Voyage sur la planète gazeuse (4/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

Voyage sur la planète gazeuse (4/4)

Message du Professeur Zolmirel

 

Voici la suite et fin de ce long voyage relaté par le professeur avec sa bonté habituelle.

 

Les premières parties sont juste ici :

 

 

La nef fusa vers l'espace et échappa à l’atmosphère soufrée, aux vents violents. Avec une prescience admirable, Erazel contourna plusieurs cyclones de main de maître. Elle gagna une colonne d'air ascendante et fusa comme un bolide hors de la zone dangereuse.

 

Mais il se produisit quelque chose qu'elle n'avait pas prévu, une énergie inconnue nous fit changer de cap, nous faisant accomplir un arc de cercle incroyable.

 

  • Veuillez ne pas agir sur les instruments, fit une voix posée mais ferme dans le communicateur.

  • Que se passe t-il ? questionna Amoni

  • On nous force à revenir, j'en ai peur, répondit Erazel. Ne vous avais-je pas dit qu'il était hors de propos d'aller explorer ce lieu ancien ? répliqua t-elle en nous fixant avec un air désapprobateur. Enfin, au moins nous allons faire connaissance avec les habitants de ce monde. Peut-être devait-il en être ainsi après tout...

  • Je me confonds en excuses, mais devant tant de lectures anciennes, comment résister ? exposais-je

  • Voilà qui vous sied bien en effet de vous attacher à la lecture d'autant d'ouvrages poussiéreux... soupira Erazel. Un savant reste un savant, même dans un lieu hautement radiant, il est prêt à mettre sa vie en péril pour aller recueillir des ouvrages millénaires !!! Voilà qui est bien extraordinaire ! philosopha t-elle. Et vous les encouragez ! fit-elle en riant à l'attention de Dorian

  • L’étude de la science est bénéfique, à condition de se faire de manière avisée. Et vous avez, je crois, tout comme moi très à cœur de découvrir qui murmure de la sorte depuis pas mal de temps, fit Dorian en fixant notre ancienne.

En effet, nous avons pris conscience de présences télépathiques, très nombreuses et très agréables.

 

Notre navire a plongé dans une atmosphère très différente. L'espace devint d'un bleu hyacinthe superbe et un puits étincelant s'ouvrit sous notre nef. Nous avons été précipités en cet œil étincelant, des panaches rosés et dorés ondoyants nous entourèrent. Notre nef descendit à une allure vertigineuse, tirant après elle le petit vaisseau endommagé. Je serrai très fort la main de Zilmis, la pression était intense, nous franchissions plusieurs vortex, plusieurs passages dimensionnels. La chute de la nef ralentit alors mystérieusement, puis s'incurva.

 

Un ciel extraordinaire nous entourait. L'atmosphère était calme et de vaste nuages saumon nous entouraient. Le ciel était bleuté à jaune pâle et blanc par endroits. Une atmosphère de paix infinie planait, une aube nouvelle nous entourait. Notre nef s'est posée sur une vaste esplanade qui semblait coulée dans du cristal miroitant. Autour de nous, un paysage de montagnes fastueuses garnies de chutes d'eau vertigineuses nous entourait. Ce décor à couper le souffle nous subjugua. Longtemps nous sommes restés sans parler, puis notre conscience redescendit enfin. Des êtres nous entouraient, grands, longilignes, élancés, vaporeux, ils faisaient un peu penser à Orel et Dorian, mais en bien plus solennels.

 

Je compris que nous avions troublé leur quiétude et qu'ils désiraient en savoir plus long à notre sujet. Je portais avec moi le livre mystérieux, objet du courroux certain de nos hôtes.

 

 

Un être luminescent courtois apparut, il s’inclina et prononça des bénédictions en une langue incompréhensible, puis je réalisais que par télépathie que je comprenais pleinement de telles paroles.

 

  • Le livre, je vous prie, dit-il en tendant les mains vers moi.

 

Je tendis l'ouvrage d'un air attristé et il le prit aussitôt. Il éleva ses mains en l'air avec grâce et l’ouvrage vieux et cabossé, se modifia subtilement, il devint tout de cristal miroitant. Ensuite, sa reliure tordue, prit l’apparence d'une pierre précieuse magnifique et il alla rejoindre d’autres ouvrages luminescents superbes encodés dans une grand centre cellulaire sondoscopique, de toute évidence.

