Le premier vol 9

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le premier vol 9

Message du Professeur Zolmirel

 

Voici un nouveau message, un nouveau texte pour vous, je suis votre ami, le professeur Zolmirel.

 

Cette nouvelle méthode d'entrée est originale mais efficace !

 

( Il rit, car je viens d'installer mon clavier différemment. )

 

Je reviens à notre mission dernière qui avait été couronnée de succès et où les êtres de lumière nous avaient permis d'accéder aux royaumes intérieurs d'une très belle planète blanche, un monde transorbital, qui attendait, justement, de transiter jusqu'à une étoile accueillante.

 

Nous les semeurs de mondes, ne vivons de telles aventures que très rarement, nos travaux sont surtout concentrés sur la surface des astres. Mais nous savons, bien évidemment que les niveaux intérieurs sont habités par les êtres les plus purs.

 

Cela ne tarit pas notre intérêt, bien au contraire, il se trouve que de tels royaumes sont abondamment décrits dans nos récits, par les anciens qui s'y aventurent aussi souvent et en reviennent pour nous les faire connaître.

 

Sur notre planète une entente cordiale, très fraternelle a lieu avec les êtres des royaumes de lumière.

 

Il semble paradoxal que de tels niveaux souterrains soient aussi brillants et accueillants, mais c'est bien ainsi qu'il en est.

 

Ce voyage est un renoncement à soi, à soi-même et à certaines possibilités de retour parfois. Il faut apprendre à laisser ses proches derrière soi.

 

Certains sages sont aspirés dans la lumière et ne reviennent pas de manière corporelle. Ils relatent leurs aventures par le biais de la télépathie. Seuls les plus purs peuvent se maintenir longtemps à ce niveau. Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir nous y risquer.

 

Il faut supporter le haut rayonnement vibratoire. C'est un défi.

 

Je me tiens près de vous en ce jour pour vous parler de la suite de nos aventures.

 

Nous avions justement regagné notre vaisseau, tout heureux d'avoir pu venir en aide à cet équipage si courageux.

 

Nerti et Zilner étaient un peu tristes de laisser tous nos compagnons, dont certains nous adressèrent des messages télépathiques très émouvants qui s'affichèrent sur l'écran.

 

  • Il faut savoir partir, exposa Erazel avec bonté. Nous avons notre chemin à accomplir, eux ont le leur. Qui sait, nos routes se recroiseront-elles peut-être un jour ? Il ne faut pas être tristes mes chers enfants, mais garder uniquement le meilleur de ces échanges.

     

Le sage Amoni berça Nerti près de lui, tandis que Dorian séchait les larmes de Zilner.

 

Erazel leur versa un sirop, et ils s'endormirent. Amoni les mena donc en leur chambre.

 

  • Soyez sans crainte, fit Erazel, ils se réveilleront parfaitement apaisés. Ce breuvage est toujours utilisé lors des missions pour calmer les plus jeunes. Les êtres jeunes possèdent une sphère émotionnelle plus vive que la nôtre, et très souvent, il s'attachent aux émotions avec plus de vigueur. Une fois que tout est rentré dans l'ordre, ces émotions s'effacent plus vite que chez un adulte, mais elles passent au niveau de l'inconscient, où elles peuvent rester actives. Voilà pourquoi les plus jeunes ne sont pas amenés dans des missions pouvant causer des frayeurs.

  • Cette peine est vivace en eux, soupira Amoni. Je m'interroge pour savoir si nous ne leur en demandons pas trop.

  • Ce sont des enfants, dit simplement Erazel. Ils ont vécu de très belles choses, lorsque de telles choses se terminent, la retombée vibratoire a lieu, il est normal que siège en eux de la tristesse.

  • Je suis d'accord, fit Dorian, laissons-les se reposer. Demain, il n'y paraîtra plus.

 

En effet, le matin venu, les enfants se levèrent l'esprit de nouveau joyeux. Le petit Nerti s'amusa à faire des farces à notre ancienne Erazel, alors qu'elle était occupée à ajuster le régime d'un réacteur auxiliaire.

