L'amour infini (1/2)

Publié le par Aurélia LEDOUX

L'amour infini (1/2)

Message du Professeur Zolmirel

 

Je suis le professeur Zolmirel, je reviens vers vous, amis de la Terre, pour vous parler un peu plus longuement de l'amour, de la manière dont il est vécu sur mon monde, dont il cimente notre société.

 

Sur notre plan, le fait d'aimer, revenait à être baigné d'une grâce permanente.

 

Zilmis et moi-même, ressentions cette force inouïe, qui nous dépassait tous deux, nous plongeant de plus en plus en un état de transe propre à nous faire oublier les présences de nos compagnons. Il nous arrivait souvent, par exemple, de nous fixer longuement sans parler, ne percevant plus la pensée d'Amoni, ou des enfants qui pouvaient s'en inquiéter.

 

Sur mon monde existent des lieux de réunion qui sont dédiés aux jeunes couples, afin qu'ils puissent y vivre pour un temps, loin du monde, dans un état absolument parfait d’insouciance, de bien être total.

 

Ces lieux sont bien évidemment baignés d'une très haute radiance tellurique, des temples de pierre séculaires y sont édifiés. Ce sont des sites sacrés de communion parfaite avec notre planète, chacun de nous étant considéré comme un de ses pétales, de ses enfants.

 

Mon peuple, les Galmols, sommes une espèce assez énergétique, la relation amoureuse est différente de ce que vous pouvez vivre, mais nous ressentons cette complétude parfaite, ce bonheur si puissant qu'il balaie tout semblant de doute en un éclair.

 

Ma relation avec mon « autre », Zilmis était si merveilleuse que je n'aurai jamais cru cela possible auparavant. Nos conversations psychiques avaient atteint une brillance absolue. Il se trouve qu'Amoni et les enfants, malgré leur prévenance et leur amour, ne goûtaient pas toujours ces absences qui nous caractérisaient de plus en plus. Ils en vinrent à être franchement effrayés, car des panaches énergétiques d'une vivacité intense nous entouraient de plus en plus. Il était temps pour nous de partir et de quitter notre famille bien aimée.

 

Nerti et Zilner partageaient notre bonheur à l'idée d'être réunis pleinement, ils étaient aussi un peu effrayés, ils craignaient de ne plus jamais nous revoir.

 

  • Si cela arrive, alors, ce sera une fin très heureuse, nous avons fait allégeance à la Haute énergie qui gouverne les mondes, philosopha Amoni. Elle a sa volonté propre, nos cœurs et nos esprits seront toujours unis, dit-il avec bonté pour apaiser les enfants.

 

J'étais presque entièrement recouvert d'éclats de lumière très intenses et Zilmis rayonnait de même d'une énergie aussi vive. Nous étions tellement chargés de fluide que les nôtres ne pouvaient plus nous approcher, et nous ne pouvions non plus entrer en notre demeure garnie d'appareillages fragiles.

 

  • Il me reste à vous souhaiter bonne chance, mes amis, fit Dorian en riant. Vous allez vivre des heures que beaucoup vous envieront. Soyez heureux et ne vous embarrassez l'esprit d'aucune autre fin.

 

Incapable de parler, Orel, inhabituellement ému, serra nos mains avec un faible sourire, en retenant ses larmes. Cette manifestation prouvait combien il éprouvait d'affection pour nous.

 

Je fixais Amoni en retenant quelques sanglots, il sourit largement en fixant un point derrière nous.

 

La Porte était là, nous étions attendus en d'autres cieux, autre part.

Une porte de lumière donnant sur un lieu splendide s'était ouverte pour nous appeler. Nous avons saisi les quelques effets que nous étions parvenus à emballer, puis nous avons franchi ce passage subtil.

 

Mon esprit tinta vivement, une énergie très intense siégeait en ce lieu. Ma vision se brouilla, et je retombais à demi évanoui, sur un sol herbeux très agréable.

