L'expédition sur la Terre (1/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

L'expédition sur la Terre (1/4)

Message du Professeur Zolmirel

 

L'expert en vaisseaux

 

Je suis là, amis précieux de la Terre, pour vous. Je suis le sage Zolmirel et heureux de communier avec vos esprits attentifs.

 

En ces temps de voyage sur ma planète, je vivais des jours fort paisibles, il m'est si agréable de poursuivre ce récit de mon passé.

 

Comme j'étais heureux alors avec ma famille bien aimée. Avec mon ami Zilmis, nous étions attentifs au bien être de chacun, et nous partions chaque matin aux premières lueurs de l'aube récolter les fruits couverts de rosée, mais aussi des mousses et des champignons qui abondent en mon monde humide.

 

Il vous faut savoir que par chez nous, l'étude des moisissures a été portée à son sommet. Il était organisé régulièrement des réunions dans la clairière, à caractère gastronomique et scientifique, pour cuisiner chaque espèce de champignon, de plantes. Les miens se réunissaient avec les Kolals et les Ilstirr, qui sont eux aussi de fins gastronomes, pour apporter des spécialités à l'arôme prometteur.

 

Le petit Nerti se remettait bien et Zilner agissait avec beaucoup de prévenance pour son frère aîné qu'il chérissait. Nerti avait encore un peu de mal pour se pencher et porter des objets, donc c'était le petit Zilner qui se chargeait des tâches physiques au verger, et dans la grande serre. Je dois dire que les enfants étaient plutôt privilégiés, car Amoni et moi même étions habiles à confectionner des mets très variés, en plus d'Orel et Dorian malgré leur nature plus énergétique.

 

Mais la venue de Zilmis en notre famille avait encore magnifié cet aspect ! Mon timide ami savait lui aussi cuisiner avec un très grand art, même s'il était encore un peu distant avec les enfants.

 

Lorsque ce matin là, Zilmis apparut avec une tarte garnie de légumes et d'aromates qui embaumaient dans la pièce, les enfants s'approchèrent aussitôt et sourirent largement.

  • C'est toi qui a fait cela ? demanda Nerti aussitôt. C'est très réussi !

Incapable de répondre, Zilmis tout heureux se mit à rosir. Il prit un teint cuivré des plus agréables.

  • Tu es un très bon petit, fis-je à Nerti

  • Tu es botaniste et lui cuisinier ! émit le petit Zilner avec un rire amusé. Voilà qui est parfaitement complémentaire.

  • J'aime cuisiner, exposa Zilmis, mais je suis avant tout ingénieur en navigation stellaire et en conception d'engins nouveaux.

  • Comment cela est-il chez toi ? questionna Nerti, empli de curiosité.

     

Chacun prit place et Zilmis bégaya, un peu embarrassé de se trouver au centre de l'attention. Mais il était touché de l'intérêt des enfants.

 

  • Ma province est située au Nord, près des régions montagneuses plus sèches. C'est un lieu un peu déserté par les explorateurs de mousses, et les archéologues, car le sol est balayé par des vents très vifs et le climat devient très froid à la saison des glaces. Mais au printemps, les montagnes sont parées des fleurs les plus sublimes. Cela est un grand bonheur que de survoler les sommets où la glace fond lentement. Mon oncle est un excellent pilote, il frôle habituellement les cascades de glace. C'était à moi de récolter des échantillons de glace qui commençaient à se détacher des parois. Ensuite, ma famille a constaté que j'étais assez habile dans le domaine de la micro mécanique et que mon esprit me permettait de faire des projections fructueuses en aérodynamique. Puis, ils ont découvert des épaves dans un ancien musée Kolal, et un expert m'a demandé d'agir pour les remettre en état. Mon oncle s'est un peu interposé. Il... hum.., il était peiné que ce soit moi que l'expert regarde. Ma mère avait peur que je sois nommé pour ce travail, mais il en a finalement été ainsi. Je suis entré dans le grand hangar de réfection d'astronefs et ma vie a pris un tournant merveilleux !!!

 

Zilmis souriait comme jamais en cet instant. Je perçus sa pensée si claire, radieuse de bonheur à l'idée d'avoir pu entrer dans une grande salle de maintenance spatiale.

 

  • Pourrons-nous aller voir ton hangar, un jour ? questionna Nerti. Quand ton oncle sera redevenu plus... posé ?

  • Si l'occasion se présente, ce sera avec joie, émit Zilmis

  • Si vous réparez les nefs aussi bien que vous cuisinez, cela ne devrait pas prendre trop de temps, assura Amoni. Votre famille va réaliser pleinement que vous lui manquez beaucoup.

 

Très ému, Zilmis sourit à ces paroles, il avait été touché par la profonde bienveillance de mon ami si prévenant, prompt à le satisfaire en tout, alors qu'il œuvrait à l'achèvement de notre transport. Depuis leur différend, sa famille ne s'était plus manifestée. Ce qui le troublait évidemment, malgré la joie infinie qu'il éprouvait à m'avoir rejoint.