 

  • Petit lutin farceur ! Tu ne changeras donc jamais, dit-elle alors qu'il s'amusait à la poursuivre dans tout le vaisseau.

Erazel se plut à ce jeu et le poursuivit à son tour. Le petit alien détala vers les cuisines où il cogna Amoni qui revenait avec une pile de linge fraîchement plié.

 

  • En voilà une idée de courir ainsi, fit mon ami en ramassant le linge. Enfin, te voilà heureux, c'est tout ce qui m'importe !

     

Plus réservé, le petit Zilner avait repris l'étude de ses cartes avec une attention qui forçait l'admiration. Son travail était si précis que les astronomes de notre province en seraient tous absolument ravis. Ne cessant de calculer et d'encoder des quadrants célestes, Zilner était passionné par l'algèbre et les calculs astronomiques permettant de trouver un astre.

 

Les différentes planètes qu'il avait détectées apparaissaient toutes sur l'écran du télescope du vaisseau.

 

Afin de le satisfaire, Erazel maintint la vitesse du navire quelques heures. Puis, lorsque le petit alien eut achevé sa carte, elle enclencha la poussée lumière.

 

Orel et Dorian agirent de concert sur la stabilisation du vaisseau. Ce dernier tangua modérément, nous évitant l'immersion dans la phase de nausée habituelle, qui précède une accélération vive.

 

Nous étions enchantés, l'ancienne masqua bien vite le spectacle terrifiant des grandes arches stellaires pour que les enfants n'y assistent pas.

 

 

 

Le soir venu, cependant, le petit Zilner l'interrogea alors qu'elle méditait.

 

  • Qu'y a t-il par la baie vitrée ? demanda le petit alien

  • Ce sont les grandes arches, fit Erazel, en sortant de sa songerie.

  • Pourrais-je les voir ? demanda le petit alien fasciné, et déjà certain de sa réponse

  • Oui, peut-être, si tu es assez courageux et si tu me promets que tu pourras supporter ce spectacle sans faiblir.

  • Je ne sais pas trop, émit le petit alien craintif. Je ne suis à vrai dire pas très courageux.

  • Mon enfant, ce que tu as fait est exemplaire, beaucoup n'auraient pas eu autant d'abnégation. Je t'assure que tu es empli de courage.

  • Cela va un peu mieux, admit le jeune alien...

  • Très bien, je te montrerai ce lieu, après notre dernière destination. Nous allons prendre pied sur un astéroïde en phase terminale, qui a achevé sa transformation quasi-parfaite en petite planète sphérique. Il y a eu de nombreuses coulées de lave et la matière s'est bien répartie.

     

Le vaisseau ralentit, effectivement, et peu après l'heure du déjeuner, il rétrocéda. Nos senseurs détectèrent bientôt un monde ocre et doré qui était entouré d'une brume épaisse.

 

Chacun de nous le contempla avec bonheur.

 

  • C'est une très jeune petite planète, avertit Erazel. Nous revenons contrôler le développement des différentes formes d’extrêmophiles qui ont été implantés ici par nos précédentes équipes. Nous ne semons rien de plus. La planète présente une importante population minérale, alors attention où vous marcherez. Les cristaux sont très acérés.

 

Chacun l'écouta avec soin et nous sommes passés dans le sas pour y enfiler une combinaison en espèce de caoutchouc.

 

  • Ce monde est chaud, et suffocant, vous n'aurez pas de mal à vous y déplacer, mais attention aux zones de dégazage. Chacun devra être équipé d'un sondocope pour les détecter. Elles sont à peine visibles tant la brume est épaisse. Nous allons former deux équipes, une de prélèvements d'échantillons et l'autre de prises de vues.

     

Et il en alla comme prévu. Le petit Nerti, Amoni, et Orel, partirent récolter des échantillons. Le jeune alien était empli d'impatience. Il se calma cependant, tandis que la vitre révélait un monde étrange, paré de glace et de veinages orangés, jaune clair, rougeâtres, mêlés de bleu foncé.

