Le passé des enfants (2/3)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le passé des enfants (2/3)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

Notre vaisseau plana au dessus d'un superbe pont irisé paré des plus vives couleurs. Loin devant nous, se dressait un étagement fastueux de jolies demeures et de palais de cristal. Des êtres légers couraient joyeusement dans l'herbe, accompagnés de jeunes et de volatiles colorés. Je vis de hautes tours brillantes qui paraient ce lieu, surmontées de vastes corolles de forme variée, il s'agissait d'émetteurs de radiance végétale : les terpomènes, servant à améliorer la croissance des plantes de manière parfaitement spectaculaire.

 

Nous avons pu descendre du vaisseau, Erazel prit pied sur une vaste pelouse, tenant la main du petit alien épouvanté, qui sanglotait. Une délégation d'Êtres de Lumière vint à nous, pour nous mener tout naturellement vers une demeure garnie de verdure. Là, un homme assez original se présenta aussitôt.

 

  • Honoré, honorables visiteurs ! Que de joie ! exulta t-il en avisant notre petit groupe, ses cheveux blancs volant au vent. Je suis le savant Deruis. Entrez donc, un repas agréable vous attend.

Chacun de nous entra, découvrant un intérieur garni de boiseries avec une table mise et des plats qui embaumaient effectivement. Le petit alien sauvage fit honneur au repas, mais ses manières n'étaient pas très protocolaires, dois-je dire.

 

  • Ce n'est rien, fit Deruis. C'est encore un enfant, et le pauvre a bien besoin de s'alimenter, dit-il en faisant disparaître quelques taches de sauce de la nappe. Sur mon monde, la planète Mistra, nous soignons souvent beaucoup de petits imparfaits. C'est une tâche très gratifiante, dit-il en effleurant sans crainte le visage méfiant du jeune clone occupé à dévorer une part de tarte.

  • Nous l'avons trouvé dans une cité en ruines, il n'a pu avoir de conversation qu'avec des prédateurs qui le poursuivaient sans cesse. Il n'a pas beaucoup voyagé, expliqua Erazel.

  • Oui, ce n'est pas étonnant que le pauvre ait développé de tels instincts de survie. Il est bien avec vous, dit-il en frôlant la paume du jeune alien, qui le dévisagea d'un air surpris. Normalement, ce type de créature n'admet pas du tout le contact physique, il le perçoit aussitôt comme une menace.

  • Nous avons du le soigner, exposais-je. Et Erazel lui a prodigué son fluide. Il commence à comprendre que cela peut aussi être agréable.

  • Vraiment excellent, fit notre hôte en secouant ses longs cheveux blancs. Ainsi, vous avez découvert par vous-mêmes, comment mettre en confiance ce type d'être si sournois. Vous avez employé la douceur, pour lui montrer que vous pouviez veiller sur lui. Je vous remercie beaucoup de me l'avoir amené ! J'ai déjà rédigé un grand nombre d'ouvrages sur la guérison des imparfaits à la naissance.

     

Notre repas se déroula agréablement, le petit alien mystérieux nous détaillait avec bien davantage d'intérêt. Il commença à somnoler, aussi, Deruis le mena lui-même vers un lit douillet. Il prit place et s'endormit en peu de temps.

 

  • Cet enfant est épuisé, poursuivit le si sage biologiste. Si l'on ne fait rien, la socialisation de ce clone sera très compromise.

  • Pour quelle raison ? demanda Zilmis.

  • Cet enfant a été créé avec des racines mêlées imparfaitement. Sa sphère cognitive, liée à l'émission, puis la réception de messages, de ressentis, est quasiment absente, dit-il en nous montrant des images de son encéphale. L'activité psychique prédominante est concentrée dans la zone du cerveau reptilien, qui possède des rudiments de forme de communication, mais qui n'est pas suffisamment fonctionnel concernant le domaine de l'intelligence pure, l'abstraction, l'empathie, la prévenance, et bien d'autres sentiments élevés, comme l'amour de soi et des autres, la famille. L'esprit qui s'est accroché à ce petit, est frustré, recroquevillé, sa volonté ne transparaît pas assez et son âme est peu visible à travers sa personnalité.

