La descente dans le monde intérieur (3/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

La descente dans le monde intérieur (3/4)

Message du Professeur Zolmirel

 

 

Le vaisseau allait vers le Nord, vers les régions des vents et du froid intense. Les arbres se muèrent en petits bouquets de pins géants serrés, grimpant audacieusement sur les sommets les plus escarpés. Zilner fixait la montagne humide très haut au dessus d'eux, surmontée d'épais nuages gris ardoise.

 

Il ne tarda pas à pleuvoir et les enfants s'écartèrent instinctivement des parois du vaisseau.

  • Du calme, exposa le sage Zablinsk, je vous promets que l'endroit où nous allons sera bien sec.

 

Le vaisseau prend encore de l'altitude. Hestia aux commandes commence à fatiguer, elle échange son siège avec celui de Zablinsk. Le vent se lève et rend l’atterrissage plutôt difficile. Mais un son résonne sur le transpondeur, l'alien en charge des opérations au sol a repéré le vaisseau.

 

Le navire s'élève alors docilement à la verticale, le long de la paroi. Il traverse un véritable mur d'eau et de vapeur. Aussitôt les turbulences cessent. Nerti et Zilner voient sous leurs yeux la plus gigantesque montagne qui puisse être.

  • Ce sommet fait 40 000 mètres. Nous n'irons qu'à 30 000 mètres. L'air est raréfié, mais le bâtiment est conditionné pour protéger les visiteurs. Vous pourrez vous exposer pendant quelques minutes à l'air d'altitude, il est chargé de hautes énergies et vous fera un très grand bien, mes enfants.

  • Allons-nous pouvoir respirer ? demande le petit Zilner.

  • Oui, les nôtres sommes naturellement très bien adaptés à une atmosphère rare. Vous allez respirer moins d'air et bien davantage de corpuscules de lumière, d'éther, si vous préférez.

  • Qu'est ce que l'éther ? demande le petit Nerti.

  • Ce pourquoi nous sommes ici. Ce qui guérit les corps. Ce qui permet aux enfants de devenir... autres.

 

Face à ces paroles mystérieuses, les enfants s'apaisent. Nerti et Zilner sont fascinés par la haute aiguille de pierre, qui n'en finit pas de grandir face à leurs regards. Le panorama grandiose est toujours masqué par un brouillard omniprésent. Sans que rien ne le laisse présager, le vaisseau s'arrête de monter et avance avec une fluidité parfaite vers un endroit magnifique.

 

Un très beau débarcadère est visible, avec un petit chapiteau arrondi de pierre blanche, finement ciselé dans la pierre, suivi d'un petit couloir brillamment éclairé. Le sol bleuté est magnifique, tout comme les plantes, agréablement épanouies, qui bordent l'entrée. Les enfants sont environnés de brumes blanches, où que porte leur regard. Ils poussent les petits lits abritant les blessés. Pour une raison inconnue, chacun d'entre eux est éveillé. Nerti et Zilner suivent le sage Zablinsk, en poussant le lit flottant de la petite alien au teint rosé. Ils aboutissent à un haut couloir de pierre beige arrondi et parfaitement propre. Une haute silhouette encapuchonnée vêtue d'une tunique safran vient à leur rencontre et s'incline. Ils reconnaissent le visage d'un homme au teint bronzé agréable, étrangement luminescent.

«  Votre amie sera soignée », expose l'homme par la pensée avec une immense douceur.

 

Puis, l'homme prend le lit de la petite alien et entre dans une pièce un peu en retrait. Nerti et Zilner demeurent interdits, ils sont autorisés à déambuler dans tout l'édifice. Ils observent alentours. D'autres salles similaires sont visibles, avec des soigneurs qui se penchent sur les enfants meurtris. Des murmures jaillissent et une lumière intense tombe du plafond de chaque salle souterraine.

Nerti et Zilner approchent d'une salle où est étendu un petit alien au corps bleu pâle. À l'emplacement de sa jambe absente, un réseau énergétique brillant palpite. Une femme de lumière rousse aux habits argentés, murmure des paroles et le réseau cristallin se stabilise. Les enfants ne peuvent communiquer avec le petit blessé, mais son visage exprime un intense bien être.