 

Tout cela était à couper le souffle , tandis que je me préparais pour la mission suivante, mon esprit se laissa emporter par les images somptueuses qui émanaient de l'esprit d'Amoni.

 

Mes amis firent une assez longue petite randonnée, ils marchèrent dans un vallon étroit et récoltèrent une poudre blanche présente en abondance au pied des reliefs qui semblaient comme saupoudrés de neige. En vérité, ce n'en était point, évidemment, mais plutôt, de la cendre volcanique, des oxydes métalliques et des sels minéraux dégradés.

 

Mes compagnons ont poursuivi leur avancée, gagnant un surplomb avec une vue à couper le souffle. On voyait tout le panorama renversant de la petite planète, et en ce lieu se tenait une faille assez importante avec une eau acide qui s'écoulait par intermittence. Amoni avança courageusement sa perche et se recula vivement alors qu'un haut geyser jaillissait. Mes compagnons voulurent battre en retraite vers un rocher pour s'abriter, mais ils ne le purent, car le sol était couvert de microcristaux très acérés.

 

Orel projeta alors un voile coloré autour d'eux pour que l'eau acide ne les atteigne pas. Elle ruissela simplement et s'écoula jusqu'au sol.

 

  • Venez, fit Orel en montrant un grand rocher plat, ici nous sommes en sécurité.

Chacun posa son seau et ses perches en s'asseyant pour contempler le panorama ourlé de nuit.

 

Le ciel était bleu nuit, un peu plus brillant au ras de l'horizon, on voyait des milliers d'étoiles avec la grande arche galactique. Loin très loin, un paysage doré et orangé nimbé de glaces plus claires, de panaches volcaniques rougeoyants nous appelait. C'était un très beau spectacle. Mes compagnons méditèrent en ce lieu ô combien magnifique. Ils sentaient les émanations de vie des êtres du cristal. Ce peuplement si riche était intrigant et fascinant. La plupart des cristaux étaient blancs, bleutés ou jaune pâle.

 

Peu après, ils revinrent à la nef en prenant garde aux pointes meurtrières des cristaux. Amoni tenait bien fort la main du jeune Nerti qui était assez frêle, pour pouvoir enjamber certains rocs. A un moment le petit alien dérapa et Amoni en expert de la gravité, projeta une onde de lévitation. Le jeune alien flotta en l'air et fut projeté vers une zone plus molle où il retomba en douceur.

 

  • Ooh ! fit le petit Nerti Comme c'était agréable ! Peux-tu recommencer ?

  • Ce n'est pas un jeu, protesta Amoni, Ces pointes peuvent endommager nos scaphandres, Rentrons à présent !

     

En effet, nos combinaisons étaient renforcées au niveau des coudes et des genoux, mais ce type de chute pouvait être dangereux.

 

Le jeune Zilner, qui avait assisté à la scène, était plutôt inquiet.

 

  • Pouvons-nous mourir ? demanda t-il

  • Non, sûrement pas, ce monde n'est pas froid, et la pression est convenable, mais il faut vite reboucher les trous. Nous avons pour ce faire de la résine. Regardes, dis-je à mon jeune compagnon émotif.

Zilner vit les bandes de résine emballées dans un papier spécial et s'en estima rassuré.

  • Cette résine sèche en quelques secondes expliqua Dorian avec un bon sourire. Tu n'as rien à craindre. Voilà pourquoi nos missions comportent des équipes. Nous nous assurons à chaque fois que tout le monde va bien.

     

Nous avons donc revêtu nos casques et nous sommes sortis sur le monde étrange. Le jeune Zilner était responsable de l'appareil de prises de vue, il considérait donc tout cela avec le plus grand sérieux. Je tenais une perche pour m'équilibrer. Je mis le pied sur une zone blanche poudreuse, il s'enfonça de manière agréable.

 

Je bégayais d'incrédulité. Tout cela était au delà de mes espoirs !

