L'Union des mondes (2/2)

Publié le par Aurélia LEDOUX

L'Union des mondes (2/2)

Message du Professeur Zolmirel

 

Je me précipitais vers le vaisseau, le cœur battant. Je grimpais sur l'aile avec efforts, mais un Dorian désapprobateur apparut sur le toit du vaisseau.

  • Croyez-vous que ce soit sage, pour votre deuxième vol de vous lancer à l'aventure dans un voyage de 1500 kilomètres ? demanda t-il

  • Rien auquel on ne puisse remédier, répondis-je d'un ton chagrin. Et si Orel se trouvait à l'autre bout du pays, que feriez-vous ?

  • Je veillerai à savoir bien piloter, pour commencer, émit Dorian d'un ton posé. Ou souhaitez-vous arriver en plusieurs morceaux à la fois ?

 

Je réalisais combien j'étais dans l'erreur, effectivement. Il était inconséquent de ma part de me lancer ainsi dans un vol de plusieurs heures. Dorian monta et s'installa sur le siège du copilote, il m'invita à prendre place à mon tour.

 

Le cœur battant, je bouclais mon harnais et étudiais les commandes du superbe engin effilé.

  • De la patience, fit Dorian, et de la délicatesse, il est comme un cheval prompt à partir au galop.

  • Qu'est ce qu'un cheval ? demandais-je intrigué.

  • C'est un animal qui peut courir très vite et très longtemps. Il n'y en a pas par chez vous. Les chevaux peuvent aussi avoir des réactions imprévisibles s'ils sont nerveux. Il faut les guider de manière sûre et en confiance. Vos émotions vont influencer le vaisseau de la même manière. Concentrez-vous sur le but à atteindre, fermez les yeux, respirez lentement et visualisez avec soin la trajectoire que vous allez emprunter.

 

J'écoutais mon ami et m'exécutais. Dorian fut agréablement impressionné.

  • C'est parfait dit-il. Maintenant, branchez les commutateurs.

Je reliais les différents dispositifs en énergie au bassin de charge et à la plate forme à répulsion magnétique. Le phasage des réacteurs prit un peu de temps, un sifflement se produisit. Le vaisseau était paré.

  • Éjection, fit Dorian. Puis mise en route des réacteurs. Attention au vent, vous n'avez que quelques secondes.

 

Je déverrouillais le palier magnétique, puis le vaisseau s'éleva lentement du sol, à un mètre, deux mètres, une rafale de vent le déporta vers le précipice en contrebas. Un peu affolé, je mis en route les réacteurs avec un peu de retard. Le vaisseau bondit vers le sommet de la montagne avec vigueur, et je tirais vivement sur les commandes pour lui faire éviter un piton rocheux. Il fit un demi tonneau et reprit sa trajectoire avec aisance.

Malgré les secousses qui en résultèrent, Dorian était resté de marbre.

 

  • Vos réflexes sont excellents, il vous faut plus d'aisance, plus de rapidité avec les commandes, cela va venir. Je vous félicite, négocier cet envol était très ardu pour une deuxième tentative. Vous vous en êtes bien tiré, émit Dorian

 

Il se produisit une bourrasque qui fit trembler le vaisseau, je compris que ce modèle ne possédait pas de déflexion atmosphérique assez puissante.

 

  • Ne luttez pas contre le vent, fit Dorian, accompagnez-le et redressez une fois que la turbulence est passée. Votre vaisseau doit se faufiler à travers les courants contraires. Vous devez ne faire qu'un avec lui.

 

J'écoutais mon ami si dévoué et le remerciais d’accepter de m'enseigner à piloter.

 

  • Cet esquif doit vous paraître désuet à côté d'un croiseur lumière, osais-je affirmer

  • Il offre bien des surprises et bien des possibilités, le fait de sentir le vent par exemple, c'est quelque chose de grisant auquel nous ne pensons plus. C'est un petit croiseur interplanétaire. Nos vaisseaux sont plus grands et plus difficiles à manier en atmosphère pour certains. Ce modèle est idéal pour votre région.

 

Notre vol se poursuivit, Dorian, satisfait, prit les commandes, et je dois dire que son habileté était si grande à côté de la mienne que je m'endormis, bercé par notre trajectoire si fluide. Il faut dire que la nuit précédente, je n'avais pas beaucoup dormi. Cela l'amusa plus qu'autre chose.

 

Nous sommes revenus en notre jolie petite tour pour y prendre un déjeuner. J'étais un peu déçu, mais l'absence de déflexion satisfaisante rendait le contrôle du navire très fatiguant. L'après midi, fut passée à démonter un parement du vaisseau pour comprendre ce qui était défectueux dans la déflexion. Je sortis une pile d'ouvrages et m'absorbais dans des plans de croiseurs fort complexes. Le petit Zilner se révéla d'une aide efficace.

 

Mais le soir vint, et nous avons du reporter les travaux au lendemain. Voyant combien j'étais chagrin, Esvar et son épouse Minvela proposèrent de m'emmener de nouveau au sommet de la montagne. J'étais incapable de manger quoi que ce soit. Et j'acceptais donc avec joie.

 

Vint le matin et avec lui une surprise. Je me précipitais pour tirer les rideaux et faire entrer les premiers rayons du soleil, et j'aperçus un étrange objet.

 

Un vaisseau cabossé et rouillé par endroits était posé à côté du superbe astronef de Minvela. J'admirais les lignes pures de l'épave antique, cuivrée par endroits, dont il manquait une bonne partie du fuselage. Et mon cœur bondit de joie en voyant le petit Galmol timide descendre d'une échelle.

