L'expédition sur la Terre (2/4)

Publié le par Aurélia LEDOUX

L'expédition sur la Terre (2/4)

Message du Professeur Zolmirel

 

Erazel entra dans le temple et chacun nous fit bon accueil, nous tendant des serviettes pour nous essuyer le visage, invitant les enfants à venir s'installer au plus près du grand calorigène. Il y avait là une petite assemblée joyeuse d'une vingtaine de compagnons et tous avaient hâte d'entendre parler Erazel. Une dame alien s'approcha et nous offrit des mets à faire circuler. Une autre alien gracile et menue surgit près Alokarys. C'était une petite Ilstirr au visage adorable.

  • Voici Estinel, mon épouse, fit-il avec un large sourire rayonnant

 

Chacun de nous a souri de même, c'était une union mixte, et nous étions bien sûr tout à fait heureux de cet amour qui transcendait la notion de peuple. Les peuples présents sur mon monde ont un génome incompatible, ils ne peuvent avoir de descendants hybrides, mais les unions sont permises.

Même si de telles unions étaient assez rares, il en existait de plus en plus, car les Galmols et les Ilstirr se côtoyaient régulièrement.

 

Erazel prit place sur le fauteuil et chacun fit silence.

  • Voici une histoire qui s'est déroulée à l'occasion d'une expédition sur Terre, exposa t-elle. En ces temps reculés, les humanoïdes de la Terre ne disposaient pas de ressources culinaires en abondance. Et nous étions bien sûr tout à fait abasourdis par les murmures psychiques implorants, les prières, qui jaillissaient de ce monde lorsque nous y allions. Notre délégation de contacts galactiques agissait régulièrement pour épurer le mal de ce monde, les maladies, les peines, mais il restait bien du travail. Bien sûr les ordonnancements cosmiques en vigueur nous interdisaient de nous révéler, mais allions-nous rester sans rien faire face à la détresse d'autant d'humains, qui ne pouvaient même pas s'alimenter en suffisance ? Les anciens qui régissaient notre monde à cette époque nous avaient recommandé de ne pas interagir avec les habitants de la surface de la Terre. Ils étaient considérés de mœurs farouches et prompts à envoyer des flèches, qui avaient failli blesser les nôtres. Plusieurs scientifiques furent atteints par des flèches, qui fort heureusement, ne les avaient pas empêché de fuir. J'en reçus également une au ventre, étant jeune, et cela était vraiment très douloureux. Heureusement, comme vous le savez, ce genre de projectile ne suffit pas à nous enlever la vie. Les nôtres sont très résistants et les soigneurs s'empressèrent de me ramener à bord. Ils purent extraire la flèche, répandirent des agents prophylactiques à l'intérieur de mon corps et refermèrent la plaie de manière invisible. J'étais sauve et le vaisseau repartait. Mais je n'étais restée que quelques minutes dans la clairière …

 

A ce moment précis, Erazel fit apparaître sur le mur une vaste image émeraude de ce paradis que pouvait être la Terre. Le ciel jaune pâle révélait un foisonnement de vie végétale, avec des plantes largement épanouies. Un murmure joyeux salua cette manifestation.

 

  • Nous avions été surpris par des chasseurs qui traquaient les habitants de la forêt au petit jour et ils nous ont pris certainement pour quelque gibier. L'ancien en charge de notre sécurité les a paralysés sans attendre. Les hommes, au nombre de cinq, s'assoupirent sur leurs montures, les grands animaux qui les accompagnaient étaient des chevaux, fit Erazel en faisant apparaître une grande créature élégante au poil roux et aux yeux brillants. Les humanoïdes de la Terre utilisaient ces chevaux comme bêtes de somme, et comme montures lors de leurs guerres. C'était bien sûr un effroyable carnage, les anciens entendaient les cris d'agonie de ces malheureux animaux sans pouvoir agir. Les chevaux que nous avions rencontré ce jour là étaient très intelligents, nous ne les avons pas endormis. En effet, ils ne nous craignaient pas et ils nous permirent de nouer un contact télépathique très satisfaisant. L'ancien pria les soigneurs de me ramener à bord et invita un cheval à approcher de notre nef. L'animal nous suivit docilement. Les enfants, restés à bord purent l'approcher et le caresser avec émerveillement. L'ancien était très heureux de cette mission, le cheval connaissait beaucoup de choses sur les pâtures, les herbes médicinales et les variétés de grain employées par les hommes pour s'alimenter.