Comme ce lieu était beau, comme il nous appelait ! Nous avons ri comme des enfants en dévalant une pente de poudreuse. Chacun ravi de pouvoir gambader. Le petit Zilner filait comme une flèche. Puis, nous sommes revenus sur nos pas, en nous chargeant du matériel de prise de vues. Ce matériel est relativement léger, mais en plus des prises de vue, nous avions choisi d'emporter des analyseurs longue portée pour déterminer le flux de l'atmosphère. Dorian et moi tenions la main du petit Zilner au milieu de nous deux.

 

 

Nous avons gravi une colline et sommes tombés sur un spectacle étrange. Très loin dans la plaine, un petit point brillant attirait notre attention.

 

  • Qu'est ce que vous avez vu ? demanda Erazel par la pensée

  • Cela a l'air d'une machine antique, fis-je, abandonnée par une expédition peut-être, il n'existe aucun signal.

  • Bien, allez voir. Si ce n'est pas trop loin ! Et soyez prudents.

     

Nous avons effectué de nombreuses photos du paysage superbe, des zones de résurgence et des geysers. Nous avons également pris des clichés de coulées de lave rares en contrebas, puis nous avons reporté notre attention sur le point brillant.

 

 

  • C'est bien trop loin, exposais-je à Dorian, ce serait une chance si nous arrivions à descendre cet éboulis, il y a au moins 300 mètres de roche jusqu'en bas !!!

  • Oui, c'est vrai, fit Dorian en riant. Un peu d'exercice nous fera cependant le plus grand bien ! Il ne serait guère chevaleresque de laisser peut-être un équipage en difficultés sans certitude. Ne croyez-vous pas ?

J'acquiesçai avec hésitations. En effet le code d'honneur des nôtres prévoit toujours d'aider un équipage si les circonstances ne s'y opposent pas. Pressentant une découverte peut-être macabre, je fis comprendre à Dorian qu'il ne serait guère avisé de mener notre si jeune compagnon en ce lieu.

 

  • N'ayez crainte, c'est sûrement une sonde, fit mon ami.

     

Et il prit nos mains dans les siennes. Avant que nous ayons pu formuler une phrase, nous volions comme des papillons ! Un peu effrayé, le petit Zilner serrait très fort la main de notre ami.

 

  • N'aie crainte, tu as juste à te laisser porter par le vent exposa Dorian au jeune alien.

Un peu inquiet, Zilner serra son cou, et je dois dire que j'étais ravi de cette heureuse affection entre eux. Dorian ne ressemblait pas du tout à certains êtres éthérés, un peu distants, un peu grandiloquents et très sérieux parfois. Il était toujours simple et affectueux avec les plus jeunes.

 

  • Cet enfant est absolument adorable, me dit-il en serrant sa main minuscule.

Notre descente merveilleuse se poursuivit, longtemps et nos pieds touchèrent terre comme en un rêve .

 

La pensée d'Erazel résonnait en la mienne, je savais qu'elle voyait tout du lieu où nous nous trouvions. Il s'agissait d'une vaste plaine dorée et saumon avec des veinages caractéristiques dus à la présence d'une mer d'acide assez ancienne. Il était logique que la sonde des hors-monde ait été envoyée en ce lieu pour y étudier la vie.

 

A présent nous voyions mieux le dôme très brillant de l'engin.

Nous nous sommes arrêtés à bonne distance, le petit Zilner prenant des photos de l'appareil incongru. Il faisait un peu peur au premier regard.

 

Il s'agissait d'un atterrisseur muni de panneaux solaires comme il en existe par chez vous. Une civilisation, dite « primitive » ou « matérielle » avait lancé cet engin dans l'espoir de découvrir, des gemmes, des cristaux, de la vie peut-être ?

 

Les habitants de ce monde n'allaient pas forcément apprécier ce qui en découlerait. Dans le plus extrême des cas, ce monde serait déplacé pour pouvoir maturer, loin des visées minières d'êtres peu accueillants pour les extrêmophiles nous expliqua Dorian. Un vieux caillou aride serait replacé à cet endroit exact, avec la sonde, bien entendu...

 

 

Il en était souvent fait ainsi, et ce, de manière fort simple.