 

Ce lieu de vie nouveau était tiède. Zilmis bien plus à l'aise que moi en ce milieu si radiant, m'aida à me relever. Nous étions parvenus au grand Temple de Vie, un lieu très énergétique sur mon monde. De toutes parts, de hautes montagnes délicatement nimbées de brumes émergeaient, des fleurs aux mille coloris s'ouvraient, dans le lointain s'élevait un concert de créatures planantes, des petits animaux gracieux s'élançaient du haut des arbres en poussant des cris joyeux. Derrière nous, coulait une fastueuse cascade.

 

Bouleversés, nous nous sommes étreints, pleurant de bonheur. Une cascade d'énergie rayonnante nous habita, saturant le sol de phosphorescences variées. Les plantes se parèrent un court instant d'éclats fastueux, réagissant à cette énergie bénéfique qui émanait de nous.

 

Nous avons alors commencé une heureuse promenade. Il nous fallait découvrir un lieu de séjour plaisant, et nous y installer, suivant la tradition.

 

Nous pouvions choisir n'importe quelle petite tour, n'importe quel endroit, pourvu qu'il nous plaise. Autour de nous deux couples marchaient, le visage resplendissant, plongés en une douce union métaphysique.

 

Pour nous deux, cet état de chose avait mis du temps à s'installer, après tout nous étions tous deux des scientifiques. Zilmis considérait mon âge immense avec révérence, saisi d'émerveillement en captant les images si riches de ma pensée, moi qui avait tant voyagé. J'étais à mon tour séduit par la pureté des émotions que je percevais en lui. Sans m'en rendre compte, l'attrait de la science avait peuplé mon existence livresque d'une passion effrénée pour la découverte, la connaissance, qui en avait fait peu à peu une suite d'extases tourbillonnantes bien agréables. Ce que vous nommez le « démon de la recherche ». Mais en vivant ainsi, en partageant cet intérêt avec mon ami, le sage Amoni, puis les enfants, je m'étais privé moi-même d'une certaine part de bonheur, celle que procure la découverte de l' « autre ».

 

Notre espèce d'êtres de haute pensée est très soucieuse de l'harmonie, de la magie qui jaillit lorsque deux êtres se rencontrent. Chez nous l'amour est sacré, tout est fait pour encourager sa naissance, car il figure au centre de notre monde, de nos traditions spirituelles. Les couples vivent un état de grâce quasi permanent. Vous pouvez ainsi songer qu'un simple regard, ou nos deux mains nouées sont autant que le bonheur le plus parfait propre à deux êtres humains entrelacés. Étant donné que nous sommes à demi énergétiques, la transe s'atteint de manière bien plus aisée, notre système nerveux communie de manière parfaite avec celui de l'être aimé.

 

L'union physique existe, évidemment, mais elle est beaucoup moins nécessaire que sur votre monde pour parvenir à ressentir une fusion bienheureuse. Le plaisir qui naît de l'échange énergétique subtil que nous entretenons, pour notre espèce, est bien plus immense, d'un certain point de vue, car nos deux pensées sont en symbiose. Je vous laisse imaginer le torrent de bonheur qui déferle sur nous, lorsque nos deux intelligences se rejoignent ainsi à la perfection. Cette flamme inouïe est un amour très grand, qui peut culminer à des hauteurs volcaniques, malgré notre allure posée.C'est aussi ce que permet le partage de la pensée, la télépathie. Cet état de choses va de pair avec les naissances, qui sont soigneusement contrôlées sur mon monde, en particulier pour les couples mixtes.

 

Comme il existe des peuples très variés, il se forme bien sûr de tels couples, mais aucun de nos trois peuples principaux n'est de nature à s'hybrider avec les autres. Pour ce qui est de la venue au monde d'une nouvelle vie, tout est soigneusement planifié. Nous pouvons choisir ou non d'engendrer une nouvelle vie, d'avoir un œuf, contrairement à votre physiologie. Les racines génétiques des parents sont expertisées avec soin auparavant, et ils doivent demander l'accord de tous pour être choisis. La naissance d'un nouveau petit alien se fait en fonction des besoins de notre communauté, de nos aspirations. Des êtres se désignent pour prendre soin du jeune alien, en plus des parents, en général quatre. Il s'agit des grands parents, des oncles, des tantes, des grands ancêtres, ou d'amis de longue date de la famille.