 

Une autre image surgit, on voit l'ancien assis sur un rocher, fixer le cheval face à face. Le bel animal est d'un calme absolu. Il est ravi de pouvoir dialoguer par l'esprit.

 

  • Hélas, je ne goûtais point cette plénitude et lorsque la nef regagna les cieux puis le supra, je fus habitée d'amertume, je voulais revenir sur Terre ! reprend Erazel Cela me fut permis longtemps plus tard. Je dus suivre avec les autres participants un cours de stratégie défensive, d'une part pour affiner ma prescience et d'autre part pour paralyser un être menaçant. Les anciens ne voulaient plus d'incidents. Je fus donc autorisée, étant alors une alien beaucoup plus experte, à explorer la Terre. Mon premier voyage eut lien à la fin de cette période que vous appelez le Moyen Age, au début de la Renaissance (1500-1550), le deuxième eut lieu vers 1570. Notre nef se posa sans bruit, un matin dans la clairière d'une vaste forêt humide emplie de soleil doré. Je descendis et marchais sur le monde inconnu, laissant la lumière éclairer mes mains d'alien bleu vert. Comme c'était agréable après le long séjour spatial dans la nef ! Tous mes compagnons étaient fous de joie, ils érigèrent une barrière de protection autour du vaisseau et les enfants purent sortir pour gambader. Tous mes sens en alerte, je ne sentais nulle présence menaçante, mais voyais distinctement par l'esprit tous les habitants des fermes alentours.

 

Apparaît une autre image, composée de plusieurs plans. Erazel est debout dans la clairière, elle regarde à l'horizon et ce dernier grandit, comme un zoom, une maison en pierre, une ferme apparaît en transparence, on voit un homme travailler le sol avec un outil rudimentaire, une femme tresser des paniers, des enfants, marchent dans la boue, apportant des restes d'aliments pour nourrir des cochons. Erazel contemple avec surprise tous les êtres dont elle perçoit la pensée. C'est une zone agricole et les habitants de ce monde sont épuisés par le travail, les privations, les taxes.

 

  • Il ne faisait pas bon vivre en cette époque, reprit-elle. Nous étions sur un monde où la majorité des habitants étaient des esclaves, tandis que les autres guerroyaient au loin. Je percevais le vacarme psychique et les cris d'une bataille, plusieurs centaines de kilomètres au Nord. Il y avait des scènes atroces, des tueries, des tortures, et bien des cruautés envers les paysans de ces villages. J'étais face à un dilemme, les gens que je voyaient œuvrer aux champs ne me semblaient pas particulièrement mauvais, mais des meutes de pillards sanguinaires vandalisaient les logis de ces malheureux, volant leurs maigres ressources. Comment cela était-il possible ?

     

Troublée, je revins vers le vaisseau. Nous avons effectué de nombreux prélèvements de plantes. Ce monde était vierge de toute pollution, en dehors des eaux impures qui se déversaient dans les fleuves à proximité des villes. Notre expédition fut un succès, nous sommes restés plusieurs jours d'affilée dans ce bois, décidant d'explorer d'autres clairières semées de graminées inconnues magnifiques, et emplies d'insectes. C'était un endroit merveilleux, bucolique. Pourquoi était-il autant de troubles en ces contrées verdoyantes ? Pour notre dernier jour, je déambulais en un petit bois, présence furtive tapie derrière les halliers. Ce fut alors que je perçus une pensée, une présence très différente. Cette pensée était analytique ! Un jeune homme était penché sur un plant de céréales et inspectait lentement les tiges. Je réalisais que ce jeune homme était vraiment très différent. Pourquoi ne pas tenter une approche ? L'un des botanistes présent à cette mission avait été très chagriné d'apprendre la peine de ce monde, le tourment des habitants. Un stock de graines était tout prêt et nous avions déjà parsemé de nombreuses contrées de ces nouvelles variétés de plantes lors de précédents voyages, des générations avant cette époque. Il s'agissait de plantes de très grande qualité permettant aux Terriens de se nourrir aisément et de vivre en bonne santé. Ces variétés de céréales offraient un meilleur rendement, elles résistaient mieux aux privations et aux maladies. Je fis alors quelque chose de très courageux et de très stupide. Je décidais de suivre le jeune inconnu !