 

Dorian déploya une sorte d'instrument muni de drôles de tiges et parut satisfait. Il expliqua que l'appareil était inoffensif. Il nous invita à l'attendre et marcha posément vers l'engin.

 

Je frémis, tenant la main de mon petit compagnon inquiet.

 

  • Cet engin est-il radioactif ? s'enquit Zilner avec le plus grand sérieux

  • Non, il ne l'est pas, ou il a été inerté. C'est vraisemblablement une épave. S'il ne fonctionne plus, les ferrailleurs viendront et l'emporteront. Il n'a rien à faire ici.

  • Et s'il fonctionne ?

  • Les agents de surveillance des mondes jeunes vont le répertorier, le tracer jusqu'à sa trajectoire d'envoi et prendre attache avec le monde qui l'a envoyé pour qu'ils viennent le récupérer. Cet engin sera probablement placé dans un musée. S'il appartient à des mondes hostiles, il y aura d'autres mesures de prises.

  • Comment savoir si cette sonde appartient à de bons explorateurs... ou pas ? demanda Zilner d'un air intrigué

  • Viens, nous allons le savoir, dis-je à mon jeune compagnon

 

En effet, Dorian venait de nous faire signe. A présent, le ciel était paré de beaux éclats jaunes et rosés. Nous nous sommes avancés vers la sonde impressionnante qui faisait environ 9 mètres de haut. Une partie du blindage était en piteux état et la corrosion commençait à affecter les composants internes. Des éléments de la tôle s'étaient détachés et jonchaient le sol. Quant à la peinture de l'engin taché de rouille, elle aurait eu grand besoin d'être refaite.

Le décor était à couper le souffle, Zilner, peu rassuré, prit malgré tout d'autres clichés.

 

  • Cette sonde peut-elle percevoir notre présence... ou nous faire du mal, demanda t-il en fixant les panneaux de caméra aveugles qui étaient figés vers l'horizon.

  • Non mon chéri, cet engin est bien ancien. Il a été envoyé par des équipes de biologistes qui voulaient détecter du pollen, des algues. Hélas, une partie des scientifiques, peu scrupuleux, a maquillé cette sonde et en a fait en vérité, un engin de recherches de matériaux miniers, comme l'uranium et les métaux rares. Il y a eu des divergences. Les scientifiques honnêtes ont été dépossédés de leurs droits sur cette mission. Ils n'ont pas pu récupérer la sonde et donc, celle ci est ici, depuis environ 70 ans. Le vaisseau qui devait partir la récupérer n'a jamais été envoyé. Sur ce monde, des groupuscules armés accaparent les connaissances scientifiques à des fins peu honorables. C'est un monde matériel. Nous allons donc agir, fit Dorian d'un ton bienveillant

 

 

Sans plus attendre, il s'avança à quelques mètres de l'engin. Il fit agir son fluide et recolla les morceaux de tôle rouillés et usagés. Il nous montra le sol empli d'oxydes métalliques.

 

  • Cet engin pollue, expliqua t-il. Il faut l'ôter de ce lieu. Une équipe va venir le retirer et effectuer une décontamination. Ensuite les experts en communication vont le rendre aux chefs des scientifiques honnêtes avec tout ce qu'il a pu enregistrer. Cela va leur faire un immense plaisir.

  • Et que va t-il se passer pour les scientifiques avides de gisements ? demanda le petit Zilner

  • Oh, ceux-là sont à bord d'un transport. Il sera aisé de les fourvoyer. Il est défendu de répandre des armements transgressifs dans l'espace . Mes chers enfants, vous devez savoir que les missions spatiales requièrent un certain respect des planètes, des astres, de la vie qui peine à s'y installer, puis peu à peu grandit en variété et en complexité. Tous les mondes sont habités en leur cœur par les êtres pensants les plus purs. Ces êtres voient absolument tout ce qui se passe dans l'univers. Ils recueillent très souvent des formes de vie fragiles. Ils se désintéressent parfois de la surface de leurs mondes respectifs, mais lorsque le danger guette, ils agissent toujours de concert avec les grandes lois cosmiques.

