Le premier vol 10

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le premier vol 10

Un autre message du professeur Zolmirel

 

As-tu oublié notre dernière conversation, serein lecteur de ces temps d'allègement ?

 

Nous étions encore une fois dans l'espace, pour un petit voyage.

 

J'étais avec mes amis, et nos deux jeunes spationautes très vaillants, Nerti et le très jeune Zilner.

 

Ces deux enfants avaient prouvé leur courage en de nombreuses occasions. Nous sommes passés par de nombreux mondes accueillants ou glacés.

 

Il m'a été donné de marcher dans la neige de lunes anciennes semées par mes ancêtres.

 

Vous rendez-vous compte ?

 

Nous étions vraiment euphoriques de rentrer après autant de péripéties !

 

Il faut dire que nous nous étions absentés depuis environ trois mois, d'après le comput situé à l'intérieur du vaisseau.

 

Il en est ainsi lors des très lointains voyages. Et en vérité, malgré cette séparation d'avec notre monde natal, nul ennui ne saisissait nos cœurs.

 

L'esprit des miens est si apte à s'intéresser à tous les domaines de la vie, que les heures d'étude sont riches et passionnantes.

 

Il nous a été donné lors de ces séances à Erazel, ainsi qu'à moi même, de converser par télépathie avec Orel et Dorian.

 

Je me suis agréablement rapproché de Dorian, son flux psychique étant de nature bien plus semblable que celui des miens.

 

Orel était plus jeune et moins habile télépathe, il le reconnaissait d'ailleurs lui-même volontiers en riant.

 

Ce jour là, nous devions apprêter de nouvelles variétés de moisissures pour des semis réussis.

 

Il vous faut savoir que chez nous, la culture des champignons est pratiquée abondamment.

 

Il nous a été donné de mêler des spores de futurs champignons à un humus riche, et ce à une température et une hygrométrie finement régulée.

 

Ces nouvelles formes de vie devaient servir plus tard à améliorer la richesse du sol forestier de plusieurs mondes voisins du nôtre.

 

Dorian était à mes côtés, avec Zilner, tout heureux de déplacer de fines moisissures blanches de ses mains d'enfant.

Il fallait espacer les champignons pour qu'ils puissent grandir à leur aise. Bien sûr, ces variétés sont exceptionnelles, le champignon adulte atteignant au moins trois fois la taille d'un être humain. Nous nous trouvions en la serre assez basse de plafond, dont Dorian frôlait la voûte.

 

  • Ce champignon aura t-il suffisamment de place en ce lieu ? s'étonnait le petit alien avec candeur

  • Nous serons rentrés avant qu'il grandisse, il sera à l'aise dans la grande serre, répondit Erazel en fixant le minuscule chapeau de quelques centimètres.

  • Nous avons fait une bonne moisson, ces formes de vie nouvelles sont parfaites pour un sol pauvre. Elles vont combler nos amis, les Kolals et les Ilstirr, qui habitent les planètes sœurs

 

Sur mon monde vivaient ces deux peuples agréables et ils avaient aussi bâti des colonies sur plusieurs planètes éloignées. Il était, sur l'une d'entre elles, une atmosphère si dense que cela faisait un brouillard orangé permanent. Les Kolals y vivaient, mais en des lieux à demi souterrains, à cause des tempêtes. Il ne s'agissait que de peuplements de scientifiques pour l'instant. Les grands êtres sages avaient pour mission d'étudier la flore et les rares animaux parvenant à survivre.

 

 

Une autre planète, plus petite, était presque entièrement dénuée d'atmosphère et le frère de mon ami, le sage Amoni, y vivait avec toute sa famille.

 

  • Mon frère est architecte expliqua Amoni, il veille à concevoir des bâtiments agréables avec des lieux de vie plaisants, puis il participe aux travaux d'élaboration. C'est lui qui pilote les croiseurs chargés d'assembler les différents éléments, son épouse est spécialisée en mise en culture, elle conçoit de très beaux paysages. Elle adore réaliser des balcons, des terrasses et des parterres de fleurs.