 

Nerti et Zilner marchent dans le grand temple, assistant à d'autres scènes de guérison à priori impossibles. Un peu abasourdis, ils croisent une alien au teint rubis, illuminée d'une belle lueur rouge chaleureuse. Devant eux, une petite prairie est visible, avec à l'horizon, les terres lointaines, qui émergent loin, très loin. C'est une vision presque impossible, et pourtant, ils sont là, au sommet de leur monde. Devant eux, un homme très âgé portant une barbe blanche lumineuse est penché sur une femme déformée par la vieillesse, au corps ratatiné par l'âge. Peu à peu, la femme change d'allure, son corps se détend, s'étirant agréablement. Elle se relève lentement, puis, parvient à se tenir parfaitement droite. Elle a l'air d’avoir une cinquantaine d'années à présent. Son visage est inondé d'une sérénité indescriptible. Elle s'incline bien bas et murmure des remerciements, puis s'éloigne.

 

L'homme sage est toujours assis et fixe les enfants.

 

  • Approchez donc, petits venus de loin, et asseyez-vous, leur propose-t-il en riant.

  • Merci, mais nous sommes en bonne santé, expose craintivement le petit Nerti.

  • Vous avez vécu bien des choses périlleuses en votre jeune âge, explique l'homme. Vous êtes les descendants tout illuminés d'un monde qui se meurt. Vous êtes l'exception, celle par laquelle tout prendra sens.

  • Pourquoi dites-vous cela ? Nous ne sommes que des enfants, répond le petit Nerti en s'asseyant d'un air intrigué.

  • Personne ne reste continuellement un enfant, assure l'homme posément.

  • Nous si. Nous avons presque atteint notre taille nominale. Les clones restent toujours petits et enfantins, cela est ainsi encodé en nous, assure paisiblement Nerti.

  • En effet, c'est très juste. Mais vous êtes animés d'une si grande, si belle énergie. Je la sens, rayonnante et magnifique. Vous êtes des êtres énergétiques. Vous vous trouvez précisément en ce lieu, celui de la guérison, de la transformation aussi. Votre monde d'origine est un monde glacé, technologique, sans âme. Vous avez eu la chance d'émerger sur une planète de lumière et vos potentiels originels ont cru de manière hautement improbable, mais tellement merveilleuse. Vous êtes ceux par lesquels tout pourra changer. Vous avez déjà amorcé ce changement dans l'esprit ds vos frères prisonniers, dans l'esprit des chercheurs Gzokis de Thamnoth...

  • Comment ? demande Zilner d'une petite voix, surpris que le sage soit si bien informé de leurs séances de transcommunications inter-mondes avec le sage Zablinsk.

  • Par la pensée. Vos frères ont vu votre monde, ils ont vu qu'une autre manière de vivre était possible, était souhaitable. Ils ont vu l'amour, l'harmonie, la beauté. Ils ont vu à quel point votre famille vous choyait. Vos parents peuvent être fiers de vous avoir, exposa le sage.

  • Nous avons perdu notre mère, voici bien longtemps, expose Nerti tristement, et notre père est seul pour veiller sur nous.

  • En es-tu bien sûr mon enfant ? Rien ne reste longtemps figé, murmure le sage.

  • Nous aimerions bien que notre père trouve une moitié, mais cela ne s'est pas encore produit, il ne l'a pas encore reconnue, explique Nerti. Mais le professeur Zolmirel qui veille aussi sur nous, a reconnu son « autre ». Il a un compagnon très agréable.

  • Oui, je le vois bien et cela est parfait. Les choses se mettent peu à peu en place, mes chers enfants. Laissez-les s'orchestrer d'elles-mêmes, de la manière la plus divine qui soit, il en résultera un bien immense, assura l'homme vénérable avec un sourire.

  • Cela est-il le pays des jungles du Sud ? interrogea Nerti face à un halo émeraude étincelant visible dans le lointain.

  • C'est bien lui, répond le sage en se levant. Vous pouvez regarder, mais ne vous approchez pas trop près du bord.

 

Les enfants s'approchent à petits pas du panorama grandiose qui se déploie devant eux, presque à l'infini. Le sommet de neiges éternelles de la belle montagne paraît subitement. Les enfants, à sa vue, sont pris d'un intense élan de vertige. Ils observent le bas de la montagne et leur vertige cesse. Ils se trouvent si haut, qu'ils ont l'impression de voler. Nerti et Zilner répriment un frisson, leur tête tinte étrangement. Ils sont quelque peu vacillants et doivent s'en retourner à l'intérieur du temple. Leur tête tourne quelque peu. Ils remercient le sage mystérieux et s'en reviennent vers l'entrée du temple.

 

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