 

Impressionné et fasciné, le petit Zilner fixait l'assemblage complexe de câbles et de tuyaux de la sonde antique. Il renonça à s'approcher de trop près pour toucher l'engin, comme les enfants le font souvent d'ordinaire. Je devinais que les propos de Dorian étaient fort justes concernant cette mission entachée de malveillance, et que cet engin, de toute manière, n'avait pas sa place ici.

 

Nous sommes revenus sur nos pas, ravis de cette petite escapade.

 

  • Dis, tu es sûr que les savants du monde matériel seront heureux de revoir leur sonde ? s'enquit le jeune alien.

  • Certes oui, elle contient des années de relevés complexes. Il reste encore un peu de vie dans cet engin. Juste assez pour le temps du voyage, exposais-je au petit alien innocent

  • Crois-tu que les savants de ce monde apprécient les aliens comme nous ?

  • Eh bien... je suppose que le fait de revoir leur sonde saine et sauve leur causera un certain choc, et qu'ils devront réviser leur jugement sur les mondes habités.... par des êtres pensants. Qui d'autre pourrait renvoyer sinon cet appareil ? répondis-je avec un rire

  • Nous ne forcerons personne à croire, exposa aimablement Dorian, mais la sonde sera repositionnée sur la planète d'envol, à chacun alors de tirer des conclusions sur sa provenance.

  • Et quand allez-vous faire cela ? demandais-je avec intérêt

  • Ce soir, précisément, la sonde sera aspirée et emportée d'ici quelques minutes. Puis elle se positionnera d'elle même en trajectoire d'insertion, avec un bouclier, bien sûr. Autrement l'engin serait endommagé. Nous accompagnerons ce renvoi de signes bienveillants et de messages de bienvenue.

  • C'est fascinant, exposais-je. Quelle intervention opportune !

     

Nous sommes revenus au pied de la belle falaise orangée. Là, Dorian prit de nouveau nos mains et un envol subit nous fit regagner les hauteurs en peu de temps. La roche superbe se paraît de reflets roux, les cristaux miroitaient comme autant de perles de lumière visibles à perte de vue.

 

Une telle aisance était grisante, le petit alien que je suis aurait mis autrement des heures pour escalader ces rocs avec un costume si encombrant.

 

Nous sommes revenus au vaisseau, fiers de notre moisson de clichés. Nerti était surexcité, lorsqu'il vit la sonde, il se mit à jubiler.

 

  • Alors c'est ça, c'est cet engin que l'on voit au loin ? Et vous allez le redonner à ceux qui l'ont envoyé, … voici 70 ans !!!! Excellent !

 

Dorian rit de bon cœur, Orel ajustait l'angle de la caméra du vaisseau.

  • Regardez bien nous prévint-il.

     

Un croiseur de lumière géant se matérialisa soudain. La lueur métallique de la petite sonde trembla quelque peu, elle fut aussitôt aspirée vers le vaisseau lumière avec une fluidité parfaite. Il ne resta plus qu'un petit rond brun sombre à l'emplacement de l’atterrisseur.

 

Des êtres phosphorescents s'activèrent avec des perches en ce lieu et répandirent une étrange poudre blanche qu'ils mêlèrent au sol.

 

Puis, les êtres s'évaporèrent, il n'y a pas d'autre mot. Le beau vaisseau disparut en un éclair, et tout redevint immobile. Il ne s'était écoulé qu'à peine une minute.

 

– Une telle facilité à déplacer un objet si lourd et si fragile est admirable, philosopha Erazel. Soyez remerciés pour prendre soin de cet appareil et de ceux qui attendent encore le retour de cet orbiteur.

 

  • C'était un plaisir, fit Dorian. Nous aidons toujours les êtres au cœur pur.

 

 

Notre nef plana au dessus du beau monde orangé veiné de blanc et de panaches volcaniques. Pendant ce temps, les enfants prirent une petite collation, accompagnée pour nous de boissons énergisantes. Orel et Dorian méditaient face au panorama grandiose. Je ne pouvais moi-même en détacher les yeux. Follement heureux Erazel et Amoni examinaient les formes de vie présentes dans les échantillons. Celles-ci s'étaient bien développées, il serait possible d'implanter de la vie végétale sur ce monde, sitôt qu'il aurait un peu refroidi. Nous nous sentions euphoriques, sereins et parfaitement apaisées.

