Les profondeurs du monde (1/3)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Les profondeurs du monde (1/3)

Message du Professeur Zolmirel

 

Fait insolite, ce texte s'est interverti avec le précédent, ce qui ne change rien à sa lecture, semble-t-il. Je m'en excuse cependant, car je veille toujours à présenter les messages du professeur dans l'ordre où je les reçois.

Au cours de son si long voyage, le sage Zolmirel reste en contact étroit avec sa famille, grâce à ses merveilleuses facultés télépathiques. Cela lui donne l'occasion également de transmettre des images relatives à la beauté grandiose des endroits qu'il visite. Ce texte est bien sûr accompagné de nombreuses images de paradis souterrains immenses aux coloris très variés. Et les mots semblent bien faibles pour parvenir à seulement approcher en perfection un tel chef d’œuvre minéral.

 

 

Bonjour à tous, je suis le sage Zolmirel, et je viens en ce jour nouveau vous conter la suite de nos aventures, celles de nos chers petits surtout.

 

Nous étions, avec mon ami Zilmis, ainsi que la sage Erazel, partis pour quelque lointain voyage dans les profondeurs de notre monde.

 

C'était, je dois le dire, un fabuleux spectacle. Tout d'abord, notre petit vaisseau emprunta des galeries sans doute annexes, mais au fil de notre progression, celles-ci devinrent de somptueux passages, creusés à la verticale au flanc de la falaise, qui nous dominait de près de 1000 mètres de haut.

 

Nous pouvions voir, très loin au dessus de nous, le surplomb immense qui était faiblement éclairé par la lumière dorée du passage. C'était, vous vous en doutez bien, un fabuleux spectacle. Erazel, aussi posée que d'ordinaire, manifestait une gaieté qui nous transportait tous. J'étais absorbé par la contemplation méditative des parois ocre de notre monde. Le cœur de notre planète se révélait à nous. Les parois du passage fantastique, étaient finement striées, tout au long de notre descente, nous sentions que nous plongions dans des strates géologiques de plus en plus profondes.

 

Désireuse qu'aucun d'entre nous ne manque ce spectacle, Erazel nous laissait venir à l'avant du véhicule, où le vitrage nous permettait de contempler les voûtes lointaines. Le petit vaisseau avançait à une vitesse assez considérable, grâce à la clarté rayonnante, qui se profilait loin devant nous. Anticipant pleinement la présence de quelque roc éventuel, Erazel ralentissait de temps à autres notre trajectoire, juste assez pour négocier chaque passage délicat. Ses talents de presciente étaient plus que jamais nécessaires.

 

Les parois ocre doré, en vinrent à devenir vert pâle, puis vert feuillage. C'était une roche splendide, proche par l'éclat du marbre vert, et j'en fus absolument émerveillé. Sur cette paroi, s'écoulait une petite source, dont l'eau était bleu pâle. Les senseurs du vaisseau nous précisèrent que cette eau était riche en oxyde de cuivre. Et, inévitablement, quelques centaines de mètres plus loin, nous nous sommes retrouvés en une caverne extraordinaire. Les murs, les plafonds de ce passage plus petit, étaient tous en cuivre natif parfaitement pur.

 

Erazel a stoppé le navire et nous sommes descendus pour prendre des clichés de ce lieu magnifique.

Nous avons réalisé que des êtres, autrefois, se trouvaient là. En effet, plus bas, se devinaient des traces de pas régulières, et notre petit vaisseau déboucha soudain dans une très vaste grotte. Sur les parois, on distinguait un gouffre béant, qui plongeait dans les profondeurs. Notre petit groupe recula en réprimant un frisson.

 

Nous avons avisé un bel ensemble de demeures richement sculptées et harmonieusement intégrées à la falaise. Un peu inquiets, nous sommes entrés dans une ancienne citadelle. Un petit pont y menait et nulle lumière n'était visible, derrière les fenêtres gravées de signes anciens. De toute évidence, les habitants de cette belle cité s'en étaient allés. Nous avons exploré les maisons, sans rien découvrir d'autre que quelques vases, que les habitants avaient abandonné là. Un peu perplexes, nous désirions examiner plus avant les lieux, mais nulle source convenable ne coulait à proximité. Toutes les eaux étaient chargées en oxyde de cuivre.

 

Très intrigué, j'observais sur les parois de très belles algues d'un bleu intense. Les habitants avaient sans doute du déserter cette jolie citadelle du fait de la présence de cet oxyde de cuivre. Les cultures avaient du lentement dépérir.

 

Un peu ébranlés, nous avons suivi Erazel qui nous enjoignait sans plus attendre de rejoindre le vaisseau. Nous sommes remontés à bord, un peu soulagés de retrouver l'éclairage chaleureux de la petite cabine.

  • Où nous diriger à présent ? demanda Zilmis, en désignant la caverne plongée dans la pénombre.