 

 

Il s'est écoulé quelques jours et notre nef a suivi un couloir galactique nouveau.

 

  • Ce couloir est entièrement inconnu, nous expliqua Erazel, c'est pourquoi, nous allons voguer moins vite que d'ordinaire

  • Mais ainsi, fit le petit Zilner, nous sortons de l'arche galactique, et nous allons vers … l'extérieur !!!

     

  • Oui, fit Erazel, cher petit cœur ! Mais vois-tu, il existe après ce couloir un raccourci oblique qui nous épargnera plusieurs jours de voyage. Nous pourrons ainsi passer un peu de temps chez nos amis Kolals.

     

Zilner observa avec soin la carte et comprit qu'effectivement c'était une stratégie de vol très habile.

 

La nef en effet décéléra en atteignant plusieurs intersections, assez encombrées de vastes navires. La vitesse d’appontement de ces esquifs devait être plus lente que la nôtre. Des bâtiments lumière plus vastes, mais plus lestes, faisaient fi de tant de changements de vitesse et évitaient les croiseurs avec une vélocité extraordinaire.

 

Nous étions les seuls à les voir, avons-nous compris, car lorsque l'un de ces vaisseaux extraordinaires frôla la proue d'une vaste croiseur sidéral, le capitaine ne fit aucune manœuvre d’évitement.

 

  • Assez de rester dans les files d'attente ? demanda Dorian d'un ton amusé

  • Eh bien, je ne sais pas si le pilotage inattendu est autorisé, émit Erazel

  • Il se trouve que cela sera indétectable et bien plaisant, promit Orel. Mais je vous préviens il va encore aller à une vitesse terrifiante !

     

Amoni comprit, il rejoignit les enfants pour les mener vers la grande serre

 

Il les installa ensuite en leurs chambres et leur lut une histoire.

 

Dorian, en expert du pilotage, effectua un grand nombre de manœuvres audacieuses follement grisantes. Erazel, qui avait l'habitude de ce type de mission, s'en estima ravie. Le vaisseau louvoya en souplesse à folle allure entre les géants de métal. Orel fixait la voûte étoilée et désignait par l'esprit à Dorian les points les plus larges pour que notre nef puisse passer.

 

Au bout d'environ une demie heure, la nef se mit à protester. Nous avions presque atteint l'autre côté de la barrière de vaisseaux.

 

C'était un véritable mur de citadelles de métal, de villes flottantes d'une taille infinie. Et il me faut avouer que sans la foi et la force de prescience de nos amis êtres de lumière, nous aurions mis des heures à croiser par delà ce lieu.

 

Il vous faut savoir que les couloirs galactiques s'étirent dans l’espace en de fins filaments et que lorsque ces filaments en rejoignent d'autres, il existe plus d'espace, donc un plus grand nombre de vaisseaux. Ensuite, à l'entrée d'un nouveau couloir, le passage se resserre, donc les vaisseaux doivent quelquefois attendre, lorsque le trafic à cet endroit est dense.

 

Il est cependant rare que de tels encombrements se produisent, car les Grands Êtres veillent toujours à maintenir les couloirs galactiques à une taille appropriée suivant le nombre de vaisseaux et les saisons.

 

Lorsque la saison commerciale est à son plein essor, les couloirs s'agrandissent et lorsque le flot de voyageurs est moindre, ils diminuent pour ne pas trop tirer sur la trame interstellaire.

 

Parfois, les grands contrôleurs du ciel, aspirent les plus gros navires, pour les placer en un lieu plus sûr, lorsqu'il y a danger, afin de laisser passer les navires plus petits et plus rapides. Puis, ils les remettent en place lorsqu'il n'y a plus de danger.