 

Un village au bas d'une colline apparaît. Erazel se contente de marcher à sa suite et de le guetter de loin. Elle observe le jeune homme entrer en une humble demeure. Derrière celle-ci, se tient un jardin empli de plantes extraordinaires. Incapable de résister, l'alien s'approche, elle sort une cellule photographique de sa poche et prend quelques clichés. Ensuite, elle creuse le sol activement, et enterre des graines prometteuses. Mais, elle est interrompue dans son travail. Le jeune homme s'avance vers le jardin et la surprend à enfouir des graines. Face à son allure inquiétante, il est paralysé par la peur et recule lentement en s'appuyant contre la maison.

Erazel sait qu'elle a peu de temps, elle montre lentement le sachet de graines et fait des gestes pour mimer un végétal qui éclot. Puis, elle s'incline, remballe son matériel et retourne vers la forêt. Elle perçoit très vite un bruit de pas furtif. Le jeune homme courageux la suit à son tour. Ils sont tout près du vaisseau à présent. Erazel sent une menace, ils se trouvent sur un sentier et des brigands guettent dans les fourrés. Elle agit aussitôt pour se protéger des traits dangereux qui fusent des buissons. Son fluide est redoutable, elle paralyse la troupe d'une vingtaine de malfrats. Les assaillants tombent dans un profond sommeil. Hélas, le jeune homme n'a pas eu cette chance. Une flèche l'a atteint au flanc. Il gît sur le dos, son sang coule et il risque de perdre la vie !

 

Erazel tente de réfléchir et se gratte le front. Il est défendu d'interférer avec les habitants de la surface, mais elle ne peut laisser quelqu'un mourir sans rien faire ! Elle échange par l'esprit avec ses compagnons. Le jeune homme vient de ce monde, il ne peut monter à bord de l'engin sans avoir été entièrement décontaminé, ils sont d'accord à ce propos.

Le jeune homme terrifié fixe l'alien qui s'approche de lui, il ne peut même pas crier. Il croise son regard et se détend peu à peu, il réalise que l'être d'un autre monde ne lui veut aucun mal. Erazel pose sa main au dessus de la plaie et projette son fluide, empêchant le sang de couler.

 

La nef apparaît au dessus d'Erazel, un faisceau tracteur en jaillit et les soulève aussitôt, puis les dépose en sécurité dans la clairière à l'intérieur de la barrière invisible. Les aliens en sortent rapidement et construisent un abri de fortune avec des feuilles et des branchages pour protéger le blessé de la pluie qui s'annonce. Le Terrien est plutôt décontenancé de voir autant de petits êtres s'affairer autour de lui. Les aliens ont un peu peur de lui, au début, mais ils s'apaisent sous la franchise de son regard pur. Les êtres de l'espace sont décontenancés pas les habits tachés de boue du jeune fermier. Ils agissent à distance avec leurs petites mains pour empêcher la plaie de saigner davantage. L'un des êtres coupe la flèche le plus doucement possible.

 

