L'apprentissage des enfants (2/3)

Publié le par Aurélia LEDOUX

L'apprentissage des enfants (2/3)

Message du Professeur Zolmirel (suite)

 

Pour Nerti, cette journée ne se révéla pas du tout comme les autres. Il allait pour la première fois devoir se rendre au centre de soins du vaste complexe, où les étudiants et les soigneurs officiaient.

C'était une chose dont il avait hâte et en même temps, qu'il redoutait un peu. Afin de parfaire le savoir des soigneurs et de l'inculquer à la génération suivante, beaucoup de blessés acceptaient d'être soignés en ce lieu. Il y existait aussi des hors monde, qui acceptaient que l'intégralité de leur corps soit scannée, pour être ensuite étudiée.

 

Nerti, un peu inquiet, défilait entre des galeries abritant de nombreux appareils de prise de vue, des perches de senseurs et des instruments de surveillance des paramètres vitaux. Des clones assez jeunes, comme lui, étaient chargés de leur maintenance, avec d'autres enfants. Les petits êtres réparaient des écrans, des câbles, avec dextérité. Le petit Nerti était assez mal à l'aise en ce lieu.

 

 

Il enfila un autre couloir, dans lequel un appel télépathique se précisait. Il reconnut avec soulagement la haute silhouette sereine du professeur Zablinsk.

  • Eh bien mon cher petit ? As-tu pris le temps de visiter ce complexe ?

  • Je suis bien aise de vous trouver, il me faut avouer que ce lieu m'impressionne.

  • Cela est tout à fait normal, et il ne faut pas t'en inquiéter. Les nôtres ont toujours un peu de mal à se trouver face à des blessés au début. C'est aussi lié à tes instincts de prédation. Mais ton génome a été redressé, il ne devrait donc pas y avoir de problème, assura le professeur avec bonté.

  • Voilà qui est assez déstabilisant pour tout dire.

  • Oui, je comprends fait le sage. Nous allons commencer par des enfants aujourd'hui, dit-il en se dirigeant vers la salle d'accueil des patients. Première chose à faire, ne pas faire attendre un être en souffrance. Les patients qui ont des douleurs sont pris aussitôt, et isolés du reste des blessés. Les êtres qui ont des symptômes moins graves, en apparence, passent dans une cellule de sondage du corps. Les sondoscopes vont détecter toutes les anomalies internes, qu'elles soient énergétiques, circulatoires, ou épidémiologiques.

 

Nerti lui emboîte le pas, et ensemble, ils attendent devant l'entrée d'un vaste couloir faiblement éclairé, paré de lueurs rosées et de bleu vif. Un véritable rideau d’énergie, avec des voiles colorés scintillants garnit cet endroit, il y a beaucoup de plantes, et on se sent bien. Le petit Nerti comprend que tous les patients doivent traverser ces voiles prophylactiques, pour des raisons de sécurité. Ils accueillent une mère et son petit, un jeune alien qui ne peut plus marcher en raison de sa jambe blessée. Les patients sont un peu éblouis d'arriver subitement dans cette salle si lumineuse.D'autres soigneurs surgissent pour questionner d'autres malades.

 

Le professeur Zablinsk prend le jeune alien et l'étend sur un lit à répulsion magnétique. Il entoure sa jambe d'un dispositif inhibant la douleur, formé d'une sorte de bracelet métallique. Puis, il invite Nerti à l'accompagner, dans la salle de sondage. L'enfant blessé est un petit Galmol.

  • Tu vas te charger de lui, expose t-il à Nerti. Il faut lui parler et le rassurer. Après les premiers soins, tu lui fera boire ceci, dit le sage en lui tendant un remède. Une fois sa jambe nettoyée, tu iras en salle de sondage. On se retrouve ensuite.

  • C'est d’accord, répond le jeune Nerti, pas très rassuré.

 

Le petit alien fixe le jeune enfant blessé.

  • Comment t'appelles-tu ?

  • Je suis Exxel, je suis tombé d'un rocher, on jouait avec mes amis. Ma grand mère n'a pas réussi à recoller l'os de ma jambe. Elle est plus habile en cuisine que pour faire des soins, répond le petit blessé en réprimant ses larmes.