Sans ces actions, le flot de circulation stellaire pourrait être complètement entravé. Il est certains bâtiments qui ne peuvent demeurer à l'arrêt plus d'une période lunaire, autrement, la régénération en atmosphère ne se fait plus. Le flot de particules d'hydrogène nouvelles dans les réacteurs se tarit et les chaudières s'arrêtent.

Nos vaisseaux ne sont heureusement pas de ce type, ils sont complètement autogènes et les anciens restés sur notre monde suivent toutes nos aventures avec soin. Si la mission tourne mal, ils nous envoient aussitôt une équipe de secours.

 

Voilà pourquoi, l'entraide spatiale est importante. Sur toutes les planètes amies que nos anciens connaissent, il existe des équipes dévouées prêtes à venir en aide à tout navire en difficultés. C'est nécessaire afin de se rendre rapidement sur place.

 

Sur notre planète, nous agissons de même lorsqu’un croiseur est en fâcheuse posture.

 

Cette entraide est gracieuse et normale pour les nôtres, elle permet que chacun se sente à l'aise dans l'espace.

 

Au bout d'un certain nombre d’heures, nous avons enfin pu entrer dans le couloir galactique d'accélération. Nous avons bondi avec aisance dans le supra, Erazel activant la translation dimensionnelle à point nommé.

 

Fatigué de ma journée, je m'endormis et fis des rêves sereins. Je m’éveillais au matin, parfaitement reposé.

 

Les enfants chahutaient gaiement en bombardant Amoni de coussins, Dorian se joignit à leurs jeux. J'eus droit moi aussi à quelques coussins, Erazel s'amusa à pourchasser le petit Nerti, toujours espiègle. Elle courait extrêmement vite pour son âge, chose remarquable.

 

  • Le fait de savoir toujours rire est le signe que l'âge jeune véritable est présent bien enfoui en nous, et qu'il se manifeste, mon ami, dit-elle à Orel. Le véritable sagesse et de savoir trouver à rire de tout, en toute circonstance fâcheuse, sans s'appesantir sur les événements

     

  • Cela est bien vrai, fit Orel en fixant Dorian qui jouait avec les enfants. Il est pourtant si vieux ! Il devrait avoir des cheveux blancs maintenant !!!

     

Chacun de nous a longuement ri de cette déclaration.

 

Nous avions croisé loin, vraiment très loin de notre position. Comme Erazel l'avait prédit, il nous a fallu encore trois jours de vol, pour gagner le point d’émersion le plus proche, puis six autre jours pour revenir par le petit raccourci.

 

Au cours de ce temps de vol, nous avons réalisé que vraiment, l'espace était d'une taille gigantesque.

 

En ce quadrant, où nous nous trouvions, il n'était que peu de mondes.

 

Erazel, en soirée, nous a prédit une panne. En effet, le vaisseau protestait lors de certains changements de trajectoire et il nous a fallu rétrocéder. Nous nous sommes posés sur un astéroïde assez vaste garni de beaux cratères et de vallées chargées de givre.

 

Très impressionnable, le petit Zilner ne pouvait détacher les yeux de ce panorama baigné de nuit. Il était empli d'effroi et d'émerveillement en même temps à la vue de ce monde premier.

 

Erazel vint auprès de lui pour le rassurer.

 

  • Pourquoi tout est si noir ? questionna le petit alien avec un ton attristé

  • Il en est ainsi parce que ce monde est en dormance, ensuite, lorsqu'il aura effectué suffisamment de rotations, sa masse va augmenter, l'atmosphère va commencer à apparaître par sublimation de la couche gelée, et avec elle la lumière. Plus un monde est entouré d'une atmosphère dense, plus il peut transformer les rayons de son étoile en lumière vivante, facilement absorbable par les êtres vivants. Une fois que l’astéroïde aura bien grandi, il deviendra une belle lune sphérique et alors, il sera protégé par la Grande Convention sur l'émergence de nouveaux mondes.