 

Lorsque l'enfant atteint un âge plus avancé, d'environ cinq ans, il va dans un centre de hautes connaissances, loin de sa famille et revient de temps à autres. Il est choyé et tendrement aimé par sa famille, mais apprend à vivre en indépendance, en adéquation avec ses aspirations propres. Cela est très important. Comme nous vivons très âgés, la sélection pour avoir le droit d'être choisis est plutôt longue et rare. Nous pouvons aussi être choisis pour ce que nous nommons les interactions génétiques et les soins.

 

Il s'agit là de soigner de jeunes êtres pas encore complètement constitués ou tout juste nés, avec notre ADN. Cela est bien sûr bouleversant. Lorsque cette grâce nous est offerte, nous pouvons bien sûr par la suite communiquer de manière heureuse avec cet enfant qui est un peu le nôtre, de joyeuses réunions ont lieu. Lorsqu'il s'agit de hors mondes, les contacts sont plus rares, mais la gratitude de la famille n'en est pas moins grande.

 

Sur mon monde, les généticiens œuvrent essentiellement aux thérapies, mais sur d'autres mondes peuplés de populations aliens plus ou moins mutées, le taux de naissances spontanées est proche de zéro. Le recours au clonage est donc indispensable. Les miens officient évidemment à soigner parfois ces clones, atteints de pathologies plus ou moins sévères. Nous donnons, sans attendre en retour.

 

Nous avons marché longuement avec Zilmis, follement heureux, réalisant pleinement combien nous contrôlions auparavant, sans même nous en apercevoir, nos fluides respectifs par crainte de malmener notre entourage. A présent, ces lieux étaient parfaitement adaptés à nos niveaux énergétiques si puissants, nous pouvions nous laisser aller. La vie bioluminescente y foisonnait, des créatures de toutes sortes butinaient les fleurs, des lézards phosphorescents couraient d'un arbre à l'autre, avec de petits animaux à fourrure qui se poursuivaient. Des nuées d'oiseaux enchantaient nos yeux de couleurs rayonnantes.

 

Nous étions entrés, à dire vrai en un royaume où la grande magie qui animait les nôtres atteignait là un sommet. Les anciens, sages prescients animés d'une prévenance extrême, avaient veillé à ce que ce lieu soit le plus magnifique possible.

 

Nous avons atteint peu avant le couchant, une jolie demeure arrondie entourée de verdure, avec des rideaux de végétation qui tombaient devant les fenêtres. Elle nous sembla parfaite et nous plut aussitôt. Une lueur orangée chaleureuse s'échappait des fenêtres. Des lampes à plasma avaient été certainement allumées à notre intention. En entrant, je réalisais que la demeure, cependant, ne comportait nul éclairage apparent. C'était bien un prodige, et je me dis que tout ceci dépassait ma capacité de compréhension.

 

En cet instant, j'étais absorbé par la contemplation de Zilmis, il me semblait si parfait que toute autre pensée me déserta. Nous avons découvert un intérieur douillet avec du mobilier parfaitement à notre taille, ce lieu regorgeait de vases délicats, de livres et de plantes vertes comme nous les aimons, dans une serre directement arrosée par l'eau de pluie. Un jardin jouxtait cette jolie demeure, j'aperçus les espèces les plus incroyables de champignons.

 

Ce lieu semblait fait pour nous à dire vrai, je m'émerveillais des fenêtres rondes, des pièces circulaires si accueillantes parées de soieries. Le décor était simple et raffiné avec des couleurs chaudes. Il n'était nul appareil de chauffage, ni de cuisine en ce lieu, et je compris qu'avec notre rayonnement énergétique si vif, il en était bien mieux ainsi.