  • Je suis Nerti, expose le petit alien. Je vais te soigner, je vais commencer par nettoyer ta plaie, et ensuite, ta jambe va être sondée.

Le jeune blessé n'est guère heureux.

  • Crois-tu que je pourrai remarcher ?

  • Bien sûr, répond Nerti joyeusement, mon père a soigné des blessés dans un état bien pire, et ils ont tous remarché. Tu vas sans doute être endormi et tu ne sentiras rien ! Tous ceux qui travaillent ici sont très doués.

 

Nerti pousse son lit et ils entrent dans une pièce spacieuse joliment éclairée, qui est baignée d'une douce musique. Une dame alien est là, et leur fait signe d'entrer. Nerti prend plusieurs flacons en imbibe des compresses. Le premier est un agent prophylactique et le deuxième, un composé antalgique. Il réprime sa peur, car la jambe du petit blessé forme des angles très inquiétants. Il retire une attelle improvisée par sa famille. C'est presque une fracture ouverte.

 

Nerti étale le remède avec d'immenses précautions, sans appuyer sur la plaie.

 

  • C'est très bien petit, fait la dame alien. A présent, tu peux entrer dans la salle de sondage. Je te ferai signe quand tu devras ressortir.

 

Nerti pousse le lit de l'infortuné dans la pièce, et frémit. Il entre dans une salle bardée de caméras et de capteurs. Plusieurs bips retentissent. La dame alien lui fait signe de ressortir, alors, il s'exécute en saluant le petit blessé.

 

  • C'est un enfant, explique la dame alien. Donc on les endort assez vite, pour qu'ils n'aient pas trop de mauvais souvenirs. Nos soins sont fondés sur la rapidité et le bien être du patient. Tu as très bien agi. Voici sa jambe, expose la dame, en montrant une image impressionnante.

     

Nerti voit nettement la cassure du fémur, sous la peau verte du jeune Galmol. La cassure est nette, mais il faut bien réduire la fracture pour qu'il n'y ait pas de séquelles. Plus impressionnant, il voit l'épanchement causé par la cassure osseuse.

  • C'est aussi pour cela qu'on les endort, explique la guérisseuse. Nous utilisons du gaz. L'inconscience limite les épanchements.

 

Elle appuie sur un bouton et un nuage de fumée claire entoure aussitôt le visage du petit Galmol. Au bout de plusieurs minutes, le nuage se replie et disparaît. Le petit être est sereinement endormi.

 

Le lit du blessé avance ensuite tout seul dans une autre pièce éclatante de lumière, dont la porte s'ouvre.

 

  • Á toi, dit la guérisseuse. Le professeur Zablinsk t'attend.

 

Nerti la remercie et entre, un peu intimidé, dans la vaste salle. C'est un très bel endroit au sol et aux parois très brillantes. Le décor est blanc rosé, et il ressemble un peu à l'intérieur d'un vaisseau. Nerti franchit un grand rideau lumineux, et arrive dans la pièce, en compagnie d'une autre étudiante, plus âgée et plus timide que lui.

 

Le professeur Zablinsk examine le cliché de sondage du petit être. Pendant ce temps, la jeune étudiante étale un produit à l'odeur agréable sur la plaie. La salle est garnie d'instruments variés qui pendent du plafond, se déplient ou se rétractent, comme des lampes, des bras articulés.

 

  • Viens petit, fait le professeur. Nous allons le soigner. Tu ne connais pas Istari, dit-il en présentant la jeune alien timide à Nerti.

 

Nerti s'approche avec curiosité d'Istari et il est heureux de constater qu'il s'agit d'une grande alien Kolal, comme son père. Elle possède un teint de nacre légèrement brillant et un visage très posé aux pommettes hautes. Ses yeux très clairs sont bleu pâle, presque blancs.

 

La jeune alien lui sourit timidement. Et Nerti se sent un peu plus en confiance face à la plaie inquiétante du jeune enfant.

Zablinsk et Istari se mettent chacun de part et d'autre du petit blessé, ils tirent très fort sur sa jambe, avec précision. C'est assez impressionnant, ils agissent avec rapidité et en même temps, avec précautions. Il y a un léger craquement. Ensuite, ils consultent un écran de sondage.