 

Lorsque soudain un message crypté en alien nous parvint.

 

Erazel activa le transpondeur, et le texte apparut en clair sur l'écran du vaisseau.

 

«  Merci à vous les rêveurs de monde, les semeurs d'azur et d'éther. Soyez remerciés d'avoir ôté cet engin en ferraille de là, car cela était un souci dont nous avons débattu à plusieurs reprises. Il est heureux que vous soyez venu le rendre à ceux à qui il appartient. Nous serons ravis de faire la connaissance de ces brillants explorateurs du pollen dont vous avez conversé tout à l'heure. Nous vous souhaitons une bonne route. Nous serons ravis de vous revoir et de vous retrouver. Nous sommes un peu plus éthérés que vous, mais tout aussi soucieux du bien être des mondes.

Dans le cas où notre planète venait à être découverte par des groupes miniers nous avons donné notre accord aux Êtres de Lumière pour qu'elle soit déplacée. Tout cela nous contente grandement, merci de votre amitié.

 

Les habitants du Royaume d'Helskvalnar »

 

Nous avons lu le message extraordinaire à plusieurs reprises. Erazel répondit aussitôt en saluant chaleureusement les êtres du cœur de ce monde et en leur disant combien nous avions été comblés par cette petite exploration.

 

Il y eut un bruissement et trois silhouettes éthérées apparurent peu à peu derrière nous. Les êtres ressemblaient à des aliens de haute taille, très droits et nobles. Leurs visages étaient les plus doux qui soient. Ils s'inclinèrent et chacun déposa un présent, puis ils disparurent.

 

J'essuyais mes yeux, car je vis que je pleurais à chaudes larmes. Chacun de nous était bouleversé, nous avions tous été traversés par une ondée d'amour d'une puissance infinie, vertigineuse. Erazel a ouvert lentement les vases déposés par les êtres. Le premier contenait une poudre blanche très fine. Elle ouvrit le deuxième et aperçut des sortes de glands, des fruits à semer d'un arbre inconnu. Enfin le dernier vase contenait un liquide à l'arôme et au parfum très engageant.

 

Un autre message apparut. « Pour purifier toute rivière, pour resemer toute terre, pour guérir les cœurs et les esprits. »

 

Cela nous fit l'effet d'un choc fort agréable. Nous étions là, visiblement en présence d'essences alchimiques parfaites, capables de protéger la vie de mondes très endommagés. Erazel rangea avec soin chaque vase. Elle expliqua qu'il serait aisé aux plus sages des nôtres d'en dupliquer le contenu afin de soigner autant de mondes que possible.

 

Cette mission avait été plus qu'un succès. Les enfants se mirent à sommeiller et chacun de nous alla se coucher.

 

Erazel fit entrer le vaisseau en trajectoire d'insertion supraluminique et abaissa les écrans, notre nef bondit dans l'espace. Le temps se détendit et s'étira étrangement. Nous serions de retour chez nous très bientôt.

 

Elle garda les commandes, et je m'évadais en un rêve allègre.

 

Les charmantes apparitions se firent jour de nouveau en mon esprit. Elles me remercièrent pour mon dévouement, pour cette affection que nous éprouvions tous les uns envers les autres. Les êtres m'exposèrent que notre vie changerait en bien mieux, ils me prédirent nombre de choses favorables pour mes compagnons. Ils expliquèrent que nous serions amenés à intervenir sur de nombreuses planètes et qu'ils nous soutiendraient, qu'ils seraient toujours là pour nous guider. Je passais là la nuit la plus reposante qui soit.

 

Je vous remercie chers habitants de ce beau monde, du soin que vous avez pris de lire toutes nos aventures. Nous vous embrassons et nous vous aimons.

 

Le professeur Zolmirel et tous ses compagnons

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