  • Juste ici, bien évidemment, fit Erazel d'un air malicieux, en montrant le fond du gouffre insondable.

  • Cela n'est pas sérieux ! protesta mon ami si émotif.

  • Du calme, rien que vous ne deviez craindre, fit notre vénérable ancienne en faisant plonger résolument le vaisseau dans le vide. Les lieux qui paraissent les plus dangereux ne le sont pas forcément. D'autre part, nous savons que la vie pour se perpétuer a besoin de chaleur et de radiance.

 

Notre petit navire descendit à vive allure à une vitesse merveilleusement grisante. Il plana avec aisance, en rebondissant légèrement contre les courants gravitationnels. Erazel survola une superbe cataracte rougeoyante, qui nous plongea dans un vertige intense. Nous pouvions voir juste devant nous, le sillon doré de la lave, dessiner des méandres d'une beauté indicible dans la nuit de ce lieu obscur. Le navire plana à bonne distance d'un très beau lac de lave, puis, Erazel suivit un boyau plus petit, en restant à distance prudente de la zone dangereuse.

 

Nous savions que cet endroit recelait bien du péril, mais le fait de nous trouver si près de la vie même de notre planète nous procurait une joie intense. La lave poursuivait sa route sinueuse, plongeant toujours plus profondément et se mêlant peu à peu à une eau souterraine très froide. Des grondements et des sifflements retentissaient régulièrement. Pour finir, une zone emplie de vapeurs soufrées se dressa devant nous. Erazel ferma toutes les ouïes des systèmes de ventilation et déploya un écran assez épais autour du vaisseau, entouré à présent d'une bulle irisée qui étouffait les sons.

 

Notre descente dura très longuement, le vaisseau fut secoué en tous sens, sans aucune visibilité, Erazel le dirigeait, se fiant à ses sens très développés d'alien. En ce lieu, le feu se mêlait à l'eau. Sans la présence du bouclier, notre navire aurait été frappé de nombreuses projections de lave. Je serrai bien fort la main de Zilmis dans la mienne. Nous nous regardions, avec au fond des yeux la même pensée. Pourquoi donc nous étions-nous lancés dans pareille aventure ?

 

Avisant un lieu plus calme, épargné par la lave, Erazel fit entrer le vaisseau en une galerie adjacente, faiblement visible le long de la paroi. Notre petit esquif, rudement secoué, se posa en une grotte dont le sol gris argenté, était recouvert de cendres volcaniques.

Zilmis sortit du navire en tremblant de tous ses membres, et se laissa tomber sur un rocher.

 

  • Est-ce donc là votre définition d'un voyage plaisant ? protesta-t-il avec quelque effroi. Si les génies qui œuvrent au maintien de ces cavernes veulent encourager le tourisme, ils ont là quelques efforts à accomplir !

  • Ami, nous savions que ce voyage serait périlleux, exposa Erazel avec calme. Les Passeurs ne sont point désireux d'ouvrir les tréfonds intérieurs du monde à tout visiteur. Nous sommes en un lieu sacré, ne l'oubliez pas. Et un tel lieu se mérite.

 

Zilmis réprima quelques frissons, chacun de nous s'employa à le réconforter. Il était d'une autre nature que la nôtre, bien plus émotif, et aussi, plus sensible. Erazel, malgré son caractère affable et sa bonté, possédait une connaissance extrême du danger. Elle savait nous guider avec assurance. Quant à moi, en voyageur stellaire, j'étais habitué à découvrir des sites nouveaux, et malgré le péril, l'émerveillement ne me quittait jamais. Il y avait aussi les nombreux récits de voyageurs célestes qui avaient bercé mon enfance.

 

Mais Zilmis, malgré sa connaissance merveilleuse des vaisseaux et tous ceux qu'il avait réparé avec tant d'amour, n'avait guère voyagé, cela était un fait. C'était un être douillet, bien plus à l'aise dans son atelier, ou en cuisine, que dans l'espace profond, ou en des abîmes inexplorés. Nous avons étreint notre compagnon pour le rassurer. Je rappelais à Zilmis, un être androgyne de nature féminine, qu'il était bien peu d'explorateurs de sa personnalité et qu'il était vraiment courageux de se trouver ici.

 

  • Buvez ceci, cela ira bien mieux, conseilla Erazel en lui tendant une tasse tiède.

 

Zilmis but le remède et ses larmes coulèrent. Sur mon monde, il ne s'agit pas d'une manifestation honteuse, mais le signe que l'âme d'un être est sur le point de se manifester. J'étais donc très ému.

 

  • Je suis indigne de me trouver à vos côtés, soupira-t-il.

  • Bien sûr que non, en aucune manière ! protestais-je.