 

  • Très bien, dit le professeur, vraiment très bien, du premier coup. L'assise est bonne, cela ne bougera plus trop. Maintenant, nous allons stabiliser la fracture. Nous allons injecter un produit en quatre endroits, une colle organique neutre, qui va faire comme une gangue autour de l'os fraîchement réduit. S'agissant d'un jeune enfant, le composé devra être relativement souple, pour bien épouser les mouvements.

  • Et pour la plaie, la lésion musculaire ? demande Nerti.

  • Nous allons cette fois ensuite injecter un plasma cicatriciel très pur, qui servira de même à résorber l'épanchement. Demain, nous pourrons compléter par des soins locaux. Nous employons des onguents de la meilleure fabrication. Ce jeune pourra remarcher d'ici deux jours, avec beaucoup de précautions. Il ne devra pas forcer sur sa jambe tant qu'il sentira. La consolidation totale prendra environ deux semaines, et la guérison musculaire, un mois.

 

Les aliens agissent avec précision. Le professeur Zablinsk fait tomber un faisceau de lumière blanche éblouissant sur la jambe du petit blessé, puis manipule un bras télescopique, qui injecte un produit totalement incolore au niveau de l'os. Le produit durcit en environ vingt minutes, explique-t-il à Nerti. Ensuite, La guérisseuse Istari agit de même avec le plasma, un liquide bleu pâle. Ils achèvent leurs soins. Ils rangent les instruments utilisés dans un récipient, et le donnent à un alien chargé de leur nettoyage.

 

  • Sa jambe est toute gonflée, fait observer Nerti.

  • Ce n'est rien, répond le sage Zablinsk. C'est parfaitement normal.

 

Ils sortent ensuite de la salle, laissant Istari emmener le jeune enfant dans sa chambre. Le professeur Zablinsk invite ensuite la mère du petit être, et toute sa famille qui est arrivée en même temps, à entrer dans son bureau. Il y a quatre adultes et un tout jeune petit alien. Il offre des boissons et des friandises à chacun, puis commence à parler.

  • Cela s'est bien passé, dit-il. Je vais vous donner de cet onguent, à appliquer matin et soir, avant qu'il s'endorme. Votre petit est solide, c'est un enfant, et il n'y aura pas de suites. Il vous faut veiller à à ce que la plaie dégonfle bien. En cas de souci, appelez aussitôt, le guérisseur du complexe, il se déplacera immédiatement chez vous. Il vous suffira de le contacter en composant ce code sur votre balise, avec un message.

     

Le professeur Zablinsk remet à la famille du jeune enfant deux flacons de remèdes. Il leur donne ensuite une petite carte avec un signal code. Chacun le remercie longuement.

  • C'est également la guérisseuse Istari et le petit Nerti qui ont veillé sur votre fils, assure Zablinsk avec un sourire.

    Chacun s'approche aussitôt d'Istari pour la féliciter, la mère et les tantes du jeune blessé, embrassent Nerti avec beaucoup d'affection et le serrent dans leurs bras.

 

Le petit alien est tout ému. Il observe Zablinsk avec curiosité.

  • Est-ce toujours ainsi ?

  • Oui, mon cher petit, parce que la biologie a fait des bonds immenses sur notre monde. Nous sommes en mesure de soigner presque tout. Viens avec moi, nous allons maintenant visiter les malades en phase d'attente. Ceux-là attendent des greffes. Tu les verras de loin, seulement. Il faut environ trois semaines pour cultiver des organes. C'est une étape, ensuite, nous allons pouvoir soigner tous ceux que tu vas voir. Beaucoup sont placés en stase, pour leur éviter de la peine et de la souffrance. Le système vital est maintenu au stade le plus faible. Nous terminerons par l'aile des convalescents.

 

Et Nerti suit le professeur, Istari sur leurs talons, prenant des notes et souriant avec bonté aux blessés. On voit des aliens sereins dans un état pourtant épouvantable, dont il manque des membres, qui ont des blessures très graves au niveau du tronc. Parfois, il manque même une bonne moitié de leur corps. Et Nerti est abasourdi face à la vue d'un alien occupé tranquillement à lire, alors que ses hanches et ses jambes ont disparu. Nerti est assez impressionné, et curieux, car il se trouve face à des créatures venant de mondes très lointains.

