Le premier vol 1

Publié le par Aurélia LEDOUX

Le premier vol 1

Message du Professeur Zolmirel

 

 

Un autre message,

 

Je suis là à mon tour, c’est ton ami le professeur Zolmirel,

 

Tant de péripéties ces jours derniers !

 

A notre niveau aussi, que de cascades, que de rebondissements !

 

Nous avons vécu tant de choses, tant de joyeuses explorations. Nous nous sommes envolés sur une belle de nuit toute parée de glace première, à la recherche d’extrémophiles. Cela était bien ardu et bien saisissant de bourrasques, il fallait échantillonner des sommets, juste là où la sphère se trouvait en contact avec l’éther. C’est là, précisément que se déposaient les animalcules plasmatiques responsables de la vie mutagène.

 

Ces créatures purement énergétiques colonisent en premier la vie micellaire du sol pour l’aider à évoluer et à se dupliquer. Puis ensuite, bien sûr, elles colonisent des formes de plancton, de crustacés et de mollusques de plus en plus importantes, jusqu’à habiter des êtres pensants de plus en plus grands et massifs, tels que vous, nous, ou les cétacés.

 

Les cétacés sont une forme de vie souriante de l’eau, avec eux on s’amuse beaucoup. Les enfants adorent communiquer avec eux, il leur plaît d’entendre les récits de ces géants des mers, de leurs si longs voyages, de tout ce qu’ils perçoivent sous l’eau. Sur mon monde, il existe aussi certains poissons de très grande taille. C’est un bonheur d’entrevoir leur sagesse.

 

Il apparaît, dans un petit bois garni de feuillages roussissants et s’assied sur un tronc. Des enfants viennent et s’asseyent autour de lui, ainsi que des aliens plus âgés. Ils disposent des couvertures, des coussins, et chacun distribue de quoi se restaurer.

 

Voici la suite de nos aventures, reprend le professeur. C’est notre premier vol avec les Êtres de Lumière ! Ce vol eut lieu voici bien longtemps.

 

Nous venions de faire un test, ô combien prometteur, le jour d’avant, avec notre ancienne, la sage Erazel.

 

C’était une alien vraiment très âgée, qui avait effectué nombre de missions périlleuses dans l’espace. Sa prescience, doublée de la mienne et de celle d’Amoni, garantissait un voyage stellaire très enrichissant. Sans compter bien sûr les présences de nos amis les Êtres de Lumière.

 

J’étais immensément ému à l’idée que nous allions voyager en leur compagnie. Nerti, et Zilner, eux, avaient réussi à s’endormir. C’était assez exceptionnel, car Nerti était un enfant extrêmement curieux, assez agité par moments. Erazel avait réussi à nouer avec lui une complicité exceptionnelle, en l’emmenant dans la jungle. Parallèlement à cela, le petit alien s’absorbait dans la lecture d’ouvrages forts complexes sur le démontage des nefs, des réacteurs les plus impressionnants.

 

Sa passion était bien sûr de lire des récits stellaires sur les aventuriers de l’espace. Des aventuriers nous en étions et pleinement conscients.

 

Le petit Zilner, lui, était bien plus jeune et quelque peu craintif face à l’inconnu, dois-je dire.

 

Lorsque, le matin venu, les enfants s’éveillèrent, ils découvrirent une brume assez dense sur la jungle. Le temps humide, brumeux et pluvieux, nous contraignit à rester à l’intérieur pour prendre notre premier repas.

 

Orel et Dorian, ne se souciant point du temps, se levèrent et effectuèrent une longue séance de gymnastique, avec des mouvements très rapides qui émerveillèrent notre petite famille. Leur éclat radieux colorait notre intérieur de soleil !

 

Nous habitions une jolie petite tour composée d’une sorte de mezzanine. L’espace pour cuisiner les repas était situé au rez-de-chaussée, de telle sorte que les senteurs culinaires montent dans tous les niveaux. Les lieux de repos et d’étude étaient situés au premier et au deuxième étage, où nous avions aménagé un petit observatoire pour Amoni et les enfants.

 

Une terrasse arborée entourait notre petite résidence avec un salon tout vitré donnant sur le paysage.

 

Je vois un décor clair et sable, avec des meubles agréablement assortis et des boiseries en un ton très lumineux. Le sol est en dallage garni de tapis et une très grande mezzanine s’ouvre au dessus, avec un petit escalier donnant sur les chambres et les bureaux plus haut. Les aliens ont accroché des cadres de couleur vive aux murs, mais aussi des soieries, des tapisseries exécutées par les enfants. Il existe des photos inattendues, de superbes micro organismes et de corps stellaires, avec des éclairages à couper le souffle. A l’étage s’ouvre un petit couloir bleu pastel, entouré de photos de très beaux mondes nuageux, de forêts et d’animaux. Des portraits d’aliens au visage affectueux sont également accrochés au dessus des meubles et partout dans l’escalier.