  • J'agissais dans une précipitation extrême, reprend Erazel. Je sentais chaque goutte de sang s'échapper de mon nouvel ami et cela était vraiment terrifiant. L'ancien, si puissant, recolla son flanc sommairement, il fit agir son fluide et le corps du blessé s'éleva. Il fallut lui ôter ses habits tachés de sang pour les nettoyer. L'homme à peine conscient fut arrosé en abondance par un appareil de la nef, destiné aux cultures et son corps débarrassé de toute la boue, de toutes les impuretés que l'on trouvait en cette époque. Nous l'avons couvert de mousse désinfectante pour écarter tout risque bactériologique. Ensuite, bien sûr, il fut séché et irradié puissamment de fluides réénergisants et de rayons prophylactiques pour être opéré. Le guérisseur attitré de notre mission avait préparé en toute hâte ses instruments pour le soigner au plus vite. L'ancien fit flotter le corps du jeune homme sur une table médicale et là, le soigneur put enfin ôter le reste de la flèche et injecter des agents de coagulation. Il fallut ensuite nettoyer l'intérieur de la plaie et la colmater. Je m'employais à aider l'ancien de mon mieux, je savais combien ce type de blessure était douloureux. Le guérisseur étala une résine épidermique sur le corps du jeune Terrien et le vêtit d'une chemise propre. Il put s'éveiller, nous nous sommes empressés de lui faire boire un reconstituant. Il nous fixait de ses yeux clairs, commençant à prendre conscience que nous n'étions pas des ennemis, mais des scientifiques comme lui. Lorsqu'il vit un enfant sur les genoux de l'ancien, son expression changea complètement. Évidemment, le petit alien curieux était intrigué par notre nouveau compagnon.

  • Il ne nous causera pas d'ennuis, émit l'ancien posément. Il peut rester à bord, mais demain, il doit partir.

    Je remerciais notre si sage supérieur pour sa bonté et allais me coucher, fatiguée de ma journée.

 

Le lendemain vint, et avec lui, la perspective attristante de dire adieu au jeune Terrien. Il nous fallait très vite nous envoler vers d'autres cieux. Il s'éveilla et le guérisseur lui tendit un bol contenant une substance semblable à du mucilage. C'était un cicatrisant interne très puissant. Respectant mon vœu, mes compagnons me laissèrent le saluer.

 

Il me vit et se leva, prononçant des paroles qui m'étaient inconnues. Je les compris néanmoins et m'en souviens très bien. Nous sommes sortis du vaisseau. Nous étions face à face dans la clairière. Il souleva sa chemise et contempla une légère trace rosée sur son flanc d'un œil incrédule. Les composés organiques injectés dans la plaie se mêlaient à merveille à son épiderme.

J'émis un gémissement de compassion, et clignais des yeux en fixant son regard. L'esprit du jeune homme était perplexe, mais il sentit que je souhaitais converser avec lui. Il parla de nouveau et sa pensée me parvint en même temps.

  • Qui êtes-vous donc ? demanda désespérément la pensée du jeune homme. Des mages, des lutins ?

  • Rien de ceci, exposais-je calmement. Nous sommes un peuple un peu différent du vôtre, nous sommes vos amis venus de loin.

  • Comment faites-vous pour parler dans ma tête ? s'écria t-il abasourdi

  • Je le puis parce que vous êtes quelqu'un de bien par rapport à votre époque. Il est en ces lieux des humanoïdes bien peu prompts à accueillir un invité. Par ailleurs, votre verbiage nous est inconnu. Nous employons peu de sons pour converser.

Le jeune homme reconnaissant fixa mon teint d'alien bleu vert et mes yeux noirs perçants qui voyaient tout. J'étais de la moitié de sa taille. Il s'agenouilla et saisit lentement mes mains. Il cessa de parler, se contentant de s'exprimer par l'esprit.

  • Merci, de m'avoir soigné, dit-il. Je ne me suis jamais trouvé aussi propre.

  • Oui, c'est indispensable, pour bien guérir, exposais-je. Les moyens de laver le linge et les bassins sont rares en votre contrée. Vous devez en souffrir.

  • En effet. Il est ardu d'y vivre. Je ne ressens plus de douleur, vous avez accompli là un vrai miracle pour me guérir aussi vite. Je devrais être mort, s'étonna t-il

  • Sûrement pas, protestais-je. Il faut que les soins aux blessés progressent sur votre planète, voilà tout. Notre guérisseur a agi rapidement pour recoller la plaie, avant que votre sang ne s'échappe. Vous êtes jeune, vous devez vivre.

  • Qu'est ce qu'une planète ? s'enquit le jeune homme avec curiosité.

 

Notre échange atteignait là les limites autorisées. La voix impérieuse de l'ancien s'éleva.