 

Mon chagrin fut vivement modéré par cette capacité extraordinaire à transmuter un ouvrage endommagé en une si magnifique création.

 

  • Ne soyez pas chagrin, fit notre hôte. Nous agissons de même de manière fort naturelle.

  • C'est incroyable, m'extasiais-je. Mais il reste en ce bas monde nombre d'ouvrages qui requièrent vos soins.

  • Tout ce qui devait être sauvegardé l'a été, émit l'être affable Vous nous avez apporté là le dernier échantillon et nous vous en remercions.

 

J'étais confondu par la grâce, la bonté étourdissante de notre interlocuteur. Je décidais d'oublier cette affaire de livre, du moins pour l'instant.

 

  • Pourquoi êtes vous si curieux d'explorer nos bibliothèques ? demanda notre guide

  • La lecture pour nous est sacrée, comme l'art de conter des histoires, nous sommes vos voisins, les Galmols de la planète Ellakhi. Voici Zilmis, expert en vaisseaux et ingénieur, je suis Zolmirel botaniste, et voici mon ami Amoni guérisseur, et Orel et Dorian, nos amis d'Alcyone.

  • Nous connaissons bien Ellakhi et Alcyone, fit l'être affable. Je suis Naela. Pourquoi vous intéressez-vous donc à la surface d'un monde qui n'est plus ? Il ne sert de rien d'étudier ce qui a transité intégralement dans la dimension supérieure. Toute la vie a été refondée, rebâtie ici, ainsi que vous pouvez le voir.

  • Bien sûr que si, fis-je avec émoi. C'est une magie de la vie que nous ne connaissons point. Comprendre ce qui est advenu sur votre monde éclaire notre regard concernant l'avenir d'autres sphères. C'est essentiel.

  • Vous avez été fort braves en allant quérir vos compagnons. Nous ne pouvions vous laisser partir de la sorte, sans avoir fait votre connaissance. Vous pilotez si excellemment, dit Naela en fixant la sage Erazel étrangement silencieuse.

  • Cela est notre mission d'aider tous nos amis, répondit-elle posément.

  • N'était-il pas plus simple d'envoyer un navire de secours depuis votre stations orbitale ? s'étonna Naela.

  • Ils n'avaient point de pilotes assez expérimentés pour agir. Le temps est très venteux sur votre sphère, et l'atmosphère dommageable.

  • Oui, c'est vrai, en convint Naela, ici, il n'en est rien. Nous avons plaisir à recevoir du monde.

 

Et il nous mena en un charmant petit lieu garni de végétation luxuriante avec des guirlandes de fleurs magnifiques. Des êtres élancés jouaient de la musique absolument divine.

 

Naela nous mena en une grande table ovale, chargée de mets. D'autres habitants éthérés de cette planète nous rejoignirent. L'un d'entre eux, plus âgé, nous questionna longuement sur notre mission. Puis, ne voyant nul mensonge en nos paroles, nous invita à prendre place.

Naela nous parla, à Zilmis et moi-même.

 

  • Pourquoi avez-vous pris ce livre ? demanda t-il sévèrement.

  • Pour le lire... répondis-je.

  • Cela n'est pas croyable... comment avez-vous pu ? Cela s'apparente à un vol … hésita notre hôte

  • Il n'était personne en ce lieu que nous pensions désert, exposais-je.

     

Naela lut en nos yeux tant de sincérité qu'il se détendit.

  • Oui, bien sûr, admit-il finalement. De votre point de vue, il était logique qu'il en soit ainsi.

 

Il se radoucit et expliqua que tous les habitants de leur monde surveillaient activement les cieux, ils collaboraient régulièrement avec les grands anciens de notre monde pour assurer la sécurité stellaire de toutes les planètes de notre système et même au delà. Le repas se déroula dans une ambiance joyeuse. Je fixais les habitants de ce monde vaporeux, un peu intrigué. Ils pouvaient ressembler à de forts beaux jeunes hommes, tout comme à des femmes gracieuses. J'étais un peu surpris. Je compris finalement que tous ces êtres étaient parfaitement androgynes, et que nous devions leur sembler tout aussi étranges.