 

En ce matin le vaisseau brillait au soleil, séchant après une petite pluie, de la vapeur légère s'échappant de la surface des vitrages. Zilmis devait encore parachever l'installation des déflecteurs, mais le vaisseau devenait chaque jour plus proche de sa vision.

Ce jour étant consacré au repos, et à la fête des récoltes, nous avons préparé de nombreux mets tout le jour durant, puis avons visité les pépinières abritant de jeunes plantules et des bacs de croissance du mycélium dans les basses plaines. Des jardiniers habiles aidés de petits Ilstirr et d'enfants, mettaient en pleine terre de nombreuses variétés d'arbres fruitiers, des plantes épanouies en parfaite santé étaient disposées avec un art consommé au sommet de chaque colline.

 

Zilmis appréciait le climat plus doux. Nous sommes montés dans notre vaisseau inachevé en soirée, les enfants vêtus de leurs plus beaux habits brodés. Et je dois dire que malgré notre discrétion, notre arrivée fit sensation.

 

Le vaisseau se posa en vacillant sous la brise légère. Les aliens de tous les alentours fixaient les parements manquants sur la carlingue et les vides béants sous le fuselage avant avec stupeur.

 

Une Erazel surexcitée, vint pour nous accueillir.

 

  • Voilà qui est un prodige que cet engin puisse voler ! Mes chers amis, soyez les bienvenus, les très bienvenus !!!! exulta t-elle en nous étreignant chacun à tour de rôle.

     

Elle en vint à s'approcher de Zilmis, fort intimidé.

 

  • Mais oui, vous aussi, vous êtes de la famille maintenant ! Je suis très heureuse de vous connaître, vous êtes un expert, ont dit les anciens, et je le dis aussi ! Vos exploits lors de notre dernière mission ont suscité une grande admiration de leur part.

 

Et Zilmis, fort surpris, laissa l'immense ancêtre l'étreindre. C'était un très grand privilège, car bien évidemment, l'énergie d'Erazel était prodigieuse. Il en bégaya de reconnaissance.

  • Je vous remercie de vos paroles, je suis très ému, avoua t-il

  • Venez donc, suivez-moi tous, lança Erazel joyeusement. J'ai une surprise pour vous. Mon arrière petit neveu, qui a seulement deux siècles, recherche activement un ingénieur. Son entrepôt de vieilles ferrailles est situé près du champ de fouilles !

 

Nous l'avons tous suivis, déposant là nos mets à l'attention des cuisiniers. Nous étions fort joyeux de marcher en cette heure du soir. C'était une grâce des plus heureuses, Erazel avait le pas sûr, et nul fauve n'aurait été en mesure de nous faire du mal en sa compagnie. Elle nous désigna un joli bâtiment de pierre et de bois ciselé sur le versant d'une colline. Pour votre monde, ce bâtiment ressemblerait un peu à un chalet de belles proportions, avec un petit manoir garni de frises et de statues à ses côtés. Un paradis de fleurs pimpantes rivalisant d'éclat avait éclot dans la prairie, autour de plantes d'un type inconnu que je m'empressais d'examiner.

 

Un Galmol très avenant nous aperçut et nous salua aussitôt. Il contempla Zilmis, le fixant avec beaucoup de bonté.

  • C'est donc vous l'expert ? demanda t-il. Je me nomme Alokarys. Cela est une très grande joie de vous connaître. Je suis pilote et je participe à l'entretien de la flotte planétaire.

  • Je me nomme Zilmis, émit mon ami en souriant. Je suis ingénieur en conception de nefs et de vaisseaux intra-atmosphériques

  • Cela n'est point un hasard si nos pas se croisent, émit Alokarys. Mon épouse est à la fête, elle travaille sur la réfection des statues. Elle sera heureuse aussi de vous connaître.

     

Il nous invita à entrer par une petite porte, et là, nous avons assisté à un spectacle hors normes.

 

Dans le grand hangar, un paradis de vaisseaux spatiaux antiques attendait qu'une main habile veuille bien les remettre en état. Il y en avait de tous les coloris, de toutes les formes et de toutes les époques. Zilmis semblait être entré en plein rêve. Il se mit à bégayer de joie face aux stocks importants de pièces détachées. Il y avait là, dois-je dire, des réacteurs d'âge fort avancé, certains appartenant à des vaisseaux d'origine inconnue. Les arpenteurs et les ferrailleurs de l'espace s'étaient empressés de les recueillir pour dégager les routes stellaires près des astéroïdes.

 

Je souris, heureux du parfum planant dans cette pièce, diffusant une odeur légère d'ozone et de bois ancien, celle des vaisseaux !

Une autre partie de l'édifice abritait des poutrelles à toute épreuve en titanium ultra, des parements neufs en céramique prêts à être posés, et tous les outils nécessaires à ce travail délicat.