 

Certaines scènes montrent des groupes d’archéologues qui posent fièrement devant des ruines. Il est une image représentant Erazel, accompagnée d’un groupe d’explorateurs de l’espace devant un vaisseau antique qu’ils ont réussi à remorquer.

 

Peu après notre repas, nous étions tout excités et impatients. Il nous fallait encore emballer pas mal de matériel et amener tout cela jusqu’au hangar.

 

Nous sommes montés à bord de la petite plate forme, chargée à ras bord de tous nos effets personnels, qu’il s’agisse d’habits, de matériel scientifique ou de vivres. Amoni, avec sa prévenance habituelle, était chargé de tous les remèdes et des instruments de soin.

 

Il pouvait arriver que les nôtres soient blessés assez gravement lors des missions et toutes nos équipes comportaient donc un alien spécialisé dans ce que nous nommons la reconstitution du corps. Amoni était si habile qu’il pouvait stabiliser un blessé très rapidement et guérir des plaies vraiment délicates.

 

Il monta à bord de notre petite plate-forme, seulement accompagné de Nerti et déploya un voile déflecteur au dessus de la montagne de bagages. Le petit vaisseau affronta vaillamment une pluie dense mêlée de bourrasques. Il fila dans la brume, passant au dessus d'un petit torrent.

 

Nous avons observé le vallon, fascinés, il était complètement inondé à présent. Les anciens, anticipant tout cela, avaient pris la peine l’avant-veille de déménager les tentes des chercheurs et tous les vaisseaux posés en contrebas. Un petit temple en cours d’excavation, avait dû, lui aussi, être savamment démonté pour être réassemblé un peu plus haut.

 

Tout ce travail, fort ordinaire pour les nôtres, avait mobilisé une dizaine de très anciens aliens amusés.

 

- Comment les anciens ont-ils pu deviner ? demanda le petit Zilner en fixant d’un air impressionné le torrent qui bouillonnait en contrebas.

- Les sages voient l’avenir. Ils mettent ce don au service de tous. Cela leur permet de déplacer des maisons et de les replanter un peu plus haut. Lorsqu’ils sont un peu pressés par le temps ils le font même avec une famille endormie à l’intérieur, et nul ne se rend compte de rien, répondis-je

- Cela veut dire que notre maison ne sera peut-être plus au même endroit lorsque nous reviendrons ? s’enquit-il

- Oui, c’est possible, les sages veillent sur nous. Ils veillent aussi sur les demeures de nos amis les Kolals et les Ilstirr. Les Kolals ont de très grands vaisseaux pour aspirer un gros bâtiment, mais cela prend un peu plus de temps. Parfois, les bâtiments sont un peu fissurés, les sages y remédient toujours, ils aiment que chacun puisse se sentir parfaitement bien chez soi.

Zilner eut un large sourire ravi. Il était fasciné par une telle dévotion, aussi discrète et aussi puissante.

 

Au bout d’une dizaine de vos minutes, la petite plate forme revint, avec Amoni seul. Le petit Nerti était resté avec Erazel, chose peu étonnante, pour l’aider à charger le vaisseau.

 

Nous avons déplacé les derniers bagages restants, en quelques ondes antigravitationnelles impeccables et sommes montés à bord. Zilner serrait près de lui un sac contenant ses jouets les plus précieux et son meilleur capteur de prises de vues. Il était quelque peu inquiet, alors Amoni le réconforta, tandis que je pilotais la petite plate forme.

 

Nous sommes parvenus au hangar, à ce moment, la pluie cessa. La belle nef était toute illuminée de panaches arc en ciel. Zilner, très curieux, en toucha la coque et celle-ci réagit à sa présence. Le petit alien rit de bonheur. Orel et Dorian eurent la bonté de se charger de nos bagages. Nous étions étonnés que chacun d’eux emporte juste un sac modeste de livres et d’instruments, mais nous les avons laissé agir comme ils l’entendaient, bien certains qu’ils avaient un grand nombre de surprises à nous réserver.

 

Ils montèrent à bord et là, Erazel les accueillit, de même que nous tous.

 

  • Bienvenue, bienvenue mes amis !!! C’est une telle joie ! fit-elle en embrassant tous ceux qui passaient à sa portée.

     

Dans son élan, elle embrassa même un petit mécanicien qui procédait aux derniers ajustements et il en rit de surprise.

 

- Voici Zerto et Lesvaïm, dit-elle en montrant deux jeunes Ilstirr. Zerto est spécialiste en câblages de réseaux neuroniques et Lesvaïm s’occupe de tout ce qui a trait à la distorsion.

Les réseaux neuroniques sont ce qui permet de donner vie à la structure cristalline du vaisseau. Toute la coque est parcourue d’un champ énergétique qui la rend pour ainsi dire vivante. En cas d’impact, la voilure se déformera sans se rompre et retrouvera sa forme initiale en quelques minutes ou quelques heures.