 

Le soir tombait, nous nous sommes étreints, follement heureux, et des nuées d'éclairs crépitants nous ont reliés aussitôt. Il n'était plus besoin de retenir en ce lieu pareil torrent énergétique, un tourbillon de lumières colorées superbes nous entoura, nous avons atteint une transe féerique. Je ressentais un amour immense, et Zilmis éprouvait le même attrait infini. Nos pensées d'amour ont jailli en ce lieu magique, notre énergie imprégnant parfaitement le sol argileux, jusqu'à rejoindre la vibration de notre planète-mère. Nous étions transportés, des visions extrêmement belles nous ont habités. Je perçus une superbe cité de cristal, avec de véritables ballets d'êtres aériens qui riaient de bonheur à chaque envolée musicale. Comme ce lieu était joyeux, vivant !

 

Ma conscience dériva. Vint le matin, et je m'éveillais parfaitement reposé, animé d'une vigueur nouvelle. Quelques siècles de plus allaient certainement m'être offerts de par ce brillant transport. Zilmis apparut, tout aussi fringant et joyeux. Des habits colorés avaient été disposés là à notre intention, assez différents des sortes de toges claires ou brodées que nous mettons chaque jour. Nous les avons revêtus aussitôt en riant, emplis d'une joie juvénile intense.

 

Nous avons dévalé les marches de la petite demeure, nous amusant à courir parmi le verger. Après un heureux déjeuner de champignons d'une finesse indicible, nous avons mangé des fruits juteux au goût rafraîchissant des plus divins. Nous sommes ensuite sortis, heureux de découvrir ce petit paradis. Il nous fut donné de parcourir une forêt des plus splendides, ponctuée de panoramas grandioses, cette région immense nous aspirait en un rêve éveillé. Les montagnes alentours se teintaient de panaches irisés radiants, soulignés par la lueur de l'aube.

 

Nos deux présences s’habituaient à autant de prodiges. Il nous fut donné de rencontrer un couple allègre de deux Kolals de haute taille presque entièrement énergétiques. Que dire de cette vision ? Ils flottaient plus qu'ils ne marchaient, en un envol joyeux, ils plongèrent dans un précipice atterrissant aisément en bas.

 

Nous avons décidé de les suivre, mes facultés lévitationnelles se portaient mieux que bien. Notre chute grisante se prolongea longuement, Zilmis pleurant de joie sous ce transport grisant. Nous avons atterri en un cours d'eau frais garni de verdure émeraude. L'eau était tiède et tout autour de nous, des couples discutaient avec une joie contagieuse.

 

Nous avons aperçu un couple mixte, comme le nôtre. Un Galmol, certainement bien plus âgé que moi tenait la main d'un autre être qui le contemplait avec adoration, un jeune androgyne, comme Zilmis. Nous avons marché vers eux, et ils nous dévisagèrent avec le même bonheur.

  • Voici Ectirène, mon époux, je suis Nostralone, se présenta le jeune Galmol au teint vert pâle.

  • Nous sommes si heureux, c'est la première fois que nous rencontrons des êtres tels que vous, bégayais-je.

  • Nous pensions être une exception, s'amusa Nostralone en dévisageant les êtres tout autour de nous.

 

En effet, il existait des couples ordinaires, et des couples androgynes, ainsi que des couples de créatures variées. Un très haut Kolal donnait la main à une ravissante petite Ilstirr. L'âge des êtres, leur provenance géographique était très diverse. Notre planète nous montrait une chose, elle savait réunir tous ses enfants.

 

  • Le vaisseau va bientôt décoller, émit une grande alien vêtue d'un habit multicolore très seyant.

  • Qu'en est-il ? demanda Zilmis à nos nouveaux compagnons fort étonnés.

  • Ce vaisseau converge vers Erdonzia, notre lune. Nous sommes attendus pour la procession orchestrée par les prêtres et les sages.

     

Je souris, très ému et bien moins à l'aise que Zilmis pour parler. Erdonzia était un site sacré, un véritable sanctuaire, où seuls les prêtres avaient le droit d'officier.

 

La grande alien aimable exposa que l'atmosphère était très rare et que nous n'en éprouverions nul inconfort. Nous serions de retour en soirée. C'était évidemment un grand honneur.

 

 

 

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