 

Dorian jubilait, avec Orel, ils firent le tour de deux vastes navires marchands d'un autre âge, dont les soutes étaient criblées de trous. L'un des appareils avait réussi un atterrissage ventral, préservant l'intégrité de sa structure, mais les blindages antiques vétustes devaient être remplacés par des matériaux à toute épreuve, sans commune mesure avec ce qui se faisait autrefois. Dorian s'approcha ensuite des restes d'un petit escorteur aux lignes effilées, dont manquait une bonne moitié. La structure mère était constituée d'un alliage d'acier premier. L'acier premier est complètement inoxydable de par sa structure moléculaire même. Les anciens s'en servaient, avec le cuivre amélioré, pour construire des flottes solides. Le cuivre amélioré, avait été modifié par conduction électrolytique, puis par ré ordonnancement cristallin, pour être bien plus solide que le cuivre natif. Nos alchimistes connaissaient toujours cette transformation.

 

Alokarys nous montra ensuite divers clichés, pris directement dans l'espace, où ses amis travaillaient sur un léviathan en cours de purification. Le vaisseau de plus de trois cent kilomètres de long, possédait une pile au plutonium, un matériau hautement transgressif, que les Êtres de Lumière s'étaient empressés d'inerter. Le plutonium avait été transformé en uranium faiblement radioactif, puis réinjecté dans des astéroïdes en phase de magnétisation. Ce type d'astéroïde commençait à entrer en phase critique et les matériaux ferromagnétiques, concentrés au centre, entraient en fusion. Un apport conséquent en uranium aidait ces mondes nouveaux à abriter peu à peu la vie. L'uranium dégageait une radiance importante au niveau du sol, dont la vie micellaire et végétale raffolait. Cette radiance, lorsque ce métal se présentait sous forme de cristaux, suivait une longueur d'ondes propice à la vie.

 

Nous étions tous muets de ravissement en ce lieu, les enfants courant d'un vaisseau à l'autre avec une folle joie.

 

Lorsque Dorian avisa une épave dans un état très altéré.

  • Encore un joli tas de ferraille ! s'amusa t-il

  • C'est un vaisseau très important, assura Alokarys. Il s'agit d'un navire immensément ancien. Il a été édifié à partir de tubulures en métal simple, de bois et de toile.

  • D'où vient ce navire ? demandais-je. On ne dirait pas un astronef.

  • C'est un vaisseau atmosphérique de la Terre. Les Terriens appellent cela un avion. Mais ce modèle est bien plus ancien. Il date de milliers d'années, lorsque le monde de la Terre communiait avec les peuples des étoiles.

  • Oui, exposa Erazel, Nos ancêtres aspiraient ces engins dans un vortex ascensionnel pour leur faire parcourir les horizons stellaires. Puis ils les accueillaient à bord de leurs vaisseaux- mères et les amenaient ici pour faire visiter nos jardins. Ces Terriens nobles étaient des visiteurs courtois et agréables. Hélas, la Terre a depuis été taillée en coupe rase, par des êtres avides de gisements qui ont agi sombrement sur sa gouvernance, à visage masqué, les spoliateurs de mondes. En cette époque, son peuple se relève et atteint le point de non-retour, en promulguant sa suprématie. ( environ 1817 )

  • Je connais peu la Terre, mais je sais que nombre de professeurs d'un âge immense louent la beauté végétale sur ce monde, qui est sans pareil dans ce quadrant.

  • En effet, souligna Erazel, mais le monde de la Terre est habité d'humanoïdes qui craignent ce qu'ils nomment « les génies des airs ». Cela les plonge dans la confusion et certains se montrent plus agressifs qu'épouvantés. Lorsque je m'y suis rendu, les anciens nous ont expliqué qu'il fallait absolument être invisibles. Mes premières missions sur Terre n'ont point été des plus reposantes.

  • Comment cela était-il, racontes nous ! émit le petit Nerti, toujours joyeux à l'idée d'entendre de nouveaux récits.

  • C'est d'accord, fit Erazel, il faut nous installer confortablement pour ce faire ! Venez mes chéris, rejoignons la fête où nos amis nous attendent, cela ne prendra qu'un instant ! lança t-elle joyeusement en saisissant les mains de tous ceux qui étaient près d'elle.

 

Sous nos yeux incrédules, elle s'approcha du mur et fit un geste ample de la main, aussitôt, une arcade se dessina, donnant sur la clairière humide, où les lanternes brillaient à l'intérieur des temples.

Muets d'émerveillement, nous avons franchi le passage les uns près des autres et il s’est refermé derrière nous. Il pleuvait, nous marchions à présent sur l'herbe humide.

 

  • Dis, comment as-tu fait ? questionna Nerti. C'est de la grande magie !

  • Pourquoi se donner la peine d'aller à pied sous la pluie quand la force de l'esprit nous permet de nous transporter sans peine en un lieu douillet ? s'amusa notre incroyable amie.

 

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Publié dans Messages

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