  • C'est assez, dit-il par la pensée. Cet enfant humain est intelligent, mais nous ne devons point déverser notre science en des eaux aussi troubles. Ce pays est dangereux, partons à présent.

  • Je perçois tout comme vous les prémisses d'une grande bataille. Pourquoi avoir sauvé notre ami si c'est pour le laisser en ce lieu de péril ? Ne pourrait-il nous suivre et apprendre comment amender un sol ? Comment faire s'épanouir de jeunes pousses aisément ?

 

L'ancien ne trouva rien à répondre, il acquiesça. Je connaissais le protocole pour la suite de ce qui allait advenir.

  • Nous venons d'un monde très éloigné du vôtre. Seriez-vous prêt à nous rejoindre ? Nous sommes tous des botanistes, et il fait bon vivre par chez nous. Nous serions heureux de vous inviter, mais c'est un long voyage.

  • C'est d'accord, émit le jeune Terrien. J'ai toujours rêvé de découvrir le monde. Je me nomme Thibault, et vous ?

  • Je suis Erazel, je viens de très loin.

  • Êtes-vous des génies des airs ? s'enquit Thibault avec un rire.

  • Oui, il en est bien ainsi, vous êtes très bien informé de la science de votre temps, m'amusais-je. Avant de vous emmener, nous devons vous prévenir de certaines choses. Vous risquez de ressentir quelque surprise, car tout est fort différent chez nous. Vous devez juste vous engager à faire silence de ces prodiges. Les hommes de votre temps y verraient là quelque ombrage, ils s'empresseraient de vous faire du mal, et nous ne souhaitons nullement cela. Il vous faudra trouver des esprits avisés à qui parler.

  • Leurs science est cantonnée en une seule direction émit Thibault. Le réussite d'une expérience empirique, l'intuition et la joie sont indispensables pour parfaire la connaissance.

     

Je souris à mon nouvel ami. Nous l'avons autorisé à prendre des bagages, car même s'il possédait peu de choses, il devait pouvoir rapporter des notes dès son retour. De plus, nous ne possédions que fort peu d’habits qui auraient pu lui convenir. L'ancien insista pour que tout cela reste dans un premier temps dans la soute. Nous nous étions bien adaptés à ce monde et aucun des nôtres ne présentait de pathologie, mais il fallait rester prudent. Le guérisseur fit tomber des faisceaux prophylactiques sur tout ce que notre invité apportait. Ce dernier en fut surpris.

 

  • Je vous prie de nous excuser, exposais-je. Lorsque deux mondes se rencontrent, cela peut causer un choc immunitaire, des maladies, surtout aux plus jeunes, il nous faut prendre des précautions.

  • Ne vous excusez point, émit Thibault. Vos enfants sont si agréables, je ne voudrais leur causer nul tort. Je vous dois la vie, ne l'oubliez pas.

Ces paroles firent une grande impression sur l'ancien. Il se réjouissait.

  • Tu as recueilli là un Terrien au caractère excellent. Je t'en félicite. C'est un bon jeune homme. Il serait en effet déplorable de laisser une âme si vaillante en ce lieu de péril, assura t-il en souriant d'un air rayonnant.

 

Et sans plus attendre, notre nef s'éleva dans l'air du soir, rejoignant notre croiseur orbital d'environ un kilomètre de long. A bord de ce dernier, une vingtaine de missions terrestres planifiées de longue date sur tous les continents étaient regroupées. Mon peuple était venu prélever des échantillons de plantes de forêts humides, de jungles obscures, de pampas, de déserts, de steppes et de marais. Il s'était également rendu en ces lieux de l'intraterre habités des esprits les plus purs pour y converser, privilège des sages anciens, qui seuls pouvaient se risquer en ces hautes dimensions.

 

J'étais à la vitre du vaste croiseur, avec Thibault, qui contemplait la Terre panachée de bleu et de blanc. Il éprouvait quelque vertige.

  • C'est notre monde ? demanda t-il

  • Oui, c'est une planète, répondis-je. La vôtre. Il en existe un nombre immense dans tout l'univers.

  • Elle est si magnifique, exposa le jeune homme émotif. C'est donc une sphère ?

  • Oui, assurais-je en riant. La sphère est la forme parfaite, celle de l'atome-même.

