Les petits oubliés (5/5)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Les petits oubliés (5/5)

Message du Guérisseur Lestrys (suite et fin)

 

 

 

Ensuite, la musique reprit. Chacun se trouva être au sommet du bonheur. Je sentais une brillance, une chaleur étonnante habiter mon cœur. Lokhaïl entourait le plus proche des enfants, il embrassa son visage sillonné de marques lumineuses. Le petit être sembla s'illuminer de plus en plus, de même que tous les rescapés. Ils souriaient tous largement, puis, ils s'assoupirent.

 

Les êtres de l'intérieur avaient prévu cela. Ils firent flotter leurs corps sur des lits flottants spéciaux et les reconduisirent en leurs quartiers.

 

  • Il est normal qu'il en soit ainsi, exposa Célia d'un air rassurant. Leur guérison a dû faire un grand bond vers le haut. C'est comme de libérer des verrous obscurs, pour ouvrir en eux une grande porte lumineuse, mais cette porte leur est inconnue. Il leur faut un peu de temps pour oser l'explorer.

     

Chacun était assez bouleversé. Les êtres de lumière nous expliquèrent que tous les convalescents allaient le mieux du monde. Ensuite, nous avons profité de l'excellent festin en discourant allègrement.

 

Nos conversations se poursuivirent fort tard. En convive allègre, Panresu raconta de plaisantes histoires, à propos d'un mur qu'il avait traversé par inadvertance, alors qu'il portait une imposante corbeille de linge frais. Chacun s'esclaffa. Il avait bien changé.

 

 

Nous nous sommes retirés bien tard. Derryl nous mena à des appartements agréables. Je contemplais le clair obscur du jour déclinant. Il ne fait jamais vraiment nuit en cette contrée, juste un mélange entre le crépuscule et l'aube.

Avec Célia, nous nous sommes étendus paisiblement en une chambre aux murs soleil, et nuancés de rosé. Des cadres représentaient des photos de fleurs et de montagnes éblouissantes de beauté.

 

Le sommeil m'emporta en peu de temps. Je m'échappais hors de mon corps.

 

Alors, je vis celui qui avait occupé mes pensées toute la soirée, un peu déconfit de n'avoir pu converser plus avant avec Oktos.

 

Il était assis en une grotte aux parois claires et tentait de mettre en route un réchaud poussif, pour préparer une boisson tiède. Je pris place près de lui.

 

  • Toujours suis-je perdu en ce lieu, mon ami, avoua-t-il. Tant de forfaitures ais-je pu commettre autrefois, sur la vie de petits innocents.

  • Vous avez cloné des « suivants », comme l'ordre de votre monde l'exigeait, répondis-je posément. Des milliers de petits serviteurs soumis et dociles.

  • A l'ego fracturé, fragmenté, inconsistant.

  • Les clones devaient être ainsi, incapables de penser par eux-mêmes et craintifs. Il en était aussi de la sorte sur mon monde, répondis-je. Il vous faut accepter cela pour sortir de cet endroit, qui est une prison de l'esprit. Autrefois, vous avez mal agi, par ignorance, par confiance en l'ordre immuable établi. Vous pouvez à présent bien agir. Vous pouvez gravir les pentes d'une montagne nouvelle, accéder à la guérison. Puis ensuite, vous pourrez mettre au service de tous vos connaissances. Vous connaissez la physiologie des gris, des clones, votre venue ici n'est nullement le fruit du hasard.

 

Le visage de Oktos parut bien surpris de ces propos. Je poursuivis :

 

  • Vous pouvez défaire ce qui a été mal fait, en réparant les erreurs du passé, de vos ancêtres.

  • Les nôtres n'avons point d'ancêtres, nous sommes recrées à l'identique, abrités en ces corps artificiels qui ne dépérissent que fort lentement.

  • Je me comprends, répondis-je.

 

Alors, la scène changea. Nous nous trouvions assis au milieu d'un champ de fleurs estival, sur un sommet peu élevé. Le soleil déclinait sur l'horizon, projetant une belle lueur rosée alentours.

 

  • Vous pouvez tout changer, assurais-je. Vos connaissances sont une chance inouïe de progresser. Nous pourrions bien mieux détecter les rescapés dans les cavernes. Grâce à vous, ils pourraient être secourus bien plus rapidement. Vous êtes celui qui fait le lien, entre le monde des gris vacillant et avide de technologies qui n'en a plus pour longtemps, et l'entité mère de demain.

  • Vous aussi, vous l'avez ressentie ? émit Oktos avec un vif effroi.

  • Il est normal qu'il en soit ainsi, lui répondis-je avec foi. Les gris rescapés développent ici également ce lien de l'esprit avec leurs frères. Ils le développent dans l'autre sens, celui de l'illumination de leurs êtres, de la guérison, du partage. Le petit Lokhaïl a été très ému de vous retrouver.

  • C'est un enfant des plus attachants, assura Oktos.

  • Autrefois, il était lui aussi un suivant, un petit serviteur dénué d'importance à priori. Il a su dépasser tous les possibles préinscrits pour son espèce. C'est un enfant empli de joie, qui s'étonne de tout, et possède un cœur très grand.

  • Le petit Stency vous regarde comme si vous étiez son père, émit Oktos avec difficultés.

  • C'est vrai, déclarais-je. Cela ne devrait pas être pour les nôtres, n'est il pas ? lui dis-je avec amusement. Vous avez le droit aussi de recevoir pareille grâce. Vous êtes très important pour ces trois petits. Il est bien certain qu'ils vous contemplent de même.

 

Oktos médita ces paroles, puis, un peu hésitant, il se leva.

 

La scène changea d'un seul coup. Nous nous sommes retrouvés au sommet d'une colline avec de la végétation herbeuse parmi les fleurs. Il se retourna vers moi, et avança vers le soleil déclinant. Trois petits êtres bondissants vinrent à sa rencontre et l'étreignirent. Il avait trouvé lui aussi une famille.

 

J'entrais dans un sommeil des plus douillets, comblé de cette vision bienheureuse. C'était une étape de franchie, et elle m'apparaissait essentielle. Même si tout cela n'était qu'un songe, il m'apparut clairement que Oktos et moi avions conservé intact ce lien de l'esprit.

 

Je vous souhaite à tous de vivre cette connivence absolue avec ceux que vous aimez, vos proches, vos animaux, et votre nature. Toute vie en essence est reliée. Nous sommes heureux d'être avec vous, chers amis de la surface, de purifier, vos eaux, vos forêts, vos vies, autant que faire se peut. Notre aide vous est allouée, nous resterons avec vous pour vous aider, jusqu'à ce que le moment soit venu, que tout change. Nous vous protégeons et vous aimons.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes : 

 

 

 

 

 

 

 

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P
Vraiment magnifique ! Merci.
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