 

Il ressort de ce lieu assez bouleversé.

 

- Ceux que tu as vu éveillés ne souffrent absolument pas, le rassure gentiment Zablinsk. La plupart des blessés peuvent inhiber la douleur et ceux qui ne le peuvent pas sont assurément maintenus en stase, le temps d'être soignés. Tous ceux-ci sont des victimes d'accidents avec des machines, au cours de vols, ou de missions lointaines. Il s'agit principalement de hors-mondes. Les autres peuples stellaires ne sont pas aussi précautionneux que nous lors des missions, et ils n'ont pas tous des prescients à bord, pour leur éviter ces écueils, comme la rencontre avec des pirates ou des êtres belliqueux par exemple.

 

Les trois aliens approchent ensuite de la grande salle de culture d'organes. Elle est très particulière, il lui faut une hygrométrie et une température constantes. Les organes en cours de maturation ne sont visibles que par une vaste baie vitrée. Un vaste réseau luminescent court à leur surface avec des éclairages mauves, tirant sur le rose et le violet. Il existe donc de grands bacs de verre, bien éclairés, avec des nutriments qui sont déversés à l'intérieur, sur de petites tables. L'ensemble est surmonté de cristaux qui diffusent un éclairage très agréable.

 

Une énergie plaisante baigne ce lieu.

  • Chaque organe est surveillé quotidiennement. Il se développe rapidement. Il est possible aussi, par culture, de recréer des membres, mais on préfère agir directement ici, plutôt que sur les malades. Cela les indispose moins, car pour faire repousser un membre sur un être vivant, on ne peut pas toujours l'endormir, du moins avec notre science. Cette zone est réservée aux greffes céphaliques, explique Zablinsk, en montrant une autre pièce, dont l'accès est réservé. Il n'y a que deux ou trois experts qui la pratiquent en cette région. Certains sont des hors monde nous ayant légué ce savoir et ayant accepté de nous confier leur science. Le but est évidemment de soigner le plus grand nombre d'êtres possible.

  • Et en échange, que demandez-vous ? questionne le petit Nerti.

  • Ce que les hors monde veulent bien nous donner, ce qu'ils estiment juste, de nouvelles variétés d'arbres et de plantes ou de moisissures. Des livres, des connaissances sur l'histoire stellaire, des technologies de dépollution des eaux et des sols, pour soigner des planètes meurtries. Il y a aussi des voyages qui nous sont offerts. Nous pouvons aller visiter d'autres planètes, et eux viennent aussi visiter nos installations. C'est un échange très profitable.

 

Ils sortent de la salle de duplication cellulaire et arrivent au lieu de convalescence. Il est très différent de ce qu'ils ont pu voir. Il y a beaucoup moins d'équipement de surveillance physiologique, ou alors, ceux-ci sont cachés dans des armoires. Les chambres resplendissent de couleurs très variées. Les malades ont une stricte intimité. La plupart des chambres sont fermées et ce lieu ressemble un peu à un hôtel raffiné. Les couloirs sont superbes, garnis de plantes et les chambres mènent à des jardins et à une sorte de solarium, ainsi qu'à des piscines.

 

Non loin se trouve une bibliothèque, une salle de montage de circuits électroniques, un lieu réservé à la cuisine, à la gymnastique, la méditation et au sport.

 

  • Les blessés et les malades sont encouragés à pratiquer beaucoup d'activités, pour aussi faire connaissance avec d'autres êtres comme eux. Le temple est juste ici, c'est un lieu de prières et les familles y viennent beaucoup, explique Zablinsk en montrant un superbe édifice à demi dans la pénombre.

  • On dirait un grand centre de villégiature, s'étonne le petit alien.

  • Oui, absolument, les visiteurs doivent avoir l'impression d'être en séjour de détente. Tout l'accent est mis sur leur bien être, la joie doit constamment baigner ce lieu. Nous nous efforçons aussi de distraire les malades, qui ne peuvent se déplacer en les faisant lire et en les promenant, mais ici, il y a moins de risques quand ils se déplacent. Tous ces blessés ont été stabilisés, ils reçoivent des soins uniquement superficiels.

 

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