  • Pourquoi tous les astéroïdes ne sont pas protégés ? demanda le jeune alien

  • Parce qu'ils sont aussi un problème, il y en a parfois trop et cela encombrerait les routes spatiales, alors, les mineurs les exploitent. Il doit exister un équilibre entre le nombre d'astéroïdes, le nombre de croiseurs en transit et le nombre de planètes viables.

  • Les mineurs savent-ils que les anciens peuvent constituer de la matière métallique à partir de leur esprit ? demanda le jeune être

  • Cher petit cœur, ils le savent, mais ne le croient point. Toi par contre tu sais que cela est possible, c'est ce qui compte. Pour un être avide, il est difficile de se représenter l'immense désintéressement, le renoncement des anciens et leur amour à rendre service. Nous allons commencer les réparations expliqua Erazel. La distorsion de notre ami est vacillante

     

Et il en fut donc ainsi, tout le jour durant, Erazel et Orel s'affairèrent dans la soute, à remédier à la défaillance de notre engin. Dorian se leva de temps à autres pour apporter son aide, mais resta à lire et à méditer avec les enfants. Amoni, en père attentif, était en train de lire un récit à Nerti. Je me plongeais dans un très gros volume avec une joie infinie. Puis, en soirée, Dorian me permit d'avoir un échange télépathique avec lui.

 

Comment décrire cela ? Il vous faut imaginer une inoubliable transe bénéfique qui vous saisit entièrement et vous fait réaliser que la vie est un cadeau infini, parfait.

 

Il me montra comment il avait longuement voyagé dans l'espace, à la recherche de planètes comportant des espèces végétales rarissimes, puis ensuite, avec son père et ses frères et sœurs, êtres de lumière je le vis rejoindre les équipes galactiques au service des missions en difficulté. Il s'agissait de secourir des équipages entiers, des familles. Les interventions des êtres de lumière étaient un mélange d'opportunité, de justesse, d'infinie générosité et de modestie absolue.

 

Je vis un superbe vaisseau abritant plusieurs bulles de vie planctonique, d'algues et de plantes à fleurs. La grande verrière et les parements déflecteurs avaient été endommagés et des êtres rampaient avec vaillance sur les parois pour y poser des panneaux blindés neufs. Certains étaient aspirés dans l'espace. Une vaste lumière éclaira la scène et les pauvres êtres tournoyant dans l'espace furent secourus par un navire argenté gigantesque. Avec une audace merveilleuse le vaisseau argenté s'approcha en douceur et s'accola contre le vaisseau endommagé de telle sorte que la brèche soit colmatée le plus possible.

 

Ravis et hésitants les petits techniciens habiles purent mettre en place les panneaux de secours sans danger.

 

Ensuite, la délégation d'êtres de lumière s'avança dans la grande serre en piteux état et y disposa des cristaux réénergisants. Chaque plante exposée au vide stellaire se redressa alors fièrement et reprit ses couleurs d'origine. Les êtres présents, humanoïdes et aliens, fondirent en larmes et murmurèrent des prières.

 

Puis, avec simplicité, les êtres de lumière se retirèrent en ayant pris soin, de manière discrète, de renforcer la verrière du vaste navire.

 

  • C'était l'une de mes premières missions, précisa Dorian.

     

Il me montra ensuite un très petit alien presque entièrement gelé. Dorian tremblait de froid en retirant le scaphandre du pauvre être inanimé. Son père était à ses côtés. Dorian prit dans la sienne la main glaciale du petite spationaute complètement pétrifié. Il hésitait, mais son père lui fit un signe affirmatif. Je vis ses pensées et comprit qu'il songeait être incapable de sauver cet explorateur. Une lumière hésitante se produisit au niveau de la main de l'alien.

 

  • C'est très bien fit la haute silhouette de son père. Avec foi, continue.

     

Et Dorian continua, durant plusieurs minutes à masser les mains, les poignets et le cou du malheureux. Hélas, l'alien ne bougeait toujours pas.

 

  • Félicitations à toi, tu as réussi ! assura son père d'une voix joyeuse

  • Mais cet être est complètement rigorifié !