 

Je me précipitais à sa rencontre, il fit de même. Nous nous sommes étreints en pleurant de bonheur, un long panache d'éclairs argentés nous entoura aussitôt. Je plongeais dans une transe énergétique sans nom. Notre étreinte dura longuement, le soleil se leva, éclairant la jungle alentours. Je fixais mon ami avec une folle joie au cœur. Il baignait dans le même bonheur presque impossible à croire.

  • Comment as-tu donc fait pour venir ??? lui demandais-je.

  • J'ai bravé la surveillance de mon oncle, je suis entré dans le grand hangar et j'ai pris cette épave sur laquelle je travaille depuis des mois.

  • C'est incroyable que cet engin puisse voler ! m'extasiais-je. C'est du grand art de l'avoir rénové de la sorte.

 

En effet, vu de loin , le vaisseau semblait tout droit sorti d'une décharge. Mon ami aurait pu s'offusquer de ces paroles, mais il comprit que je complimentais son si long travail.

Il me fit monter avec joie dans le cockpit. J'y pris place et étudiais les commandes. Elles étaient un peu différentes et l'auteur de ce vaisseau, plus grand et plus ancien avait assemblé les tôles avec des boulons visibles, cachés sous une épaisse peinture. Je trouvais ces petites bosses arrondies très originales. La cabine était sombre, vétuste et pleine de courants d'air, mais je souris largement. Pour moi, il s'agissait en cet instant du plus beau vaisseau qui puisse être.

 

  • Au fait, je ne connais pas ton nom, demanda mon ami.

  • Je suis Zolmirel, les miens comptent beaucoup de botanistes. Amoni, mon si sage ami est guérisseur, son fils se nomme Zilner, il souhaite devenir expert en cartographie stellaire. Son autre fils, le petit Nerti, qui n'est point présent, souhaite devenir aventurier ou pilote.

  • Ton nom me comble de joie, je me nomme Zilmis. Je suis ingénieur en vaisseaux stellaires et en longs courriers. Mais en ma contrée existent surtout des convoyeurs agricoles à remiser. Ma famille compte beaucoup de mycologues, de forestiers et de paléontologues. Ma mère est spécialisée en minéralogie et en sols. Elle confectionne des remèdes avec des sels minéraux. Mon père cultive des plantes à feuillage dont nous nous nourrissons et des algues. Mes deux grands pères sont mycologues, mes cinq oncles sont eux, tournés vers la paléontologie et les soins aux vaisseaux. Mes tantes, mes frères et mes cousins étudient la forêt, ils travaillent aussi dans les serres.

  • Cela fait une très grande famille, dis-je avec un grand rire

  • Oui, en effet, il est aussi les grands ancêtres de notre famille qui eux, sont installés plus haut dans la montagne, pour méditer et veiller à la sécurité des convois stellaires. Ils prodiguent également des soins, s'occupent des enfants et content des histoires.

 

Je souris, car chez moi aussi, les ancêtres aimaient à conter des histoires et c'était un art très répandu. Les adultes les écoutaient volontiers, attentifs à percevoir des images mentales que les sages projetaient autour d'eux avec virtuosité.

 

Notre conversation dura très longuement, et nous n'avons pas vu le temps filer. Amoni et tous les autres étaient éveillés, ils avaient vu le vaisseau inconnu, mais désireux de ne pas nous troubler, ils nous laissèrent discuter avec une prévenance admirable.

Nous sommes finalement descendus du grand vaisseau oxydé et rouillé.

 

S'approchant timidement de notre maison, Zilmis manifestait beaucoup de crainte. Je compris qu'il sortait rarement loin au delà de sa région et qu'il lui avait fallu tout son courage pour venir me trouver.

 

  • Je ne suis pas un très bon pilote avoua t-il. J'ai choisi ce jour, car le vent est tombé. J'ai eu de la chance.

     

Orel et Dorian parurent, réservant un accueil très chaleureux au jeune Galmol. J'étais fou de joie. Amoni fit honneur à notre invité surprise qui s'excusa en bégayant.

  • Pardonnez ma venue un peu subite et tout à fait imprévue.

  • Mais non, au contraire, fit Amoni. Votre visite nous comble, vous faites partie de la famille maintenant. La Grande Énergie a parlé, dit-il avec un clin d’œil à mon intention.

Le petit Zilner, très heureux, fit visiter la maison à notre invité. Il était intrigué par son vaisseau et moins timide que d'ordinaire avec les inconnus.

  • Comment as-tu donc fait pour réparer ce navire ? On dirait qu'il ne vole plus du tout.

  • Avec de la patience, du temps, et beaucoup d'amour. Quand on aime ce que l'on fait, on peut parvenir au meilleur résultat, mon enfant.

 

Je passais en cuisine, attentif à préparer les mets les plus succulents pour mon ami. J'allais récolter des salades et des fruits mûrs à point dans la grande serre et revins avec un panier bien garni. Zilmis était venu ! Il était là, en ma demeure, il avait pu suivre le lien télépathique entre nous pour me trouver !

 

Zilmis s'extasia sur les plantes à larges feuilles, qui ne poussaient pas en sa contrée. Il nous aida à confectionner plusieurs tartes aux champignons, avec en supplément quelques plats de chez lui qu'il avait eu la bonté d'apporter.

 

Chacun se régala, tout heureux de converser avec ce visiteur si agréable. Nous formions une tablée très joyeuse, prompte à rire de tout. Et notre repas se prolongea longuement dans l'après midi.

 

J'ai été ravi de délivrer ce message, chers amis de la Terre. Je vous souhaite à tous de vivre pareils instants avec beaucoup de bonheur. Recevez toute ma gratitude,

 

Vous pouvez reproduire ce texte et en donner copie aux conditions suivantes :

 

Publié dans Messages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article