 

Finalement, Naela se leva et nous invita à entrer en une vaste salle toute dorée. Là, le vaisseau que nous avions réussi à sauver des décombres attendait.

  • Entrez donc, nous fit-il

Nous sommes entrés, un peu hésitants. Un froid intense y régnait encore. Le long de la brèche, de fines zones gelées étaient visibles, mais la perte en atmosphère était mineure.

 

  • C'est très impressionnant, fit Naela. Vos compétences sont très élevées.

     

Il se dirigea ensuite vers un vaste parement turquoise dans la cité de lumière, là il nous invita à entrer en une salle garnie de fauteuils. C'était une salle d'archives !!!

 

  • Installez-vous, nous dit-il et lisez tout ce que vous souhaitez. Je réalise à présent mon erreur. Vous êtes les semeurs de mondes et vous avez le droit d'apprendre la vérité sur la transmutation complète de la vie végétale. Grâce soit vôtre.

 

Puis il s'éclipsa et nous laissa là, follement émerveillés. Il y avait tant et tant de livres, que nous ne pouvions nous décider !!! Les rayonnages étaient écrits en une langue inconnue. Nous avons saisi des ouvrages au hasard, puis avons finalement trouvé notre bonheur, dans un rayon consacré à l'histoire stellaire.

 

De longues heures plus tard, nous émergions, follement heureux de ces moments. Les ouvrages que nous lisions étaient écrits en une langue incompréhensible, mais nous pouvions tout saisir par un procédé inconnu de nous.

 

Nous avons ressenti avec acuité, qu'il était temps pour nous de partir. Naela nous mena vers notre esquif. Nous l'avons remercié longuement.

 

Tous nos compagnons nous attendaient, chacun d'eux, visiblement, avait passé de très agréables instants.

  • Il y a une surprise, fit Naela en montrant notre vaisseau. Je vous dis au revoir amis des mondes bleus, que votre quête soit faste.

  • Au revoir, fit Erazel et venez nous visiter quand vous en aurez le souhait. Vous serez toujours les bienvenus !

 

Nous sommes montés dans le vaisseau et nous sommes sanglés à nos sièges. Mon pied, ce faisant, rencontra un objet et je vis un petit coffre de bois garni de pierres brillantes. Je poussais un cri incrédule. Je l'ouvris et montrais à Zilmis des ouvrages magnifiques qui semblaient parfaitement neufs, écrits en notre langue, sur le passé de la vaste Ortedda. Il y avait là le livre précieux entre tous que Dorian avait pu nous permettre de recueillir, mais cet exemplaire était écrit avec nos graphies, il semblait avoir été fabriqué la veille ! Émerveillés, nous nous sentions euphoriques. Nous avions gagné là ce privilège de la part des êtres de ce monde, je les en remercie encore. Je devinais avec bonheur que pour de tels êtres, dupliquer des livres rares ou les préserver, qu'ils se trouvent sous forme de poussière ou en suspens dans la mémoire de toute chose, était fort aisé.

 

  • Vous avez raison émit Dorian. Mais c'est un savoir qu'ils ne réservent qu'à quelques uns. Soyez donc mesurés dans votre manière d'appréhender de telles lectures. Celles-ci révèlent la fin d'un monde et le début d'un autre. La vie est multidimensionnelle et choisit de se transmuter, de s'épanouir sur différentes strates. Lorsque l'on occupe l'un de ces plans, on n'en voit qu'une partie. Ces livres offrent un aperçu de ce qu'est la vie en sa totalité. Depuis la vie des étoiles, du vide stellaire, à la vie contenue dans le champ de radiance d'une planète, en sa lave, en son sous-sol, en ses astéroïdes, ses déserts de pierre, de glace, puis en ses marais.

Nous avons souri à notre ami, follement heureux, ce jour en nos vies était décidément peu ordinaire.

 

Je vous salue bien amis de la Terre bleue, puisse votre vie foisonnante être veillée et protégée comme il se doit, jusqu'à ce moment ultime, ce couronnement où elle ne fera plus qu'un avec le Grand Tout.

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :

 

 

 

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