  • Sa conscience est revenue se poser en son esprit, les experts vont le réchauffer sous une lampe spéciale, tu as fait le plus ardu. Il se réveillera dans quelques jours

     

Dorian fixait sans le comprendre le frêle alien au corps inerte. Des soigneurs vinrent et lui ôtèrent ses habits, puis le placèrent sous une lumière ionisée très chaude et très douce, ils le couvrirent ensuite d'un duvet. Des écrans montraient l'intérieur de son corps. Dorian était saisi de pitié car l'être était extrêmement maigre.

  • Ce n'est qu'une apparence, fit son père, sa santé est excellente. Regardes mieux.

     

Il s'approcha et observa, un écran, où en effet, une zone lumineuse de la taille d'une petite noix gagnait en intensité. La zone devint plus vive et forma comme les ramifications des racines des plantes.

 

Dorian était saisi d'émerveillement, finalement, tout le réseau énergétique du petit être s’illumina, son visage reprit des couleurs et sa circulation sanguine se remit en route.

 

  • Qu'en est-il des dommages du système mémoriel, neuronal ? De l'absence de nutriments apportés au cerveau, aux organes ?

  • Les aliens de ce peuple sont très bien adaptés au vide spatial. Lorsqu'ils ne restent pas exposés trop longtemps, on peut les rétablir sans lésions. Les relais énergétiques et la circulation du plasma prennent le pas sur l'activité sanguine, lorsqu'il n'existe plus d'air, expliqua son père. C'est un jeune, de plus, il se remettra.

 

J'ouvris les yeux tout à fait ravi de cette vision.

 

  • Ce qui m'a frappé, poursuivit Dorian en mon esprit, c'est le corollaire, la ressemblance extraordinaire entre l'intérieur de cet être et les cartes stellaires. Le réseau lumineux qui le compose ressemble de manière frappante aux couloirs galactiques !

     

J'en convins avec joie, et exposais à mon ami, que les Ilstirr, et nos deux petits compagnons, Nerti et Zilner étaient en vérité presque semblables à l'être qu'il avait entrevu.

 

 

Nous avons poursuivi nos activités jusqu'au soir. Finalement, Erazel, satisfaite des réparations, est remontée vers le poste de pilotage, et a rangé un certain nombre d'outils à leur place.

 

Notre repas fut allègre, certains que nous étions de pouvoir repartir dès le lendemain.

 

  • Vraiment, votre capacité à ressentir la panne future de ce croiseur est admirable, s'extasia Orel

  • C'est une joie mon ami, philosopha Erazel, depuis le temps que nous nous connaissons...

     

Le vaisseau à cette occasion, émit un son grave et mélodieux pour manifester son assentiment.

 

Nous avons fait là un excellent repas, puis sommes allés nous coucher.

 

Le matin venu, le petit Zilner, comme à son habitude, était toujours fasciné par le hublot. Il était très désireux, expliqua t-il d'explorer la surface gelée de l'astre.

Erazel voulait céder à l'envie des enfants, mais ce lieu ne lui inspirait guère confiance. Même si nous avions regagné plusieurs journées d'avance, il n'était pas question de s'y aventurer.

 

  • Par contre, nous le survolerons, expliqua-elle.

  • Pourquoi ne pas y aller ? demanda le petit Nerti d'un ton chagrin

  • Pour les mêmes raisons que la dernière fois. Il existe en ce lieu des formes de vie guère amicales, elles te feraient bien du mal

     

En effet, Erazel fit planer le petit vaisseau et montra une cime. Pas de doute, des animaux évoluaient en ce secteur. Il s'agissait d'un mélange entre des ours laineux, des lézards et des singes.

 

  • Tu crois vraiment qu'ils sont hostiles ? demanda Nerti

  • Oui, ils sont affamés et peinent à survivre en ce lieu. Un petit alien ferait un très bon déjeuner pour eux. Ils dorment dans des cavernes la nuit et ressortent le jour. Ils se nourrissent des créatures qui vivent en ce lac gelé. Ils doivent creuser la glace pour se nourrir, expliqua Erazel. Ce n'est pas une existence très reposante.

