et ils le furent. Mes théories se vérifièrent.

 

Les clones qui travaillaient à nos côtés en laboratoire étaient attachés à nous satisfaire en permanence. Ils faisaient merveille, nous prouvant combien leur esprit fourmillait d'idées nouvelles.

 

Nos travaux sur la formation des moisissures rares en milieu hostile progressaient remarquablement. Nous avions été capables de reconstituer les étapes préliminaires à la formation d'un milieu fertile dans l'espace. Partant de presque rien, un astéroïde désertique, nous avions commenté avec une belle excitation la formation d'une petite planète.

 

Ceux qui assistèrent à notre exposé, ne partageaient guère la joie très vive qui nous caractérisait. Ils s'en formalisèrent.

 

  • Et d'où nous servirons vos recherches ? Nous voguons dans l'espace depuis des éons, pourquoi nous soucier de la recréation d'un milieu fertile ? grinça un vieil alien renfrogné.

  • Nous aimerions la faire reverdir... elle, dis-je humblement.

 

Ces quelques paroles furent suivies de très longs murmures télépathiques, de piaillements et de grincements surexcités. Nous avions provoqué sans le vouloir une tempête. Recréer la vie sur notre planète d'origine ?!! Cela était-il seulement envisageable ? Cela signifiait revenir à notre point de départ...

 

Notre amour pour notre monde n'avait jamais faibli, je le compris en cet instant. Une scission très nette s'opérait entre les généticiens chercheurs, qui comme moi caressaient l'idée de revenir un jour habiter sur leur monde, et les anciens, génies ombrageux, qui demeuraient figés dans leurs habitudes, faisant régner un ordre implacable à bord.

 

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