  • Je suis un androgyne... un imparfait, ma famille a été très déçue d'avoir un tel enfant. Mon père et ma mère souhaitaient donner le jour à un mâle. Mes oncles m'ont instruit en mécanique, en exploration des glaciers, pensant influencer ma personnalité, mais cela a été un échec. Je possède le visage, la silhouette et la taille d'un mâle, mais mes mains, ma personnalité et mon âme, sont de nature féminine, confessa Zilmis. J'aime la douceur, le raffinement, la délicatesse et ne suis point fait pour les voyages si lointains en une mer de feu et d'eau. Je préfère demeurer en une maison bien confortable.

  • Nous le savons, je suis pleinement avec toi, exposais-je. J'ai parcouru de nombreux mondes et n'aurais jamais pu un jour songer à rencontrer un être aussi brillant que toi. Tu oublies avec quelle bravoure tu as réparé cet astronef sur la vaste Ortedda !

  • En effet, souligna Erazel. Nos plus brillants penseurs et chercheurs comptent de nombreux androgynes, ainsi que les musiciens, les compositeurs. Vous ne pouvez tout simplement pas songer à la brillance qui est en vous, parce que celle-ci est très vaste, mais je l'entrevois fort bien. Il existe beaucoup plus de possibilités pour un androgyne, beaucoup plus d'ouverture, de prescience également, conclut-elle avec affection. Nombre des anciens qui veillent à la sécurité des mondes sont des androgynes. Leur fonction est essentielle, ils peuvent anticiper tous les possibles et savoir ce qui se trame dans l'espace. Ils peuvent orchestrer de véritables missions de sauvetage, et dérouter de nombreux navires belliqueux leur est aisé.

 

Un peu rassuré, Zilmis osa lever les yeux vers nous. En effet, il avait l'allure d'un mâle, par les signes subtils présents au niveau de la forme de son visage, par sa taille plus élancée et je songeais combien il avait du souffrir de sa différence au sein de sa famille, où il avait été continuellement déconsidéré. Et ce, malgré l'ouverture de notre monde à tous ceux qui étaient différents. Zilmis vivait dans la zone reculée des montagnes, là où les familles n'étaient pas forcément joyeuses lors de l'éclosion d'un petit alien si inattendu. Mais son courage et sa sensibilité étaient tout à son honneur, ma famille l'ayant accepté avec beaucoup de joie, de même qu'Amoni et les enfants qui voyaient en lui un parent attentif.

 

Nous avons aidé Erazel à brosser le toit du petit vaisseau, couvert de cendre, puis avons contrôlé la propulsion. Je m'affairais avec un balai, tandis que Zilmis ouvrait les collecteurs à poussière. Il les nettoya et conseilla de rouler jusqu'à une zone exempte de poussières. C'est ce que fit Erazel.

 

Elle mena notre vaisseau en une caverne jaune pâle, faiblement éclairée et bien plus sécurisante. Là, elle éteignit le contrôle du tableau de bord.

 

  • Il doit se reposer, et nous aussi, amis. Alors, je vous dis à demain, fit-elle sagement en nous embrassant.

 

Nous nous sommes regardés, encore secoués par les récents événements. La lueur mystérieuse de la caverne décrut, alors, peu à peu, Zilmis s'étendit sur mon épaule, jusqu'à ce que nos deux visages se touchent, instant merveilleux. Je lui fis cadeau de ma pensée.

 

J'avais grandi dans une région où la naissance d'enfants androgynes est plus fréquente. De tels enfants étaient appréciés dès leur plus jeune âge, et entourés également d'une sorte de mysticisme. Pour nous, il s'agissait tout simplement d'une sorte de magie, que de voir étroitement entremêlés, un être habité à la fois du principe mâle et femelle. D'ailleurs, exposais-je à Zilmis, beaucoup de légions célestes, beaucoup d'Êtres de Lumière, de Créateurs de mondes étaient androgynes. Nous éprouvions donc pour ces enfants le plus grand respect, la plus grande joie. Certaines familles étaient totalement androgynes, d'autres partiellement, d'autres enfin, n'y étaient pas. De la même manière que certains aliens possédaient le teint bleuté, violet, rosé, ou vert pâle, de la même manière que certaines familles d'humanoïdes avaient les cheveux blonds, roux, noirs ou bruns, entre autres. C'était une caractéristique qui se transmettait de génération en génération et qui était grandement appréciée. Je me trouvais donc dans une joie un peu vacillante, la première fois où j'avais découvert Zilmis. Le même bonheur m'habitait présentement, lorsque je ressentis avec acuité toute les circonvolutions brillantes de sa pensée.

 

  • J'ai exploré beaucoup de contrées stellaires, lui dis-je. Mais tu as exploré de nombreuses régions de l'esprit et cela est un bien fabuleux voyage.

 

Bouleversés, nous nous sommes étreints, une cascade d'énergie sublime nous relia et nous entoura aussitôt. Je sentis Zilmis pleinement rassuré et apaisé de ces paroles.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes : 

 

 

 

 

Publié dans Messages

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