     

Le jeune Nerti acquiesça d'un ton chagrin. Les enfants aimaient beaucoup découvrir de nouveaux animaux, et entrevoir des bêtes féroces leur était peu coutumier. Sur mon monde la plupart des animaux sont paisibles et d'un naturel accueillant.

 

Sûrs et certains d'avoir fait là le bon choix, notre équipage s'envola vers l'espace, à ce moment très précis, une aube hésitante teinta l'astéroïde de voiles dorés hésitants. C'était un très bon présage.

 

La sage Erazel accéléra en vitesse de phase et notre nef entra dans le supra en peu de temps.

Notre destination approchait. En soirée, nous étions enfin arrivés au point d'émersion le plus proche. Erazel a enclenché la communication dans son transpondeur, et nous sommes enfin revenus chez nous.

 

Notre belle étoile dorée nous saluait, et nous nous sentions euphoriques !!!

 

Peu avant de fouler le sol de notre monde émeraude, nous devions faire étape sur monde de Norgaa habité par les sages Kolals.

 

C'était un monde bien différent du nôtre. Rien que des dômes de lave à perte de vue, des guyots et des plaines d'obsidienne.

 

Mais le frère d'Amoni, le sage Esvar et sa famille nous attendaient et ils avaient une surprise pour nous.

 

Notre nef a plané vers une petite planète bleu pâle chargée de fins nuages et veinées de régions plus sombres.

 

Un bip a retenti dans le communicateur avec un ensemble de coordonnées pour nous poser. Le vaisseau a décéléré et est passé en vitesse orbitale, puis, nous avons ressenti une légère secousse, il existait des champs magnétiques perturbateurs.

 

Erazel a plongé presque en piqué, puis une profonde vallée brune faiblement éclairée s'est ouverte sous notre trajectoire. Elle se terminait au bout par un petit dôme blanc très clair pourvu d'éclairages chaleureux.

 

Fasciné par ce décor le jeune Zilner ne disait mot.

 

Notre nef s'est immobilisée au dessus d'une plate forme, puis s'est posée. La plate forme a commencé à descendre avec grâce, nous avons abouti à un puits souterrain doré bien éclairé.

 

Je suis sorti de la nef, avec mes compagnons. Esvar en personne est venu nous accueillir. Il était encore plus grand qu'Amoni !

 

Les deux frères se sont étreints avec bonheur. Esvar était d'un naturel souriant et très expansif, contrairement à mon ami réservé.

 

Comme c'était amusant de les voir ensemble !

 

Erazel lui a offert un lot de moisissures fraîchement apprêtées en signe de remerciement.

  • Qu'elles sont magnifiques ! Félicitations ! fit Esvar l’œil ravi. Voici ma chère épouse Minvela, dit-il en montrant une très grande alien aux yeux noirs brillants et au teint bleu azuré superbe

  • Soyez tous les très bienvenus amis voyageurs, dit-elle en langage commun avec hésitations. Merci vraiment pour ce cadeau !

 

Cette dame alien avait un peu de mal avec certaines syllabes, mais ses yeux luisants de joie en disaient bien plus long que ses mots et nous avons suivi nos hôtes avec bonheur.

 

Nous sommes parvenus en une enfilade de couloirs blanc crème. Le décor était sobre et raffiné, des verrières transparentes montraient des algues soyeuses richement illuminées.

 

Esvar nous fit entrer dans une pièce extraordinaire, entièrement circulaire, puis une deuxième, ronde également. Tout était harmonieusement intégré au décor. Les parements étaient blancs avec un mobilier en bois chaleureux visible sur au moins cinquante mètres. On eut dit tout simplement un très vaste restaurant.

  • C'est la salle de restauration, en effet, mais ce salon est réservé à la méditation également, fit-il en nous montrant une table garnie de bons fauteuils.