  • Qu'allez-vous donc lui faire ? m'inquiétais-je.

  • Il sera changé, fit le biologiste. Si l'on ne fait rien, il mourra à cause de la radiance de cet endroit, trop haute pour lui. Et cela est bien sûr inacceptable. Suivez-moi donc, nous enjoignit-il.

     

Notre hôte saisit une cellule énergétique et ouvrit un passage devant nous, juste au niveau du mur, ainsi que le faisait parfois Erazel.

 

Nous nous sommes retrouvés tout soudain dans le centre de soins le plus exceptionnel qui soit. Arrivaient là les blessés dans l'état le plus grave qu'il m'ait été donné de voir, qu'ils s'agisse d'aliens, d'humanoïdes ou d'animaux. Des Êtres de Lumière souriants déambulaient entre chaque lit, d'un air fort paisible. Leurs yeux luisaient d'amour.

 

Je vis ainsi un grand jeune homme blond réduire une fracture très grave, de l'épaule d'un petit clone, rien qu'avec ses mains ! Une femme de lumière radieuse, s'approcha d'un vieil alien Kolal et put le guérir d'une grosseur inquiétante. Des êtres victimes d'accidents très graves, comme l'irradiation, liée à la décontamination d'épaves, recevaient des soins analogues, des soins parfaits. Nous sommes entrés dans l'édifice consacré aux soins psychiques, le plus étonnant. Les Êtres de Lumière soignaient les phobies, mais aussi l'agressivité, les mémoires douloureuses, et les différentes formes de troubles cognitifs liés à l'âge.

 

Un lézard particulièrement féroce était abrité dans une cuve de verre et solidement entravé. Des cristaux autour de lui, l'inondaient d'une lumière rouge très belle. Il en vint à se détendre. Les êtres de lumière firent émerger des petits groupes de clones terrifiés recroquevillés sous une table. Ils invitèrent un homme boiteux à accomplir quelques pas de danse. Une femme victime d'une sévère forme de folie fut libérée de sa rage, puis exposée à une lumière blanche purificatrice.

 

Une autre aile était consacrée aux animaux, principalement, les formes de vie inverses, que les êtres de Lumière, en harmonie avec nos différents intervenants stellaires, décontaminaient régulièrement après nos missions. Ils naissaient de manière extrêmement faste sur différents astéroïdes, destinés à abriter un jour une nouvelle vie à venir.

 

Les soigneurs étaient très agréables, ils nous invitèrent à les rejoindre en un jardin de guérison, et nous autorisèrent à faire marcher de tous jeunes enfants. Je fus ravis de constater que leurs grands yeux luisaient d'émerveillement.

 

Peu après, nous sommes retournés vers la demeure de Deruis, par un chemin inverse. Une nuit très longue nous attendait, notre voyage nous ayant beaucoup fatigués, de même que le changement gravitationnel et vibratoire.

 

Je m'endormis et me réveillais bien plus dispos. Le matin colorait l'herbe émeraude de mille gouttelettes. Par ma fenêtre ouverte, un beau rai de lumière venait caresser les premières fleurs qui s'ouvraient alors en un flamboiement de couleurs. Un Zilmis allègre me rejoignit pour le petit déjeuner. Après une prière face à l'aube nouvelle, nous avons pris place sur une petite table chargée de mets. Le petit alien mystérieux était attablé et mangeait lentement un beignet, le savant Deruis lui tendant des biscuits. Toute trace de colère et d'agressivité avait déserté définitivement son visage, agréablement serein.

 

La beauté et la finesse de ses traits commençaient à apparaître malgré les meurtrissures.

 

Nous étions abasourdis, à tel point que nous peinions à saluer notre hôte en ce matin.

  • Un agréable changement, hésitais-je.