 

- C’est une très agréable invention, assura Amoni.

- Nous sommes en train de la reproduire sur ces épaves que nous avons extirpées d’un astéroïde dernièrement. Ces carcasses rouillées ont bien plus à nous apprendre qu’il n’y paraît. Suivez-moi à la serre, nous enjoignit-elle en montant dans le vaisseau

 

Chacun suivit et nous avons découvert avec ravissement un vaste espace garni de pelouses et de grands bacs. Les grands bacs étaient entourés d’un dispositif servant à ennoyer la végétation d’un gel protecteur lors du décollage. Chacune des plantes rayonnait de santé et était garnie de fruits prometteurs. Nous avons cueilli tout ce que nous pouvions pour soulager les branches. Les enfants ont pris soin de ranger la récolte dans un compartiment antichoc prévu à cet effet.

 

Ensuite Erazel prit la main du petit Zilner et l’aida à défaire ses effets, puis lui montra son lit. Cela le tranquillisa un peu. Les techniciens avaient pris la peine de décorer l’alcôve de ses couleurs favorites et il en fut très touché.

 

Nous avons continué l’exploration du vaisseau, puis avons fait un très agréable déjeuner en compagnie des techniciens. Les deux petits êtres qui veillaient sur notre vaisseau prièrent Erazel de bien noter les coordonnées des éventuelles épaves que nous trouverions.

 

- C’est évident que je le ferai ! assura t-elle. Ce serait bien dommage de faire tout ce chemin pour rien. Notre intérêt premier concerne les moisissures nouvelles. Nous avons besoin de trouver de nouveaux échantillons de vies résistants aux froids de glace et aux radiations stellaires les plus vives.

- Nous avons apporté, nous également, des échantillons propres à amender certains sols, précisa Dorian. Avec votre accord, nous aimerions les répandre sur les nouvelles planètes que nous trouverons.

- Bien sûr, bien sûr mes amis, tout ce que vous avez apporté sera très bienvenu, assura Erazel, en particulier sur le monde sépulcral

 

Notre repas se poursuivit dans la plus parfaite allégresse. Nous contemplions la belle vallée qui séchait sous l’éclat timide du soleil. Alors, un beau rai de lumière vint caresser la surface rutilante des trois nefs juste derrière nous. Nous avons pris cela comme un bon présage et un signe d’encouragement.

 

Dorian riait allègrement en désignant un entrepôt servant d’atelier derrière les navires, où une vaste collection de réacteurs et de cuves à hydrogène étaient alignées avec soin.

- Quelle caverne ! s’extasia t-il

- Ce sont les équipes de nettoyage qui ont ramené cela de différents astéroïdes de notre système. Chacune de ces pièces est inventoriée. Elles proviennent toutes de très anciens bâtiments qui ont été découverts un peu partout dans l’espace. Il existe aussi des pièces que nous avons reconstituées pour les adjoindre aux vaisseaux que nous avons déterrés sous le sable ou dans des marais, expliqua le mécanicien Zerto.

 

Nous avons achevé notre petit repas, puis effectué une agréable promenade dans la jungle environnante. Amoni et moi-même sommes revenus au vaisseau avec les enfants. Une petite délégation de scientifiques et nos proches étaient venus nous saluer. De nombreux informateurs prirent des images de notre nef, qui fut avancée devant le hangar. Ils posèrent des questions sur les paliers d’éjection, les coefficients de vitesse et d’antipesanteur. Un cartographe stellaire disposa des manuscrits sur une table et conversa longuement avec Erazel. Le petit Zilner, fasciné, eut le droit de participer à la conversation. Le chercheur lui expliqua qu’ils avaient besoin de nouvelles données sur des régions inexplorées de l’espace. Zilner, en photographe averti, lui promit qu’il ferait de son mieux.

 

Mon grand-père vint me saluer, ainsi que ma mère, mes tantes, et ma sœur, bien d’autres ancêtres et amis proches parurent, tout heureux de me voir partir. J’eus des échanges passionnants avec nombre de confrères botanistes qui me confièrent certaines variétés de semences florales prometteuses. Nerti et Zilner furent aussi salués par leurs amis, accompagnés de leur famille. J’aperçus Amoni entouré d’un groupe important de Kolals de haute taille et mon sage ami me présenta aussitôt à toute sa famille.

 

Cette aimable réunion dura longuement, jusqu’au moment où Erazel expliqua que l’heure était venue. Plusieurs Kolals bienveillants offrirent des présents à Nerti et Zilner. Les enfants les remercièrent et nous avons gagné l’aire de décontamination.

 

Cette opération était indispensable, car nous ne devions amener que le meilleur avec nous sur les mondes à naître. Même si les nôtres sont en parfaite santé, il peut y avoir certaines formes de bactéries qui perturbent un écosystème végétal pionnier si fragile.

 

 

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