     

Chacun y prit place, le petit Zilner absolument fasciné par la plaine sépulcrale et les cratères visibles au loin en une perspective imprenable. Erazel nous présenta tous, de même qu'Amoni, qui présenta ses neveux, deux jeunes aliens au teint bleuté et au visage curieux. Ils s'installèrent tout naturellement auprès de Nerti et Zilner. Les enfants commencèrent à parler entre eux, et l'un des petits aliens bleutés se tourna vers Esvar en lui murmurant quelque chose.

  • Oui, bien sûr, fit celui-ci avec chaleur, tu peux les emmener voir la cité. Nous nous retrouvons pour dîner.

Minvela embrassa ses enfants et chacun y vit là toute la bonté réconfortante d'une mère.

 

  • N'allez pas trop loin, prévint Amoni, et soyez prudents, fit-il en se tournant vers Nerti

  • Nous allons aller voir des plantes, exposa le petit alien, ce qui eut le don de me plonger dans l'allégresse

 

Amoni parut rassuré. Les plantes, contrairement aux ours des neiges terrifiants que nous avions entraperçu les jours d'avant, étaient à priori parfaitement inoffensives.

 

Nous avons continué à deviser avec Esvar et Minvela, tous deux étaient agréablement bavards, sans affectation, et se réjouissaient du succès de notre mission. Ils étaient de même très favorablement impressionnés de la présence de nos deux amis Orel et Dorian.

 

Ils se levèrent et nous invitèrent à les suivre, pour le dîner. Nous avons marché dans une enfilade de couloirs dorés, garnis d'alcôves, de niches et de statues avec des tapis moelleux. Puis nous sommes parvenus à un balcon, plongeant sur une perspective vertigineuse. Toute une cité gigantesque s’étendait sous nos pieds. Des myriades de tourelles, de parapets, de petites demeures ornées de frises étaient visibles. Chaque habitant avait décoré sa maison de motifs floraux et géométriques d'une beauté exquise.

 

L'ensemble flottait dans une sorte de brume multicolore et paraissait pour ainsi dire hors du temps. Des éclairages dorés et rosés baignaient cette scène chaleureuse. Nous sommes descendus à notre tour par un grand élévateur, en réalité une sorte de plateau coiffé d'une verrière, et l'air nous a paru délicieusement tiède. Des jardins à perte de vue étaient visibles sur les hauteurs et des plantes parvenaient même à pousser au ras des parois humides, en forment d'immenses cascades de feuillages orangés, rosés, verts, ou mauves. C'était une symphonie florale à couper le souffle et bien sûr, nous ne pouvions plus parler tant nous étions saisi par la magnificence de ce lieu.

 

Un Esvar tout à fait ravi de son effet se tourna vers nous.

  • C'est ma chère épouse qui a crée ce petit paradis, dit-il en fixant la belle apparition rosissante

  • C'est absolument parfait... je n'ai pas de mots, bégaya Amoni

  • Ces tours sont d'un coloris admirable, et si bien entourées de verdure ! m'extasiais-je face à la vue des demeures couronnées de mousses et de fougères.

Nous avons continué notre visite, des aliens nombreux s'affairaient aux plantations, de sages Kolals mais aussi des Ilstirr, des Galmols et d'autres peuples stellaires.

 

Tout en bas de la citadelle, se dressait un vaste ensemble de grandioses fontaines, avec des panaches d'eau qui s'élevaient en fines gouttelettes. Des éclairages arc en ciel splendides y créaient là les formes les plus agréables qui soient à l’œil.

 

Je marchais avec bonheur sur un sol humide pourvu d'une herbe émeraude en pleine santé.

 

Nous avons retrouvé les enfants près d'une tonnelle, ils nous y attendaient l'air ravi, je compris que la ravissante Minvela savait communier par télépathie avec ses deux enfants.

 

  • Ainsi, vous avez voyagé dans l'espace, voilà qui n'est pas ordinaire pour de si jeunes êtres ! s'extasia Esvar.