  • Ce n'est que la première phase du traitement, exposa Deruis avec un sourire. Il est maintenant bien plus paisible, et plus réceptif également. Vous pouvez approcher sans crainte, les soigneurs ont pu le guérir de sa peur, il se conduit bien mieux à présent.

  • Et qu'en est-il de son régime alimentaire ? s'enquit Zilmis.

  • En ce lieu, il n'est pas permis de faire du mal à des êtres vivants. Seules des pensées d'harmonie peuvent y abonder. Cet enfant, du moins son âme, le sait et chante avec lui la joie de se voir offrir une nouvelle chance, une nouvelle vie. Il lui faudra conquérir cette possibilité, cela est un chemin bien ardu pour un clone aussi jeune, mais nous sommes très confiants.

  • On dirait un petit Gzoki, fis-je remarquer.

  • Absolument répondit Deruis. Vous êtes très perspicace. Les Gzokis sont aussi de grands chercheurs. Au fil des jours, cet enfant va devenir de plus en plus curieux. Il pourra certainement réintégrer des mémoires ancestrales. Je suis ravi, c'est la première fois que je vais avoir la possibilité de m'entretenir avec un être si nouveau !

 

Effectivement, les jours qui passèrent révélèrent à quel point le petit clone aspirait à se remplir de connaissances. Chose étrange, il passait presque tout son temps en bibliothèque. Il était devenu capable de lire, avant même de pouvoir parler, car le verbiage reste difficile pour un jeune clone aux cordes vocales atrophiées. En revanche, son talent télépathique s'affinait. Le petit être communiquait par images mentales.

 

Il vint auprès de nous un matin, quêtant du regard le soutien de Deruis. Je fus surpris, il était toujours aussi blanc, avec de grands cernes sombres, mais il arborait une expression beaucoup plus avenante. Il manifestait en cet instant un vif embarras, je décelais une grande sensibilité chez ce petit être.

 

Il se tourna vers Erazel, puis vers Zilmis et moi-même et parla avec de grands efforts par l'esprit et en prononçant quelques mots.

  • Merci de m'avoir sorti de cet endroit horrible, nous dit-il. Je m'excuse de vous avoir causé autant de tourment. Je suis bien plus heureux ici, j'aspire à devenir un grand guérisseur après mon apprentissage. Comme l'ont été mes ancêtres Gzokis !

  • De rien mon cher enfant, répondit aussitôt Erazel en se penchant pour l'embrasser. Nous sommes ravis de ta guérison, et bien certains que tu feras un grand expert en soins ! Il n'y a pas le moindre doute !

     

Chacun de nous embrassa de même le petit rescapé, les larmes aux yeux. Je devinais qu'il avait du longuement apprendre et répéter cette phrase pour pouvoir la dire. Parler était pour lui un véritable exploit, et le fait d'entendre ses premiers mots nous plongeait dans l'allégresse. Bien sûr, transporter et soigner le petit rescapé si agité n'avait pas été sans mal. Mais alors que j'observais mes compagnons en cet instant, je lus en leur regard une telle joie, que je sus aussitôt qu'ils seraient prêts sans hésiter à accomplir de nouveau une telle action de grâce. Que ne ferait-on pas pour l'amour d'un enfant, même s'il s'agit d'un petit imparfait ?

 

Sur mon monde, le mot imparfait ou rebut avait été banni de la conversation depuis bien longtemps, nous préférions le mot « enfant à l'esprit non pleinement épanoui ». Mais bien sûr, dans votre monde, n'existe pas un tel mot. J'étais certain en cet instant, que le sage Deruis avait trouvé là le charmant petit assistant qu'il cherchait depuis de nombreuses années, car ses yeux débordaient de bonheur. Un lien nouveau et très plaisant semblait se mettre en place entre le guérisseur et ce petit être si courageux.

 

N'en avait-il pas été de même pour nous ? Alors que le soleil orangé baignait de son éclairage déclinant la belle cité de cristal, je me replongeais en mes pensées d'autrefois.

 

 

 

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