  • Comment font donc les habitants qui vivent en dessous de la Terre pour ne pas tomber dans le vide ? s'étonna t-il

  • En vérité, toute forme de gravité vient du cœur d'un astre. La gravité s'exerce de manière concentrique, toroïdale. Comme une toupie en rotation, la Terre maintient la vie dans un cocon isolé de l'espace si radiatif.

Thibault ne comprenait pas tout de cet échange. L'un des enfants, fit tourner une toupie devant ses yeux rêveurs. J'émis une onde antigravité légère et la toupie flotta en l'air avec grâce.

  • Voici comment la Terre se déplace. Êtes-vous au fait à présent ? questionnais-je en riant.

  • Je suis un peu mal à l'aise en ce lieu, mais si émerveillé de pouvoir converser avec vous !

  • Il en est de même assurais-je. Ma curiosité est vive pour votre sphère. Il n'a pas été facile de vous faire quitter ce royaume empli de batailles.

  • Les guerres de religion... Vous voulez dire que je devrais être mort de nouveau ? questionna t-il avec effarement.

  • Oui, probablement, ou vagabondant dans la nature. Point n'est besoin d'y revenir. Sur ma planète, cela est impensable, il est impensable de se battre, de malmener un individu. Tout est paix sereine, beauté, pureté.

  • Voilà un royaume que je désire bien vivement connaître ! émit Thibault avec un large sourire

  • Il existe bien d'autres Terriens à bord, exposais-je. Venez donc faire leur connaissance ! Ils vous instruiront sur la vie dans l'espace.

  • Il en existe d'autres ? s'étonna Thibault.

  • Bien sûr, les peuples humanoïdes sont très présents dans l'espace, ils occupent beaucoup de planètes. Nous conversons souvent avec eux, et ils nous aident pour certaines missions.

 

Et le jeune homme descendit lentement les marches d'un bel escalier tout illuminé, il se trouva en un joli salon accueillant. Là, quatre hommes et quatre femmes de grande taille, en parfaite santé, lui firent bon accueil. Il fut invité à s'attabler, en peu de temps, il rayonna de joie.

  • D'où venez-vous ? questionna t-il intensément

  • De la Terre, tout comme toi, pour la majorité d'entre nous, fit un jeune homme rieur. Les autres sont des amis de planètes voisines. Prends ton temps pour bien te familiariser avec ce lieu. Tu as tout le temps, expliqua t-il. Tu vas être rajeuni et soigné, ton corps souffre de malnutrition, émit l'homme avec compassion en fixant ses dents abîmées. Les aliens qui nous visitent sont là pour les cultures, même s'ils aimeraient pouvoir davantage nous aider. Ils doivent le faire sans se montrer. L'essor du progrès est lent sur Terre, mais il arrivera, tirant les hommes de leur obscurantisme. Alors, il rayonneront par leur civilisation autant que les peuples de l'intérieur.

 

 

Erazel acheva là son récit. Elle souriait largement. Elle n'était point fatiguée, en aucune manière, mais il fut décidé que les plus jeunes qui peinaient à garder les yeux ouverts avaient besoin de sommeil. Chacun la remercia, et elle expliqua qu'elle poursuivrait son récit le lendemain-même.

  • Vous êtes si bons mes chers amis, c'est une joie que de pouvoir vous conter ces parcelles de mémoire ! Je suis bien chanceuse en vérité !

Chacun rit de bon cœur et sortit du temple, sous la pluie battante. Les aliens les plus sages, avec leur courtoisie habituelle, ménagèrent un couloir permettant à chacun de regagner son vaisseau sans être mouillé, et tout le monde put rentrer chez soi.

 

Nous sommes revenus vers notre jolie petite tour. Là, nous avons été nous étendre, fort heureux de cette belle soirée. Je songeais avec bonheur à ce lien ténu qui se créait peu à peu entre tous les mondes, entre la Terre et ma planète. Ce lien se renforçait chaque année un peu plus. Ma joie alors fut très grande et je sentis que cela était la volonté-même de la grande énergie cosmique du Père- Mère. Je m'endormis sereinement.

 

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