Tout en parlant, il s'approcha du petit Nerti et le fit asseoir auprès de lui

  • Et vous, avez-vous été dans l'espace ? demanda le jeune alien curieux

  • Absolument, de très nombreuses fois, il a fallu le faire pour amener de nouveaux matériaux de construction. Les êtres de lumière nous ont aussi beaucoup aidé à créer tout ce qu'il y a ici, et à implanter des grands cristaux pour générer de la chaleur et de la lumière. Cela est indispensable à la croissance des plantes.

     

Esvar se leva et revint en poussant un chariot garni de très nombreux plats qu'ils avaient cuisinés eux mêmes, lui, son épouse et ses deux enfants, spécialement à notre intention.

Les deux adorables petits aliens bleutés disposèrent les plats sur la table et chacun put se servir à sa convenance.

 

Tout était simple, festif et joyeux. Nous avons goûté là les mets les plus succulents et même des variétés de beignets confectionnés avec des feuilles mortes savamment épicées. Chacun de nous a pleinement apprécié ce moment. J'étais comblé de voir l'entente qui régnait entre mon ami Amoni et son frère Esvar, qui possédait un art absolu pour conter des histoires.

 

Les enfants écoutaient avec soin les paroles de leur oncle, et lentement un lien nouveau se tissait entre eux.

 

Nerti et Zilner étaient ravis de la compagnie de ces deux petits aliens bleutés, pourtant bien différents de leur allure.

 

Lorsque le matin venu, il fut temps de partir, les enfants versèrent beaucoup de larmes.

 

  • Allons soyez apaisés, fit le sage Amoni, je vous promets que l'on se reverra. Vous êtes naturellement invités pour la grande exposition de mycologie qui aura lieu la semaine prochaine. Il y aura un grand buffet, et alors, vous resterez quelques jours.

  • Avec le plus grand plaisir, assura Esvar. Mon travail m'a tenu éloigné trop longtemps de ceux qui me sont chers. Nous viendrons, dit-il en embrassant son frère

 

Alors, notre nef a décollé vers l'éclat chaleureux de notre soleil. Loin sur l'horizon, une minuscule sphère vert émeraude était visible.

 

Notre monde nous appelait !!!

 

La nef prit de la vitesse et Erazel, en experte du pilotage, fit jaillir notre transport à une allure grisante. La belle verte grossissait par la baie vitrée. Je me mis à pleurer de joie, de même que tous mes compagnons.

 

Nous étions de retour chez nous, après si longtemps !

 

Erazel nous fixa tous et prononça quelques mots.

 

  • A vous, amis stellaires du dessus, a vous aussi, grands ancêtres sages. Grâce vous soit rendue de nous permettre de revoir notre sphère. Nous sommes honorés de cette grâce. Nous vous envoyons nos plus grandes pensées de gratitude, d'amour et de joie, pour ce voyage inouï que vous nous avez permis de vivre. Nous sommes honorés de votre confiance à vous, les Grands Semeurs du Ciel.

     

Il me sembla voir un court instant un très grand être vénérable éthéré assis posément, qui poussait un soupir de contentement agréable. L'être était assis en une clairière et d'autres êtres, plus petits, faisaient cercle et pouvaient communier directement avec lui. Parmi eux, se trouvait mon grand-père.

 

Je souris intérieurement en pensant à la connivence étroite qu’entretenait mon sage ancêtre avec de si brillantes intelligences, des êtres aussi âgés !

 

J'ai été plus qu'heureux de conter la fin de ce voyage, et je vous remercie très vivement de l'avoir suivi,

 

Votre ami, le professeur Zolmirel

 

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Francoise 15/06/2019 22:03

J'ai trouvé ce récit fantastique, et ces êtres sont merveilleux. Si je comprends bien , les routes dans l espace sont comme notre réseau routier, jamais je n'aurais imaginé cela.
Merci Aurelia de partager tout ceci.